Carnet des temps inédits : Le festival des directives contradictoires

Marie-France Bazzo veut bien suivre les consignes, mais avec logique et cohérence. Après des mois de confinement, l’élastique de son masque commence à être pas mal étiré…

Photo : Daphné Caron

Lundi, alors que les restos déconfinaient en région, que steaks et poutines renouaient avec les mangeurs ravis, que les salons de coiffure montréalais se lançaient dans des retrouvailles émues avec des racines en folie, le directeur national de la santé publique du Québec, Horacio Arruda, posait les jalons de la nouvelle normalité.

Le lendemain, schémas et graphiques se disputaient la une des quotidiens : 1,5 ou 2 m selon les circonstances, 1 m pour les jeunes de moins de 16 ans, puis 0 chez les tout-petits ou chez l’esthéticienne… mais 2 m en général ! Les Anglos, qui pratiquent le six pieds, sont donc à 1,8 m les uns des autres. En France, comme recommandé par l’OMS, on mange, on vit, on festoie à un mètre.

Dès lundi prochain, nous pourrons donc nous réunir à 50 dans une salle, mais pas être deux amis ensemble au restaurant à Montréal. Il y a une semaine, c’était 10 personnes de trois foyers à deux mètres dans la cour. Demain, 10 personnes dans une maison, sans distanciation. Nos intérieurs ont-ils été secrètement « purellisés » par des extraterrestes ? On peut manifester à 10 000 sans souci ; les bonnes causes sont plus efficaces qu’un vaccin inexistant. Le secteur de la construction semble immunisé, alors que le monde de la culture est létal pour autrui. Le masque, recommandé par des centaines d’épidémiologistes dans le monde est snobé ici. Horacio zigonne, Plante est mollassonne. Par contre, d’Ottawa à Berlin, vous devrez le porter dans les transports publics.

Tout ça relève du malaise perpétuel, de la plus grande fantaisie, pour ne pas dire de l’incohérence. Sans compter que ce que dit la santé publique une semaine est dédit 15 jours plus tard. Un récent article de la revue scientifique The Lancet montre que le fait de se tenir à un mètre réduit déjà de près de 80 % le risque d’être infecté. C’est bien le premier mètre qui est le plus important pour éviter la propagation ; le reste n’est que bonus. Mais peut-être qu’on connaît finement la psyché des Québécois ; il faut nous demander deux mètres pour en obtenir un…

Encore une fois, la millième, le Québec s’avère être une société distincte. Nous réinventons la roue, sur notre île, même si plusieurs pays ont deux à trois semaines d’avance dans la gestion du déconfinement, qu’ils en avaient trois à quatre dans le déroulement de la pandémie. De bonnes pratiques ont été éprouvées ailleurs. Nous pouvons nous informer, échanger, nous en inspirer. Ben non ! Réinventons ! Pourquoi, dans toutes les sphères, les Québécois doivent-ils être différents ? « Ouin, mais les États sont tous différents. » Pis ? Le virus est le même…

Le citoyen d’ici serait-il donc génétiquement, biologiquement et socialement bâti autrement que les Français, les Italiens, les Marocains, pour ne parler que de ceux-là ? On comprend que les gouvernants doivent, dans leurs décisions, soupeser les risques et les avantages. Les recommandations sont toutefois de plus en plus difficiles à comprendre et à légitimer. On sent dorénavant la pression, la politique, la crainte du rétropédalage en direct à 13 h à la télé, la volonté de ne pas perdre la face, les gros égos. C’est de plus en plus de la politique, de moins en moins de la science.

Il se dégage de cette improvisation byzantine l’impression qu’on essaie de justifier le fait que les mesures étaient nécessaires. Mais il y a des limites à la compréhension, à la patience, à la tolérance de la population. Nous ne sommes pas sots à temps plein. Nous voulons bien suivre, mais avec logique et cohérence. Les petits commerçants, les « pu de job », les agriculteurs, les artisans de la culture, les restaurateurs, tous ces champions de la réinvention de soi, commencent à trouver qu’on frôle l’illégitimité.

On nous a demandé d’être dociles. L’élastique de notre masque commence à être pas mal étiré.

Laisser un commentaire

Un grand grand grand merci pour ce texte qui traduit bien le sentiment de pas mal de mes amis … et le mien.
La situation actuelle est folle, y a pas d’autre mot. Je n’ai même plus envie de suivre ce que propose le gouvernement. Ni même de l’écouter. Je comprends que les connaissances techniques évoluent mais actuellement c’est du grand n’importe quoi.
La réinvention de la roue portée en dogme est ridicule pour ne pas dire criminelle. C’est beau l’intelligence , mais c’est encore mieux d’être humble et d’apprendre des autres. Pourquoi nous croyons-nous supérieur ? différent ? De qui ? De quoi ?
Quelle est cette obligation d’être toujours différent ? Où se cachent les complexes du Québec ? Ce serait comique si ce n’était si pitoyable.
Regardons ce qui se fait ailleurs … puisqu’ailleurs a eu le malheur d’être touché avant nous. Et utilisons notre cerveau.

Répondre

Ce qui s’est passé est une folie totale. Il y a 100 fois plus de gens qui meurent de faim que de la covid dans le monde, on a eu des épidémies beaucoup plus importantes comme en 1968-1969 qui sont passés inaperçus.

On a empêcher de vivre la moitié de la planète à cause d’un virus qui peut tuer une personne sur mille, de plus de 75 ans en général.

Répondre

Eric,

Vous faites référence à la grippe de Hong Kong. C’est une pandémie de type « influenza », la Covid-19 est de type « coronavirus ». Nous parlons de deux virus différents. Ce que nous savons de la Covid-19, c’est que ce virus a la capacité de se répandre beaucoup plus rapidement dans la population, qu’elle est présente pratiquement dans presque 100% des pays ; c’est ce qui justifie ces mesures de distanciations.

Le virus étant plus virulent, cela requière plus de services de soins hospitaliers. Il n’existe aucun antiviraux et pas de vaccin contrairement à d’autres virus comme l’influenza.

La pandémie de Covid-19 n’étant pas encore maitrisée dans le monde. Le nombre de victimes et de personnes infectées est encore en croissance. L’ensemble des chiffres connus sont nettement sous-évalués. Ils ne seront vus que dans deux ou peut-être trois ans. Il est à redouter que malgré ces mesures, le grand total sera beaucoup plus grand.

Minimiser les risques est-il selon vous vraiment la meilleure solution ?

« Nos intérieurs ont-ils été secrètement « purellisés » par des extraterrestes ? » — Une excellente question posée par marie-France Bazzo….

En effet, les arts et la culture sont très dangereux pour pervertir les esprits. Idéalement, il faudrait profiter de cette pandémie pour se débarrasser de « tout ça ! » une bonne fois pour toute.

— Finalement : devrions-nous concevoir que le Québec est une sorte de dédale administratif ?

Bref, comme disent quelques sages orientaux : « La patience est la mère de toutes les vertus ». Restons « cool » et « pi » ça va « bin » n’aller.

Répondre

Bonjour, bloquée en France ou je rendais visite comme depuis plusieurs hivers à ma mère, je suis déjà passée par plusieurs niveaux d’alerte, 2 mois de confinement plus stricts que ce que je voyais de Montréal parce que les sorties pour respirer étaient limitées à 1 km et à une heure, avec toujours un papier pour justifier les déplacement, y compris pour les personnes qui devaient travailler, le déconfinement progressif depuis le 11 mai. Un mètre de distance est resté la règle. les masques sont imposés dans les transports publics et recommandés dans les magasins et toute situation ne permettant pas de conserver cette distance de un mètre, après aussi bcp de manques. Il y a eu des fabrication artisanales et des normes publiées pour en fabriquer chez soi ou par grand maman couturière. Il y a eu, de manière semblable aux CHSLD des hécatombes dans les résidences pour personnes âgées. Le cafouillage que je vois au Québec, l’opprobre qui semble attachée aux masques et l’incapacité à édicter des instructions claires et cohérences sur son port, la nécessité d’une quarantaine stricte et en solitude en revenant alors que je peux me faire tester avant de partir (pas de famille qui peut venir me chercher et faire mon ravitaillement d’avance, donc je devrais déranger des amis), l’absence de travail puisque je complète la retraite par des activités de guide accompagnateur pour des touristes étrangers…..font que je vais penser à deux fois avant de revenir même si la compagnie aérienne avec laquelle je suis venue reprend du service le 2 juillet (depuis le 22 mars….). Ici je vais même pouvoir m’offrir quelques vacances en petit groupe dans d’autres régions de France ou pays voisins, merci le train, alors que je ne pourrais même pas partager un repas dehors avec ne serait-ce qu’avec 2 amis à Montréal si j’ai bien compris ? Quant au niveau d’insultes et de quasi haine que je vois exprimé dans les réseaux sociaux vis à vis des vieux. dont je fais partie (68 ans) mais certainement en meilleure santé que de jeunes enveloppés diabétiques etc. Je ne comprends pas l’absence de tests à l’arrivée comme cela se fait dans d’autres pays avec attente des résulats à l’aéroport. Bref, moi qui constamment prônait le Québec à de futurs stagiaires, immigrants, étudiants etc. j’y retourne à reculons devant tant d’incohérence de sous-dévelopemment et d’infantilisation, en ayant plutôt envie d’y liquider mes affaires et de partir ailleurs.

Répondre

Madame Bazzo,
Bel démonstration d’un gérant(e) d’estrade qui ne sait que critiquer. Je pense que le confinement commence à peser sur votre humeur et ce n’est rien pour vous aider dans vos analyses et réflexion. Vous nous aviez habitués à plus de rigueur, d’objectivité Et de profondeur dans vos analyses.

Répondre
Les plus populaires