Carnet des temps inédits: Les années nauséabondes

2020 ne serait-il que le préambule d’une décennie qui s’annonce cauchemardesque?

Photo : Daphné Caron

Au moment où j’écris ces lignes, des litres d’immondices ont été déversés dans les égouts d’Instagram à propos de Maripier Morin et de Safia Nolin, surtout de Safia. L’odeur nauséabonde se mêle à celle des messages sur les réseaux sociaux où il est question du port du masque, décrété liberticide par des imbéciles finis. Nous n’en sommes même pas à la mi-juillet et on peut déjà avancer que 2020 pue.

Je connais bien du monde qui, il y a quelques semaines à peine, avait hâte au 31 décembre 2020, histoire d’en virer toute une pour accueillir une année flambant neuve, fraîche et annonciatrice de joie et de bonheur. Euh, non… En novembre, nous ferons encore la file devant Provigo mais sous un petit crachin frette. Le 22 décembre, les pieds dans la sloche, les doigts gelés, nous attendrons devant la SAQ Dépôt. Voilà qui devrait nous avertir que les mois suivants ne verront pas l’embellie souhaitée. 

Comment dire? 2020 est une répétition de l’avalanche de schnoutte que sera la décennie naissante. Non seulement elle sera épuisante, mais nous allons y jouer notre avenir. Par notre, je ne parle pas que de celui du Québec, mais de celui de la planète. Aux prises avec une très probable et calamiteuse deuxième vague de Covid, en attente d’un vaccin et de médicaments, et surtout, de lumière. Car cette décennie sera dès le début celle de la crise économique d’États qui se seront endettés de façon stratosphérique, puis d’une crise des finances publiques de ces États. 

Le monde d’après sera celui de la méfiance envers les autorités, TOUTES les autorités, qui naviguent à vue en cette époque où les repères éclatent les uns après les autres. Un monde où les sceptiques, les complotistes deviennent une force inquiétante parce qu’incontrôlable, amplifiée par l’impact des réseaux sociaux.  Les fractures sociales diviseront, lézarderont le corps social. Jeunes vs vieux, qu’on peut presque déjà sacrifier, riches vs pauvres, Blancs contre tous les Autres, masqués prudents vs Libârté frondeurs, identitaires vs wokes, la « cancel culture », la culture du bannissement et du boycot, contre les Histoires nationales. 

Réélu ou pas en novembre, Donald Trump aura décomplexé le bullying social à la grandeur de la planète, propulsé des cohortes d’ignorants butés, méfiants de tout, paranos et égoïstes, salissant le mot Liberté en s’en réclamant. La planète continuera à surchauffer, et l’environnement à réclamer des mesures qui tarderont, trop modérées, trop tard.

Tout cela, nous le savons tous, nous le pressentons, peu importe nos positions idéologiques. C’est peut-être pour ça que nous nous jetons à corps perdu dans cet été déconfiné comme s’il n’y avait pas de lendemains, collés serrés dans des débits d’alcool sans âme du Dix30, chez des amis dans des piscines hors-terre ou sur des rues bobos piétonnisées à siroter des spritz.

Encore sous le coup du stress post-traumatique du confinement, nous nous doutons que ça continuera et que les années qui viennent seront un parcours du combattant. Nul besoin de « faire ses recherches », nous sachons!  – comme on dit chez les conspirationnistes. Alors on danse sur le Titanic, qui pourrait être le nom d’une discothèque de Brossard. Devant la catastrophe anticipée, nos futures vies bouleversées, notre chaos intérieur, nos interrogations non assouvies, nous nous gavons de cet été caniculaire comme s’il n’y avait pas de lendemains.

Je n’excuse pas les ados sur le party qui auront contribué à l’explosion de covid en Montérégie. Non. Mais je peux, un peu, comprendre leur réaction de so what et de Fuck You face à ce monde qui s’annonce si insécurisant, si inquiétant. Nous le savons tous, mais eux n’ont pas de filtre : les années vingt sentent déjà mauvais…

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Lorsque je remonte 25 ou 30 ans en arrière, je me souviens de ces prédictions des futurologues qui nous décrivaient un 21ième siècle « presque » parfait. Déjà les attentats du 11 septembre 2001 nous faisaient basculer dans le « vrai » 21ième siècle, mettant au rancard toutes formes de descriptions fiables du futur.

Depuis, toutes sortes de crises aux quatre coins du monde se sont déroulées près de chez nous ou loin de nous, nous soumettant à une forme de stress intense dont nous ne prenons encore pas la mesure.

Ne dit-on pas qu’à toutes choses malheur et bon ? — Il est possible qu’après cette errance de près de 20 ans, les personnes soient désormais plus enclines à regarder les choses telles qu’elles sont. Ainsi, le réveil pourrait très bien commencer dès l’an prochain. La 21ième année du 21ième siècle formant en quelques sortes ce qu’en géophysique on appelle une « révolution ».

Je me souviens d’un film inspirant de Luchino Visconti : « Mort à Venise », un chef d’œuvre décrivant cette cité improbable mais vraie au temps du choléra. Malgré la pestilence, le personnage central, préférera mourir là sur la plage du Lido contemplant toute forme de jeunesse et de beauté, défiant par le fait-même toute apparence abjecte, destructrice, fatale de l’épidémie.

On ne saurait éloigner la pestilence, mais nous pouvons toujours nous efforcer de contempler dans le monde tout ce qui est beau.

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Il m’arrive d’imaginer une terre identique à la nôtre, tout à fait pareille, y compris pour les humains qui y vivent, les sujets qui sont l’objet des débats. Seule différence, elle est minuscule, de votre taille ou de la mienne. Nous pourrions nous en approcher, en faire le tour et l’observer de tout près. Sur cette mini terre, à l’oeil nu, nous ne pourrions rien distinguer des espèces qui y vivent et se développent. Un puissant microscope pourrait certainement nous permettre d’identifier les contours de différents micro-organismes dont ceux identifiés comme des humains. Très certainement, nous verrions comment ils ont pris un incroyable essor, comment ils sont partout sur cette petite boule bleue. Une analyse plus fine nous permettrait d’analyser la composition chimique de cette terre, de l’écart entre sa situation d’aujourd’hui et celle d’avant la domination des micro-organismes humains. Un médecin de la terre pourrait nous expliquer que la température augmente, que de nombreuses variétés de vies sont disparues à jamais, que d’autres disparaîtront et que les conditions pour maintenir la vie seront de moins en moins favorables. Il parlerait de changements climatiques majeurs dans les prochaines décennies, à l’échelle de cette mini planète, on parlerait de secondes ou minutes. La seule façon d’éviter des bouleversements majeurs pour la vie des micro-humains seraient de leur trouver un nouveau lieu sain pour y habiter et poursuivre leur croissance. Le médecin se tourne vers vous, trouve que vous semblez en très bonne forme, un hôte parfait ou ils pourraient être implantés. Vous qui avez toujours admiré le génie humain, vous acceptez?

Il fut un temps où la terre était percue comme la mère qui nous enfante, nous donne à manger et qui possède ce pouvoir de répondre à nos demandes ou nous punir. Ce fut une belle expérience de ressentir ma grande vulnérabilité devant tant de grandeur et il m’arrive de penser que nous avons oublié notre fragilité, notre passage éphémère sur cette petite boule bleue. La terre que nous habitons est elle-même vulnérable, elle ne nous doit rien, toutes les espèces qui y habitent sont à la merci de ses humeurs, de son état de santé. Il m’arrive d’imaginer que si l’intelligence humaine représente une valeure supérieure dans l’évolution, elle devrait nous permettre de nous transformer en jardinier de ce monde. Et, si ce n’est pas le cas, et que nous continuons à en abuser comme nous le faisons maintenant, en quoi contribue-t-elle a l’évolution de la vie?

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#metoo est en train de virer à la chasse aux sorcières, au lynchage ou encore à la lapidation médiatique ou tous les « vertueux » lancent leur petite pierre. Une « cruze » dans un bar qui vire mal, gestes déplacés, « jokes » racistes, sûrement pas de quoi à en être fier, mais crime sexuel, agression sexuelle, il me semble que la marge est grande. Est-ce que ça mérite une condamnation à mort médiatique, j’en doute. Les lanceurs de pierre n’ont sans doute jamais échappé une petite « joke » raciste pour faire rire les copains ni eu un petit geste osé qu’on regrette par après. Je ne parle pas ici de gestes répétitifs qui deviennent du harcèlement. Je tiens à dire que Mariepier Morin n’est pas une de mes idoles médiatiques. Ses gestes lors de l’événement mentionné méritaient d’être rejetés par la victime et méritaient des excuses appropriées. De là en en faire une chose publique avec toutes les conséquences qui suivent, je continue de croire que la condamnation n’est en aucune mesure proportionnelle à la faute.
Je ne crois pas qu’à long terme, Sofia Nolan en tirera beaucoup de réconfort. Et c’est triste pour les deux !

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Excellent résumé aux couleurs dystopiques. Rien de rassurant pour autant. Pourtant, toutes ces analyses hautement factuelles omettent un point essentiel: la crise n’a pas commencé en 2020 avec Mr. COVID; le « mal » – si on veut garder le ton alarmiste qui vend bien – existait bien avant. Mais c’est un autre type de virus, plus sournois même que le « covidien ». COVID n’a fait que rendre plus clair l’évidence, que nous avions pourtant sous le nez depuis longtemps, mais que nous avons daigné ignorer. Cette cadence infernale des économies autour du monde, plombées depuis trop longtemps par des impératifs financiers sans commune mesure mais supposément essentiels à son « bon » fonctionnement, tout ça finalement au seul service des attentes gourmandes des grands argentiers et financiers intéressés du monde, voilà ce qui nous a amené dans une frénésie quasi-insoutenable avant COVID, autant pour les individus, l’environnement et les économies. Aucune place laissée pour un brin de latitude qui aurait allouer une mince possibilité de réaction en cas de crise ou de sérieux problème inattendu. Avant COVID, nous étions au moins pas mal tous physiquement aspirés dans une spirale de mouvements en accélération ne semblant jamais vouloir s’estomper; au mieux, idéologiquement pris à la gorge dans un engrenage infernal d’attentes occultant toujours plus les concepts de bien-être de la population, les effaçant, au profit d’un appétit monétaire incontrôlé. Tant que les récoltes engrangées pouvaient combler cet appétit vorace des ogres au haut de la tour, ceux-ci considéraient le tout parfaitement « normal », sans égards aux dommages collatéraux engendrés, même si la rareté s’installait en signal d’alarme d’une surchauffe néfaste pointant vers les limites soutenables de la machine. Pourtant, c’est dans cette direction inévitable que le capitalisme à grosses bottes aime tant s’engager aveuglément. Le mode de vie princier finit inévitablement par brouiller même les esprits les plus solides. Les réactions émotives, de révolte des populations, face au virus et à ses conséquences sur nos vies, face aux acteurs et à leur décisions sur la gestion de la crise, devraient pourtant ne pas être dirigés contre les instances tentant de sauver des vies et prévenir d’autres décès, mais plutôt vers celles qui entretiennent cet étau financier aux justifications douteuses, rendant exsangue tout ce qui évolue « en-dessous ». La crise doit nous permettre de porter la réflexion à un niveau supérieur, si bien sur nous voulons en assumer les risques. Car aucun empire, de quelque nature qu’il soit, acceptera aisément les compromis, bien assis en selle, sans compétition à l’horizon. Cette crise sans précédent pourrait ébranler les vieilles structures, sans doute; à nous de faire preuve de courage et d’imagintion pour changer le cours des choses, pour le mieux, sans sombrer dans un chaos d’incompréhension

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Il n’y a pas que les grands argentiers qui cherchent un bon rendement. Les petits épargnants aussi veulent faire fructifier leurs placements pour pouvoir se payer une belle retraite dorée. Nous sommes tous dans le même bateau.

Au-delà des potins… plus futiles encore que désagréables, nous sommes aujourd’hui les témoins d’une débâcle et de l’effondrement de notre monde occidental décadent devenu fou.

Ce point tournant a été prévu et annoncé publiquement depuis plus d’un demi-siècle, par la parution de « Limits to Growth » de Donella Meadows et de son mari, Dennis, contribution phare du MIT pour le Club de Rome qui s’est avérée depuis visionnaire. Les crises se sont multipliées: énergétique, financière, économique, politique et sociale, civilisationnelle, idéologique, environnementale et climatique, sanitaire, sécuritaire et militaire, médiatique, etc. Alors que ces crises maintenant se superposent, elles conduisent au fait que le Pouvoir (cet ensemble de pouvoirs) ne peut plus répondre aux besoins essentiels de ses citoyens… ce qui caractérise précisément l’effondrement dont il est ici question et auquel nous assisterons inévitablement, pas à pas. durant les décennies qui viennent.

Voilà à quoi mènent le déni, l’irresponsabilité généralisée, le « so what» et le « Fuck You », non pas des seuls adolescents mais bien de la masse des citoyens, bref, notre folie.

Au bout du tunnel géopolitique, source d’espoir (?) un nouvel ordre mondial. Parag Khanna: « Le monde de demain est asiatique »… Oui, déjà.

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Bienvenue dans le club des allumés Mme Bazzo. Cela fait des années que plusieurs annoncent à en perdre la tête la tempête qui pointe à l’horizon. Comment se fait-il que cela n’a pas été entendu? Ces sonneurs d’alertes auraient été confondus avec les conspirationnistes, les apôtres de la fin du monde, les paranos illuminés? Ou tout simplement parce que la grande majorité des gens se cachent derrière un optimisme nauséeux et ne veulent surtout pas écouter ceux qui leur répétaient qu’il fallait s’arrêter?

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L’année 2020 est effectivement éprouvante, notamment parce qu’elle joue sur le moral de plusieurs chroniqueuses que j’aime bien en temps normal mais qui devraient prendre soin d’elles plutôt que de faire dans la dichotomie hasardeuse ou de considérer leurs états d’âmes comme un présage absolu…

Je ne crois pas que la crise actuelle sera réglée du jour au lendemain, mais il ne faudrait pas charrier pour autant! D’ici dix ans (voire bien avant), on aura trouvé un remède à la COVID-19 et intégré à notre quotidien des façons de faire qui atténueront le risque de futures éclosions. Les crises (fussent-elles atroces et mondialisées) présentent des occasions d’apprentissage durable et, n’en déplaise à certains, l’humanité a appris, apprend et continuera d’apprendre à travers celles-ci.

J’oserais même dire, Madame Bazzo, que si vos parents avaient partagé le pessimisme qui vous afflige actuellement, vous n’auriez jamais vu le jour. Pensez-y… et surtout prenez soin de vous!

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La crise sanitaire peut s’estomper mais pas celle climatique. Et je vous garantie qu’elle va frapper fort.

Prenez vos pilules Mme Bazzo… Ou changez de psy. 😉

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La vérité est souvent une soupe qui se mange froide…
Prenez un grand verre d’eau, froide!
Marie-France est une femme forte et lucide. Merci pour ce beau texte, qui nous invite à développer nos capacités d’adaptation.

En plein dans le mille Mme. Brazzo. L’on dit qu’à chaque siècle le même phénomène se révèle! En 1918 la grippe espagnole frappait le monde, perdurait 2 ans avec 3 vagues de contaminations dont la 2ieme fut la plus meurtrière suite au de confinement excessif et la folie des gens. 50 millions de morts entre 1918et 1920 ( 1 siècle déjà!! ).

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Je me suis délecté à la lecture de tous vos carnets depuis le début de cette aventure, mais là, vous m’avez foutu la déprime☹️. J’en espère un prochain plus positif qui me remettra sur les rails😊

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2020 ne serait-il que le préambule d’une décennie qui s’annonce cauchemardesque? Je ne sais trop mais la perte des repères assumés de façon inconsciente depuis trop longtemps nous oblige à nous repositionner. Qu’il est difficile de donner un coup de barre lorsque nous nous sommes laissés dériver au gré des vents sans dire un mot, sans nous requestionner… Hier, un ami est décédé des suites d’une leucémie orpheline. Dans le groupe d’âge des 70 ans, il était de nous tous le plus en forme, le plus vaillant. En six mois, il est passé de vie à trépas accompagné de loin par ses proches qui n’ont pu être à son chevet que dans les derniers jours. COVID oblige, « il a été soumis à toutes et toutes les règles » pour le protéger du virus y compris celui de ne pouvoir se rendre au jardin, lui qui n’était bien que dehors. Soumis au moins sept fois au test de la COVID, vivre sa mort lui a été imposé dans le souci des autres entouré dans les derniers jours des siens enjaquettés et masqués . Même si je comprends bien la situation, je crois qu’il n’est pas mort dans la dignité qui lui était due. Pour moi, sa mort s’ajoute à toutes les dénonciations sans compter les horreurs venues d’une gestion dénudée d’humanité des CHSLD. Aujourd’hui, je me sens comme la batterie de ma voiture nouvelle bien protégée dans le garage. Je suis à plat … Je constate seulement que même la mécanique me donne une leçon … Je dois me ressaisir et donner un sens à la vie si je ne veux pas être envahie par d’autres cauchemars.

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Avec cette fin sur les années 20, pendant un bref instant, je me suis mélangée avec « les années 1920 ». Parce qu’elles furent, finalement, le dernier rayon de soleil avant des années sombres, très sombres, à l’image de celles que vous décrivez à venir. 🙁

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Traiter d’imbéciles finis les gens qui déclarent l’obligation de porter le masque comme étant liberticide témoigne bien de votre arrogance.

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C’est pas mal comme boire une bouteille de vin et demi puis prendre la route en voiture…. totalement liberticide!!

Merci de partager votre bonne humeur. « C’est charmant et surtout plein d’humour. » Pour reprendre les paroles d’une chanson populaire.

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Il y a tant de miasmes nauséabonds qui nous tombent dessus présentement peut-être devrions-nous décrétée l’année 2020 comme étant celle de tous les dangers. Il n’y a plus que les éternels optimistes qui ne voient pas que ce vers quoi nous avançons est d’une noirceur inquiétante. Est-ce que le confinement imposé nous a tous fait perdre la boule au même moment? Quand je pense que ce que je viens de lire est la pire des calamités, je n’ai qu’à attendre à demain pour recevoir une autre dose massive de calamités.

Nous sommes les acteurs d’un film apocalyptique qui ne peut en aucun cas avoir une fin légère, joyeuse. C’est un brin délirant de vivre 2020. Tout y passe, le système de santé soutenu à bout de bras par des gens courageux et héroïques, le système judiciaire qui est selon une frange de la population inadapté à recevoir et traiter adéquatement les plaintes à connotation sexuelle – les victimes préfèrent clamer leur douleur à l’aide des réseaux sociaux, soumettant leur prédateur au tribunal du peuple … qui, clairement n’a pas la maturité nécessaire pour ce rôle, entraînant des dérives spontanées, nous avons la dégaine facile pour la condamnation même si nous n’avons en main que la dénonciation d’une victime; la parole de la personne visée est complètement évincée. Nous sommes à l’ère des excuses publiques. D’ailleurs, la rapidité des individus à présenter leur excuse publique me rend perplexe. C’est probablement l’angle préconisé par les conseillers en gestion de crise. Vite, on demande pardon. Peu importe la raison, on demande pardon. Et on se dépêche de retirer de la vie publique quasiment la moitié du carnet des artistes. Que nous arrive-t-il collectivement? Où est passé notre sens critique? N’avoir que la version de la victime est maintenant suffisant pour faire disparaître de l’espace public autant de gens? À mon avis, nous faisons fausse route et sacrifier ainsi sur l’autel du tribunal populaire quantité d’artistes nous amène tout droit dans un mur. Tout le monde devrait avoir droit à une défense adéquate. Je ne prétends pas que ces dénonciations n’ont aucun bien-fondé. Ce que je dis c’est que la facilité avec laquelle des carrières, des vies, des familles sont démolies en une fraction de seconde est discutable mais surtout que c’est contraire à la notion démocratique dans laquelle nous vivons habituellement.

Oui, 2020, nous oblige à faire face à des épreuves qui nous étaient inconnues jusqu’à maintenant. Nous n’avons pas appris de notre passé récent ou ancien. Alors, les mêmes erreurs se sont répétées. Le gouvernement n’a pas été à la hauteur. En pleine crise de la COVID-19, on a constaté à quel point notre société était fragile et surtout complètement dépendante d’autres pays. Pénurie de masques, de jaquettes, de gants, de visières … en fait, de tout pour protéger adéquatement le personnel œuvrant dans le domaine de la santé. Nous avons mesuré avec effroi la complète désorganisation du gouvernement. Je ne le blâme pas pour autant. Il y a eu des décisions vraiment difficiles qui ont été prises courageusement comme la fermeture des écoles, la mise sur pause de toute l’économie du Québec, on a assoupli bien des obstacles pour combler les besoins démesurés en santé.

Mais il faut bien l’avouer, le tout a été fait en mode réaction et pas en mode pro-action. Le gouvernement n’est pas champion. Nous aurions dû avoir prévu ce scénario de fin du monde. Car, avant la COVID-19, il y a eu le SRAS. Le SRAS qui a tué, à plus petite échelle mais tout de même…. Pourquoi personne dans les gouvernements précédents n’a pris le problème à bras le corps? Comment est-il possible que nous ayons délocalisé le savoir et l’expertise vers d’autres pays. Le gouvernement a pratiquement dû supplier pour obtenir la moindre livraison de matériel de toute première nécessité dans cette lutte à la COVID-19.

Je n’ai que des félicitations à offrir aux entrepreneurs québécois qui se sont mis au boulot pour produire du matériel de qualité et le mettre à la disposition des hôpitaux et CHSLD. Ils n’ont pas attendu la bénédiction du gouvernement pour créer ce qui a permis une lutte plus organisée à cette pandémie. Eux, sont des champions.

Ainsi, le système de santé a failli lamentablement à la tâche, le système juridique n’obtient plus la confiance des victimes d’abus sexuels, le système d’éducation a été lent à offrir des cours en ligne. Maintenant que le déconfinement est commencé, il y a un rebond de cas de la COVID-19. Nous devrons porter un masque dans tous les endroits publics intérieurs. Dans les faits, cette obligation aurait dû être instaurée depuis le début de la pandémie. Le gouvernement a été frileux. Le manque de fermeté, de clarté dans ses communications ont probablement causé des décès.

Ça me fait dire que toutes les sphères de nos vies ont été affectées de près ou de loin par la COVID-19. On annonce la construction de maisons des aînés. Enfin, un endroit à échelle humaine où nos aînés seront traités dans les règles de l’art. C’est un minimum. Il faudra du temps pour régler ce gâchis des CHSLD privés ou publics. Je serai morte avant d’en avoir vu un nombre suffisant de maisons des aînés pour répondre à la demande.

Et dans ce maelström de confusion, on continue de refuser aux malades, l’aide médicale à mourir qui est pourtant, en principe, accessible aux québécois. Le gouvernement a reculé et préféré attendre que le fédéral rende publiques ses propres directives qui sont confiées à un groupe de travail qui repousse encore et encore le dépôt de son rapport. Ironiquement, le gouvernement québécois a toujours tenté d’obtenir plus de latitude de la part du fédéral, mais, cette quand toute la latitude est permise, qu’on a étudié, discutée et débattu d’une cause et qu’une Loi est née de tout ce processus, le gouvernement préfère se mettre à l’heure du fédéral. Si le ridicule tuait, ce serait une hécatombe dans les rangs gouvernementaux.

J’ai besoin de comprendre ce qui cause vraiment des délais inhumains aux personnes vulnérables qui ont pourtant annoncer leurs couleurs. À savoir qu’ils réclamaient l’Aide médicale à mourir. Quelle désolation! Une autre … Prolonger des vies de personnes qui souffrent, c’est indécent. Surtout quand une Loi régissant cette question a déjà été adoptée. C’est le monde à l’envers. D’un côté on nous prépare à ne plus faire d’acharnement thérapeutique (ce qui est depuis longtemps accepté par ceux qui souffrent), on adopte même une Loi plus souple que celle du fédéral pour faire en sorte que l’envergure de la Loi rende accessible l’AMAM à une plus grande catégorie de malades à y avoir droit mais de l’autre côté, s’installe une résistance à ce principe. Résistance qui vient du gouvernement.

Au fond, on fait fi du gros bon sens. Qui souhaite une fin de vie branché à ces appareils qui supplante les ratées d’un corps à bout de résistance. On peut faciliter votre capacité à respirer, on peut vous ramener de chez les morts à coups de massages cardiaques qui brisent des côtes ce qui ajoute à une souffrance déjà intense, on peut … vous garder en vie quand vous appelez à grands cris silencieux, la mort. Apprenons à respecter les limites de chacun. Cessons les acharnements au prix d’efforts épuisants. Offrons une fin de vie qui convient à chacun. Qui sommes-nous pour décider ce qui est acceptable? Soyons plutôt à l’écoute de ces malades qui ont choisi de cesser traitements ou prolongation indue d’un simulacre de vie. Le choix fait par des personnes prisonnières d’un corps dont elles ne veulent plus devrait être respecté sans plus de délais. Le temps est maintenant à la bienveillance. Et si la mort est leur réponse à ces souffrances, faisons en sorte qu’elle soit douce et à leur image.

L’année 2020 nous a déjà confrontés à l’inimaginable. Tirons leçons de toutes les calamités qui nous sont tombées dessus et essayons pour une fois de mettre l’humain au centre de toutes nos préoccupations.

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Bonjour madame Louise,

Vous avez écrit: « Nous n’avons pas appris de notre passé récent ou ancien. Alors, les mêmes erreurs se sont répétées. Le gouvernement n’a pas été à la hauteur. En pleine crise de la COVID-19, on a constaté à quel point notre société était fragile et surtout complètement dépendante d’autres pays. Pénurie de masques, de jaquettes, de gants, de visières … en fait, de tout pour protéger adéquatement le personnel œuvrant dans le domaine de la santé. Nous avons mesuré avec effroi la complète désorganisation du gouvernement. JE NE LE BLÂME PAS POUR AUTANT. » (Je souligne)

Je ne peux m’empêcher de vous soumettre que c’est précisément parce que nos concitoyens sont même massivement incapables de seulement blâmer les responsables d’une pareille débâcle et d’un tel effondrement que les mêmes « erreurs » se répètent sans fin , de sorte que nous rampons aujourd’hui au fond de cet abîme d’inhumanité. L’hécatombe dont nous avons été les témoins devrait générer en nous une révolte extrême qui nous pousse à exiger que nos irresponsables au Pouvoir, qui sont néanmoins pleinement responsables, rendent des comptes puis soient poursuivis au criminel, condamnés pour leurs crimes et interdits à vie de toute responsabilité politique et sociale.

Bref, je crois que seule, invraisemblable, une profonde déshumanisation peut expliquer notre incapacité à blâmer les responsables des maux qui nous affligent tant, à la mort y compris. C’est pourquoi, non, ça ne va PAS « bien aller », comme nous le verrons très bientôt. Hélas!…