Carnet des temps inédits : Les vacances de la construction

Ces vacances de la construction ne goûtent pas l’insouciance et le melon d’eau comme d’habitude. On fait semblant de prendre ça cool devant le feu de camp, mais la candeur et l’innocence ont disparu.

Photo : Daphné Caron

Depuis samedi dernier, les rues de Montréal et de sa banlieue vivent au ralenti, les chantiers sont suspendus : c’est les vacances de la construction. Comme chaque année, le Québec s’est arrêté, les campings se sont remplis, les roulottes sillonnent les routes et gagnent la Gaspésie, élue Miss Destination 2020. On pourrait ressentir une certaine normalité grâce à ces 15 jours d’arrêt statutaire.

Pourtant, dans les familles des travailleurs de la construction, au sortir de quatre mois anormaux où la conjointe a peut-être perdu sa job et où les enfants ont été peu scolarisés, les revenus ont manqué. Les Québécois jouissent de l’été comme si la vie avait repris son cours, mais on voit tous nos vies sur un fil : les emplois compromis, les études interrompues pour plusieurs jeunes qui ont même décidé de décrocher, les reculs économiques pour les femmes, des rencontres inabouties par manque d’envie de donner rendez-vous à un inconnu dans un lieu très fréquenté… Et on entend les nouvelles du monde, les foyers d’éclosion qui se multiplient en France, le reconfinement imminent de Barcelone, l’inquiétante situation de notre effarant voisin américain…

Ces vacances de la construction ne goûtent pas l’insouciance et le melon d’eau comme d’habitude. On fait semblant de prendre ça cool devant le feu de camp, mais la candeur et l’innocence ont disparu. Une deuxième vague de COVID-19 et de confinement serait, sera terrible.

En attendant, c’est la canicule. On veut se rafraîchir. Alors, dans la pénombre du salon, le ventilateur « drette » dans la face, on cherche La faille sur Club illico. Mais la série et sa vedette Maripier Morin ont disparu. Les censeurs, punissant Morin – et du même coup la comédienne Isabel Richer, des artisans talentueux et un public ravi de voir enfin une série se déroulant dans le Nord en hiver –, ont retiré toute trace de la mordeuse de nos écrans. On se dit que, voilà, ce sera la nouvelle normalité. Qu’on y prendra la population pour des enfants, que la pureté punitive et la salubrité idéologique triompheront.

On a chaud, on est en vacances et on attend le nouveau monde. On commence bien à se douter qu’il ne sera pas une partie de plaisir et que les « bouttes » dans la « garnotte » seront nombreux. Déjà, des deux côtés du chemin sont plantés des gens qui nous hurlent quoi penser sur les sujets de l’heure. Des militants qui parlent par slogans se sont emparés des dossiers controversés, et toute réserve émise de manière nuancée est perçue comme une attaque frontale et une trahison, même si tout le monde « veut » vivre dans une société juste. Mais les temps ne sont pas au doute. Sur le bord du chemin, il y a aussi la meute de plus en plus dense des anti-masques, anti-vaccins, anti-5G, pro-pitbulls, confits dans leur vision apocalyptique de la « libârté ».

Et les gens aux opinions discrètes, ceux qui aspirent à mieux pour eux et leur communauté, ceux qui ont courageusement tenu leur famille et leurs vies à bout de bras pendant ce printemps bizarre et qui n’osent pas prononcer à voix haute le nom de la deuxième vague, ces gens qui représentent la majorité tranquille baissent la tête et attendent que ça se calme un peu dehors, là où font rage ces batailles bruyantes, nécessaires à plusieurs égards, mais en ce moment accaparées par les militants les plus ultra.

Nous retenons notre souffle. Nous essayons silencieusement de prendre le frais, de prendre soin des nôtres, parce que le grand « nous » collectif est de feu et de fureur, ces temps-ci. Un peu ahuris, sonnés, nous entrons dans ces vacances anormales. Elles s’appellent les vacances de la construction. Elles sont bien nommées, car c’est une sacrée reconstruction personnelle et collective qui nous attend, à tous égards, ces prochains mois.

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Démontrant sans doute que tout n’est pas détestable dans cette période-ci, c’est que pendant longtemps les propos de Marie-France Bazzo avaient l’indicible pouvoir de « m’énârver », pas trop quand même…. Lorsque désormais au fil des jours et au fil du temps, je suis presque toujours d’accord avec ses propos.

— N’est-ce pas là la preuve d’une reconstruction ?

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Honnêtement, je ne vois pas le rapport. Il peut y avoir « reconstruction » des convictions chez une personne sans que vous y souscriviez personnellement.

Il ne faudrait toutefois mettre la faute sur ces travailleurs et leur proches, sans doute que beaucoup de vacanciers de la PCU ont profites pour se la couler douce au centre ville et de surcroît sans porter un masque. Ils seront les premiers dans la file d’attente pour se faire soigner et demander des services payer par les tirailleurs qui eux portent leur masque!

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Commentaire très intéressant, il y a cependant un petit quelque chose qui m’irrite: la Gaspésie est peut-être cette année la destination »1 ère » mais j’aimerais bien qu’on nomme les autres. Ma fille qui a pris la route de l’Abitibi vendredi dernier, et qui a dormi à Mont-Laurier, m’a parlé de »Babawago » autres roulottes et autos qui prenaient la route du nord-ouest, c’est-à-dire: Laurentides, parc de La Vérendrye et, pour les plus braves l’Abitibi.

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J’aime vous lire Marie-France Bazzo. Vous avez une plume irréprochable…et la réalité ne vous échappe point…ou presque. La fin de ce carnet des temps inédits est la cerise sur le gâteau.
Merci de faire ma matinée, à ma terrasse, regardant mon potager, les fleurs en cette journée d’été….merci.

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Je trouve que Mme Bazzo, qui n’est pas nécessairement ma préférée, a le ton juste dans cet article pour qualifier les biens pensants qui suivent le vent de dénonciations comme moutons , malgré qu’elles soient de ses collègues.

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Mme Bazo, je constate que ne parlez pas dans votrearticle des comportements de vos habitants de la cité Montréaliste. Ils ont pris d’assaut tel une horde » d’homo urbanus » mal élevés et insalubres les plages, et sanctuaires de protection de la nature fragile sur la Côte Nord, Bas-St.laurent et surtout en Gaspésie. Dois-je comprendre qu’en passant sous silence cette situation, vous êtes d’accord avec ces agissements puisque vos écrits ne sont pas très pro-régions ! Désolant pour une professionnelle de l’information !!!!!

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Mme Bazzo, après avoir déblatéré sur les régions comme vous l’avez fait, il aurait été pertinent que vous commentiez maintenant sur le comportement des métropolitains qui se retrouvent en région. Aucun respect des milieux naturels, stationnement interdit sur les plages, ensemencement de déchets un peu partout, ces gens considèrent les régions comme leur arrière-cour. Ils peuvent s’y conduire comme ils désirent, ces territoires n’étant soutenus que par leur force de travail en mėtrop-plein, comme vous l’avez si bien évoqué. Ils se comportent en. propriétaires en visite dans l’un de leur domaine, en se disant que les locaux feront le ménage après leur départ : « De toute façon, y’ ont jusse ça à faire, y travaillent pas ». Par votre article sur les régions vous avez avalisé ces comportements.

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