Bye chimère

Même s’il est encore trop tôt pour connaître précisément la fin de l’histoire, Léa Stréliski se risque à une morale. Et à la fin, c’est la démocratie qui gagne.

Crédit : L'actualité

Je ne vous le cacherai pas, la dimension poétique de la vie est ma préférée. Celle qui rend les feuilles jaunes à l’automne et qui s’applique à les rendre jolies, même pendant qu’elles meurent. C’est cette danse que je préfère, celle qui prend le chaos, le compost et, avec le temps, l’organise en fleurs. Tous les composts ne font pas naître les mêmes choses. Le mien fait des mots, celui de ma sœur de la musique… Et celui de Donald Trump fait naître un exercice démocratique d’une puissance égale à ses mensonges.

Mon Dieu que c’est jouissif ! « Cheh ! » diraient mes enfants qui regardent des youtubeurs français dont le langage est teinté d’arabe, « cheh » en arabe (de ce que j’en comprends) veut dire : « Bien fait pour toi. Tu n’as que ce que tu mérites. »  La poésie de l’histoire est de retour, non pas par cette division que l’on observe aux États-Unis, mais parce que le fait que les résultats soient si longs à obtenir nous fait savourer l’ironie de la chose. Quatre ans que l’on se tape ce personnage grossier, ce personnage digne de la WWF qui ne fait que mentir et nous offrir en spectacle sa force que l’on sait complètement mensongère. Quiconque s’est déjà heurté à un narcissique sait pertinemment que la cassette qu’il se fait jouer dans sa tête a beau être réelle pour lui, elle ne tient à rien. Elle n’est qu’image. Chimère.

Donald Trump n’est pas fort. C’est un homme visiblement peureux et faible qui met des vestes trop grandes pour se donner des airs de grandeur. Comment je le sais ? Parce que la vraie force de la vie, c’est de savoir que l’on est vulnérable. C’est d’en être conscient et d’avoir su se construire en fonction de cette vulnérabilité. En reconnaissant sa propre fragilité et même en l’honorant. Toutes les personnes les plus courageuses, celles qui sont encore debout malgré les deuils, les épreuves, la maladie, la perte, les obstacles, les échecs. Toutes celles que j’ai vues se relever et continuer sont celles qui savaient ça. Qui ne gaspillaient pas leur énergie à maintenir une façade, mais au contraire plongeaient la tête dans la noirceur et en sortaient plus fortes, plus conscientes, plus outillées. Perdre la face, tomber, avoir mal, ça fait entièrement partie de la vie et soit ça te rend fou, soit ça te rend fort.

Et les fous, qui ne veulent pas l’admettre, mettent plus d’énergie à faire semblant d’être forts, qu’à guérir. Mais Donald Trump n’est pas fort. C’est un génie du marketing, certes, mais au fond il n’est rien. Il n’est rien, mais le mirage est impressionnant parce qu’il est à la tête de l’appareil politique le plus puissant du monde. Mais c’est ça qui est fort, pas lui.

Et Madame Démocratie n’avait pas dit son dernier mot. Comme il est rassurant de voir toutes ces personnes réfléchir. Toutes ces personnes parler, discuter, analyser et surtout compter les votes. Comme il est rassurant d’enfin entendre un refrain que l’on connaît et que l’on comprend venant de ce pays qui fait fondamentalement n’importe quoi depuis quatre ans. Elles étaient devenues complètement crackpot. Mais finalement, « fiou », non, tout le monde n’était pas fou. Les institutions, traînées dans la boue et la partisanerie, salies, dégradées à maintes reprises par le commandant en chef qui ne faisait qu’uriner sur leurs murs, n’ont pas été complètement détruites. Et si nous avons vu la liberté et la justice avoir les deux mains liées et se faire gifler à plusieurs reprises, au moins, la démocratie semble avoir tenu le coup.

Pour ce qui est de la poésie de la chose, j’aime toujours penser qu’il reste à la vie son sens de l’humour… Et que déduire de ce dénouement ? Un Donald Trump qui a horreur de perdre, qui a passé sa vie, son travail, son empire à vouloir coûte que coûte convaincre qu’il était un vainqueur, qui doit se faire susurrer à l’oreille par ses démons qu’il n’est qu’un loser… Quoi dire de cette fin qui le force à voir sa victoire len-te-ment fondre comme les glaces polaires sous le réchauffement climatique qu’il refuse de voir ? Comme un petit coup de rasoir sur la peau chaque fois qu’il perd un vote, un pansement que l’on retire le plus longtemps possible. Une interminable lutte vers la défaite. Chaque échec méticuleusement expliqué sur une carte en couleurs pendant que toute la planète regarde.

Je ne sais pas comment tout cela finira, mais cet exercice me suffit et me réconforte. L’humain n’est pas encore si bête et la vie continue d’être poésie.

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Léa, votre compost personnel fait jaillir une flore de mots de bien jolie façon et qui me rejoint à chacun de vos printemps.
La force se structure à même l’admission de ses faiblesses et la puissance s’alimente de notre capacité à s’ouvrir et à reconnaître ce qui nous atteint. Ce sont dans ces moments où nous disposons de tous les contrôles de qui nous sommes. Malheureusement, nous ne sommes pas des constantes…!
Quant à Trump, je l’imagine plongé dans la grande marmite démocratique sous laquelle la société à allumer un feu moyen-faible. J’ai un jouissif plaisir à observer la température de cette soupe populaire s’élever… Nous approchons du 50 degrés, et il s’y démène ne pouvant s’en sortir.
Durant quatre, ce faux jeton a eu les clefs du thermostat de cette marmite qu’il a toujours considéré comme étant son SPA personnel. L’élection, propriétaire du SPA, lui a retiré…

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Merci, excellent article ce matin qui m’a fait ressentir une légère brise de fraîcheur et une lueur d’espoir. Non, la démocratie même imparfaite n’est pas morte.

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J’en ai marre de voir son nom, sa face, partout, toujours! Les médias et les humoristes pourront passer à autre chose, enfin. J’ai hâte!

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Comme c’est à peu près toujours le cas, madame Stréliski n’a pas son pareil pour enfoncer des portes ouvertes, elle écrit ceci : « (…) ce personnage digne de la WWF qui ne fait que mentir et nous offrir en spectacle sa force que l’on sait complètement mensongère. »

Voici qui est fort bien dit… mais justement comment fait-on pour savoir ce qui du vrai est vrai et ce qui du mensonge est faux ? Cela fait un certain nombre de décennies bientôt que je recherche le vrai lorsque certaines personnes plus fortes que moi me traitent de menteur, de fabulateur, de pratiquer l’enflure verbal, etc. et le plus terrible dans tout ça… c’est qu’on les croit.

Pourtant personnifier le mal, n’est pas une nouveauté dans l’histoire de l’humanité et cela est rarement une grande vérité.

Alors comment faire, donc… pour séparer le bon grain de l’ivraie, pour extraire le vrai du faux, pour confondre les menteurs des non menteurs ? D’ailleurs le seul usage du verbe et des mots n’est-il pas en soi une forme de licence permise ? En d’autres termes dans sa forme latine, la capacité de faire librement quelque chose sans freins.

De sorte que ce qu’il faudrait reprocher à quelque personne haut placée, c’est de disposer du pouvoir de mentir sans frein, lorsque pour le commun il y aurait une limite qu’on ne nous permettrait pas de franchir.

Si bien que cela comporterait un avantage de figurer au nombre des puissants.

Qui faut-il être pour avoir l’aplomb d’affirmer que le président des États-Unis ment, qu’il est dépourvu de toutes forces et d’une quelconque sensibilité ? Cela signifierait-il encore que ceux qui l’ont précédé furent toujours de grands diseurs de vérités, des modèles de vertu ? Que des bombes atomiques sur Hiroshima et Nagasaki étaient de grandes vérités jetées pour le bien public. Que la guerre du Viet Nam était une guerre juste. Que les conflits en Afghanistan et en Irak étaient de justes causes dans lesquelles le mensonge n’aura jamais pris place.

— Turmp a-t-il fait au cours de ces quatre années quoique ce soit qui ressemble exactement à ça ? Il a le verbe haut, et alors !

Mon ultime questionnement est le suivant : préférons-nous le mensonge derrière des portes closes, comme cela s’est toujours tellement fait en tant d’autres temps ?

On dira plus pragmatiquement, comme il en va de la naissance, que nous avons droit à un lavage de cerveau gratis aux quatre ans. — Alors oublie tout ça ou ressouviens-toi !

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Super analyse qui fait réfléchir à la petitesse de certains.
Heureusement les électeurs ont décidé de lui envoyer son message préféré You are fired.
Un effet boomerang mémorable.

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En réalité le président Trump n’était pas l’homme le plus puissant du monde, l’honneur doit revenir au secrétaire du parti communiste chinois, Xi Jinping. Ce qui a posé des entraves à Trump, c’est justement la démocratie et même s’il a souvent agi comme un dictateur, il n’avait pas les mains libres. Xi Jinping a les mains libres car la démocratie n’existe pas en Chine, une puissance formidable et montante, et sa marge de manœuvre est incommensurable. D’ailleurs j’ai l’impression que ce qui intéresse tant Trump chez Kim Jong Un, un autre dictateur, c’est son omnipuissance dans son pays. Reste à voir comme se fera la sortie de celui qui admire tant les dictateurs. En attendant, le reste du monde va regarder le vaudeville de Trump s’accrochant au pouvoir et voir si, justement, la démocratie américaine, aussi bancale soit-elle, va réussir à lui montrer la porte.

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Vous avez donc répondu à la question que je me posais, Alexandra est votre soeur. Il est vrai que Stéliski n’est pas un nom très répandu, ça me semblais donc probable.

Pour ce qui est de Trump il me suffit de savoir qu’il ne sera plus président à partir du 20 janvier. Je n’éprouve pas le besoin de fantasmer sur ses états d’âme en face de la défaite. Je préfère écouter Inscape.

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