Carnet des temps inédits: Maripier et Safia, un conte moral

Marie-France Bazzo voit mille histoires se percutant dans ce fait divers qui a amorcé un raz-de-marée de dénonciations.

Photo : Daphné Caron

Ces temps-ci, les semaines semblent être des mois, les jours durent une éternité. Les événements inouïs s’empilent.

L’un des plus frappants est évidemment l’épisode du #moiaussi 2.0 mettant en scène Safia Nolin et Maripier Morin, et puis d’autres encore dans la foulée, impliquant de nombreux noms de l’industrie culturelle québécoise.

Revenons sur le cas Safia-Maripier. Celui-ci m’intéresse particulièrement, car c’est un vrai conte moral des années 2020. Mille histoires se percutent dans ce fait divers qui les contient toutes : le moralisme de l’époque, sa victimisation érigée en dogme, la pornographie, le #moiaussi de deuxième génération, la culture du call out, la vision de la justice, l’emprise des réseaux sociaux, le conflit des générations et le règne des millénariaux.

C’est d’abord une histoire générationnelle, car cette vague de dénonciations est différente de la première, qui a eu lieu autour de 2017. Alors que les dénonciatrices de la première vague croyaient encore à la justice réelle, le #moiaussi 2.0 existe à travers les réseaux sociaux. Les histoires sont révélées et relayées sur Instagram, la plateforme par excellence de l’image. Elles mettent en scène des personnalités connues des réseaux sociaux, beaucoup d’influenceurs, et les gens sont jugés en temps réel par le tribunal des abonnés et des « J’aime ». La justice officielle y est dépeinte comme inefficace dans les cas de harcèlement et d’agressions sexuelles (arguments que Yves Boisvert, dans LaPresse+, a en partie démolis). Le message envoyé par la génération qui vit sur les réseaux sociaux et qui y dénonce des abus est : n’allez pas à la police, faites-vous justice, et les entreprises qui engagent les personnes délinquantes les puniront. C’est ce que BonLook, Blush et Buick se sont empressées de faire avec Mariepier Morin.

La victimisation aussi est, en partie du moins, une affaire générationnelle. Je mets ici des gants blancs. Toutes les personnes récemment dénoncées comme agresseuses sont immédiatement dans la repentance. Elles promettent publiquement, sans procès, d’aller suivre une thérapie, de changer leur vision, de faire un travail sur elles-mêmes. C’est certainement une piste de solution louable et nécessaire, mais pas la seule issue. Le repentir et la culpabilité étalés et tartinés dans les minutes suivant la dénonciation sont-ils sincères, ressentis ? Ça nie l’aspect méchant et dépravé des gestes commis. Ces personnes sont, au fond, des malades, bien plus que des coupables. Dans notre société victimaire, il n’y a plus de dommages et de réparation de torts, mais des aveux, du travail sur soi et de la thérapie…

Le #moiaussi deuxième vague est aussi générationnel en ce sens qu’il met en scène une cohorte de gens (hétéros comme homos) qui ont appris la sexualité sur le web et à travers la pornographie. La porno n’est pas l’érotisme, mais plutôt la banalisation de l’extrême, de la violence, de l’assèchement de l’imaginaire, de la disponibilité des corps en tout temps. Elle place le cul au cœur de TOUS les rapports humains. En ce sens, les agressions dénoncées ont moins à voir avec le machisme qu’avec la « pornografication » des comportements. Il faudra vraiment creuser cette piste de la culture porno pour mesurer comment elle a envahi nos vies ordinaires et nos esprits.

Le cas Safia Nolin-Mariepier Morin est fascinant, car il met en cause deux jeunes femmes qui jouent, absolument, sans cesse, de leurs corps et des réseaux sociaux à temps plein, mais de façon complètement aux antipodes l’une de l’autre. Elles se sont rencontrées, le conflit a eu lieu, et il se déroule jusque sous nos yeux abasourdis. Leur histoire parle de réseaux sociaux, de victimisation, de repentance, de pornographie banalisée. C’est un conte moral déconfiné. On croirait presque à un scénario de film de Denys Arcand…

Que va-t-il se passer avec cette vague de dénonciations ? Entrons-nous, avec les gens de cette génération pourtant élevés dans les valeurs égalitaires, dans une nouvelle ère morale ? Ils sont/nous sommes obsédés par le sexe, l’apparence, la pureté, la transparence, la morale. Le cocktail est explosif. Il n’y aura pas de photos de plages exotiques sur Instagram cet été, mais ça va quand même surchauffer !

Les commentaires sont fermés.

Enfin un texte bien écrit et équilibré qui représente ma pensée, sans tomber dans les accusations ni les railleries.

Je vous préfère lorsque vous faites ces analyses sociologiques que lorsque vous vous faites prophète de malheur.

Bonjour Mme Bazzo,
Bravo pour cet éclairage! Ça nous fait comprendre que les réseaux sociaux sont comme la bête de Dr Frankenstein… Plus elle grossit, plus elle nous échappe. Un tribunal «  public » s’est érigé dorénavant et les utilisateurs en sont les juges.
Bref, je trouve tout cela triste, mais j’ai de la difficulté à me faire à l’idée qu’un panier de crabes comme les réseaux sociaux devienne le réceptacle d’une sois-disant justice.
Merci encore pour ton excellent article.
P.S. Je le ferai lire à mes élèves à la prochaine rentrée scolaire en présentiel ou BBM peut-être via Teams😉

Mme Bazzo,
Je ne sais trop quoi penser de votre texte mais je le trouve stimulant. Stimulant car il met sur la table des éléments importants pour tenter de comprendre ce qui se passe, invite à porter un regard plus large sur le phénomène. Dans le micro, il y a chacune de ces histoires racontées sur la peur, la honte, la dépossession de soi par un autre qui s’impose, s’approprie, détruit; comment ne pas être touché, ému, révolté et en tant qu’homme déçu et en « tab.. » de certains de mes pairs. Et de me dire que si des personnes ayant vécues ces évènements arrivent à s’en dégager par ce type de dénonciation, pourquoi pas. Puis, il y a aussi ce malaise que tout ça s’étale ainsi sans autre forme de procès et de ce que ça alimente dans les réseaux sociaux, l’impression d’être sur la place centrale d’un village où tous commentent les actions des autres, lancent des pierre à ceux qui sont dénoncés autant qu’à ceux qui dénoncent. Un malaise s’impose, il y a aussi quelque chose de malsain. Démêler les avantages et les effets pervers de tout ça n’est pas aisé. Je laisse les différentes perceptions se côtoyer en moi, une n’annulant pas l’autre. Votre regard alimente ma réflexion. Merci.

Vous avez omis une autre caractérisation de cette génération: la glorification de l’effort, les résultats étant peu importanst.

Marie-Pier Morin avoir envie de Sofia Nolan,…comprends pas…

Ce que je ne comprends pas c,est de faire d’ un cas privé une affaire publique . Laver son linge salé a la face du monde et detruire la réputation d’une personne pour se faire justice. Pas édifiant pour les deux parties mise en cause. La vengeance est un plat qui se mange froid.

Ah oui…? Qu’est-ce que vous ne comprenez pas? Décidément, vous avez du chemin à faire…

Bien d’accord. Aujourd’hui, on ne fait plus de distinction entre le privé et le public et on se fait justice sur les médias sociaux. Si elle ne l’a pas déjà compris, Safia comprendra bientôt qu’elle aurait peut-être mieux fait de commencer dans la sphère privée. Dans le milieu très fermé du showbiz au Québec, qui osera encore l’inviter?

Je me demande si Safia Nolin n’aurait pas en fait profité de « déguiser » cet événement en agression sexuelle pour s’afficher comme une personne pouvant, elle aussi, attiser le désir de l’autre.

Comme ça faire d’un cas privé une affaire publique est tout à fait normal, selon vous? Avec toutes les répercussions injustes que cela engendre?

« Marie-Pier Morin avoir envie de Sofia Nolan,…comprends pas… » Safia Nolin a dû en profiter pour crier haut et fort qu’elle aussi peut être un object de convoitise.

Les événements des derniers jours mettent en vedette les comportements de notre merveilleux monde artistique en rappelant brutalement que même ces modèles du ¨savoir-vivre¨ sont, fondamentalement, des humains ni meilleurs, ni pires, que le peuple dont ils font malgré eux partie.
Alors, dans un avenir rapproché, espérons qu’ils (ces modèles) sauront faire preuve de plus de modestie, et de gêne même, quand viendra le temps de faire la morale au petit peuple qui les aura élevés au rang de ¨star¨.

La plupart des points dans ce texte sont intéressants. Mais, parce que oui il y a un mais, quel est le rapport avec la porno?

Il y a quelque chose d’assez absurde lorsque je vous regarde dénoncer « la porno » parce que c’est tellement généralisé votre discours, que ça permet seulement de voir une chose; vous n’écoutez pas ben ben de porn… Parce que si vous en écoutiez, que vous connaissiez cette industrie, ses différents courants, etc., vous ne seriez pas là à nous parler de LA porn. Comme s’il n’y en avait qu’une seule. Cette caricature enlève toute crédibilité à votre discours.

Avez-vous réalisé que vous parlez ici de la porn comme d’autres parlaient du diable il y a 40 ans?

Alors sachez qu’il existe DES types de porn, dont dont la porn féministe et des types beaucoup plus romantiques.

Rappelez-vous madame Bazzo que l’industrie du porn est à la tête de bien des révolutions technologiques. Cette industrie a une sensibilité telle aux mouvements sociaux qu’il y avait des vidéo de sexe et COVID dès les premières semaines de la pandémie. S’il y a du cash à faire, l’industrie du porn va le faire. S’il y a une demande, ça va se faire. Donc il y a une multiplicité de formes de pornos. Oui la porn hard existe. C’est tout un métier technique d’ailleurs qui mérite le respect. Mais dans tous les cas, c’est loin d’être la seule porn disponible.

Si vous souhaitez faire des liens entre la vague de dénoncement actuelle et la porno, je vous invite à développer une curiosité sincère de cette industrie aux milles visages afin de développer de réelles connaissances pour vous permettre de parler de ce sujet avec rigueur.

Quels que soient les côtés positifs que vous puissiez trouver à la ¨porno¨, il n’en demeure pas moins que cette industrie est destinée aux adultes, mais que, malheureusement, elle est plus que disponible aux plus jeunes qui ne peuvent pas faire de distinctions entre ce qui est ¨relations normales entre humains¨ et ¨déviances sexuelles¨. Car, que vous le vouliez ou non, il y a plus de déviances sexuelles et maladives dans ces films que de l’éducation constructive, que ce soit dans les films homos, lesbiens ou hétéros.
Dans les films hétéros, il y a plus de violence (et viols) que dans les 2 autres genres. Si vous croyez que ces vidéos ont une quelconque valeur civique et éducative, vous vous fourvoyez royalement. Ce n’est pas parce que la porno a adapté ses vidéos à la covid 19 que ça en fait une panacée de la bonne morale. Et je ne vois surtout pas comment ce ¨métier technique¨ mériterait le ¨respect¨. Désolé, je ne partage pas votre point de vue.

Qui a dit que la porno est un outil d’éducation à la sexualité pour les enfants et les adolescents? Votre propos est hors sujet en lien avec mon point.

Pour ce qui est de « la norme sexuelle », ça me fait sourire. Je suis sexologue et psychothérapeute et lorsque les gens dans mon bureau me disent: »J’ai une sexualité normale », je leur demande de me la décrire, car ça ne veut pas dire grand chose.

On peut parler de la norme statistique et voir qui est hors norme. Est-ce que les « hors normes » sont nécessairement déviants? Pas du tout. Une personne peut être tout à fait saine d’esprit, ne pas avoir de pathologies sexuelles et avoir des pratiques sexuelles hors normes. Tant que celles-ci sont faites dans un contexte de consentement libre et éclairé, chaque personne a le loisir de faire ce qu’elle veut de son corps.

Le problème n’est pas de savoir si c’est dans la norme ou pas, mais s’il y a un consentement libre et éclairé.

Vous serez peut-être choquée de savoir que le fantasme de viol est dans les 3 fantasmes les plus communs chez les femmes. Pas dans la porno; dans leur imaginaire. Pourquoi? Parce que ce n’est pas réel. C’est un fantasme, un jeu. Si je fantasme sur le viol, est-ce réellement un viol? On reste toujours dans l’imaginaire là, pas dans le réel. Ce fantasme est populaire, car ce qu’il y a en dessous, c’est être une femme tellement désirable qu’un homme ne pourrait résister; ça nourrit l’Ego. Et dans ces fantasmes, les femmes ont du plaisir. Est-ce que ce serait le cas dans la réalité? Bien sûr que non!

D’où l’immensisime différences entre les fantasmes et la réalité. La porno, c’est du fantasme. Pour la majorité, qui cible les hommes hétéro comme public cible. Et ces scènes rofs, c’est un fantasme de » ma force ne pourra jamais détruire ma partenaire. Je ne suis pas obligée de me retenir, car elle jouit de cette force ».

La porno est à la sexualité ce que le Bye Bye est à la politique; si vous avez l’impression d’écouter un documentaire, je comprends que vous soyez scandalisé; ce n’est pas un documentaire.

Pour l’aspect technique qui mérite le respect, faire des scènes très rofs, ça demande une très grande conscience de son corps et de l’entraînement pour ne pas se blesser. Une personne non-entrainée pourrait se faire mal et se faire faire mal d’essayer de reproduire ces scènes. Les harders sont en quelque sorte des athlètes et ça mérite le respect.

Mme Morin, le fait d’exhiber vos diplômes ne font pas de vous une Sigmund Freud de la psychologie pas plus que pour moi un Tesla de l’électricité avec mon diplôme de technicien en instrumentation et contrôles des centrales hydro-électriques.
Mon propos est loin d’être hors sujet en lien avec votre point, comme vous dites. Bien au contraire. Je n’ai jamais dit que les hors-norme étaient déviants; je peux me masturber trois fois par jours sans être considéré comme déviant, mais hors normes oui… si la normale est de se masturber une fois par jour.
Fantasme ou pas, dans les films porno, le ¨fisting¨…, où une personne se fait enfiler un bras jusqu’à l’épaule, dut-elle être consentante, ne sera jamais pour moi un geste ¨normal¨, ¨équilibré¨ ou ¨naturel¨. Pas besoin d’être un Freud pour comprendre ça.
Et pour dévier un peu plus vers le hors contexte, je suis assez âgé pour avoir réalisé que depuis les années 55-70, là où les classes de 30 à 34 élèves (avec autant d’enseignantes que d’enseignants à l’époque) il n’y avait que deux ou trois ¨enfants problèmes¨ alors que depuis les années 70, avec la venue de psychologues et spécialistes à l’éducation, il y a en moyenne un élève sur deux qui éprouve des problèmes d’apprentissage.
Certes, la société a évolué…, et pas nécessairement pour le meilleur. Mais force est de réaliser que tant que la psychologie se prendra pour le dieu absolu de l’âme, l’erreur de jugement continuera de n’être qu’humaine.

Merci Mme. Bazzo, une fois de plus vous ouvrez l’angle de discussion en nous offrant un point de vue ou des pistes de réflexions en dehors du ‘tout le monde dit ». Et je me questionne sur le comment, et non sur le pourquoi de cette deuxième vague de dénonciation. Qu’elle soit nécessaire, qu’il y est nécessité de changement de comportement, qu’il y est urgence que ces changements se produisent j’en suis convaincue, ne serait-ce que parce que je suis une femme! Mais qu’on mette de côté le domaine judiciaire pour dénoncer m’inquiète. Est-ce à dire que nous ne pourrons changer les choses aux niveaux politiques, culturelles, judiciaires et sociétales et que seule le tribunal populaire pourra le faire ? J’ose espérer le contraire!

Bravo .M.F Bazzo … Un texte simple … qui en aidera plusieurs de ma génération à mieux comprendre … Vos propos et votre vision m’aideront assurément à me faire une meilleure tête … Plus éclairée et plus actuelle pour échanger sur ce délicat sujet lors de nos prochains soupers entre amis … Toujours à 2 mètres de distanciation … Bien sûr !

Merci Mme Bazzo pour votre éclairage sur la polémique engendrée par les propos de Sofia Laurin à l’encontre de Mariepier Morin. C’est une lecture intéressante et non partisane de cet événement, en ce qui concerne les répercussions qui en découlent ou qui en découleront pour l’une et pour l’autre.

Texte tres juste, Surtout la partie de 2 antipodes qui se definissent par leurs corps sur les reseaux sociaux…et qui se rencontrent. Bravo.

Le bûcher des vanités… aboutissement logique de l’hyper-individualisme de cette nouvelle génération. Plus simple comme interprétation que votre référence à la présence d’une « nouvelle morale » (même en mode ironique) chez ladite génération. À moins d’y associer la constitution d’un tribunal des médias sociaux…

votre texte est très réaliste, et les deux vedettes aux antipodes l`une de l`autre les font se détester et en même temps, l`une envie peut être l`autre, qui, on ne se le cacheras pas, passe beaucoup mieux à l`écran.
Accompagné le tout de boisson et d`une petite dose de je ne sais trop quoi, et ca donne le gout d`y mordre à pleine dent.

Les réseaux sociaux sont-ils la place pour dénoncer des actes d’agressions sexuelles ? Doivent-ils se faire l’écho des médias qui font état des écarts de comportement de nos artistes? Les médias doivent-ils se faire l’écho des déclarations anonymes d’agression sexuelles. Nous vivons dans un monde qui tend à moraliser tous les écarts de conduites et en faire des cas de lynchage de réputation en dehors des cours de justice. Malgré le fait que déclarer ces actes à la police et accepter de se rendre en cours soit plus long et plus dérangeant pour les victimes, je préfère cette démarche aux accusations sans preuves sur les réseaux sociaux. Quant à l’influence de la porno sur les milléniaux je ne crois pas que les jeunes se rendent en masse sur les sites pornos. À moins d’étrenner en problème de déviance sexsuelle.

Je dois être d’une autre génération, pour moi ce qui s’est passé entre Mmes Morin Et Nolin c’est un détail d’une fin de party un peu arrosé qui ne valait même pas la peine d’écrire à sa mère. Là, nous sommes en présence d’une vindicte populaire qui condamne sans appel Mme Morin et lui fait perdre ses sources de revenus pour cette passade. C’est ridicule!

Je vais vous expliquer ma vision du mouvement pour vous faire voir un autre angle.. le mouvement ne sert pas à se »faire justice soit même » il sert de plateforme pour que les victimes puissent raconter ce qui leur est arrivé en choisissant ou non de s’identifier ou même d’identifier l’agresseur supposé. Il faut que ce sujet cesse d’être tabou pour qu’on en parle et qu’on « dénormalise » certains comportements déplacés qui sont rendu « normaux » dans notre société! Là où il ya problème, c’est que certaines personnes vont utiliser l’histoire des victimes pour intimider les personnes identifiées dans ces récits.. il faut faire la distinction! Le système de justice est déficient dans ce genre de crime et il doit y avoir un changement. Pour que ce changement arrive il faut qu’on en parle. Pour en parler, il faut attirer l’attention.. je ne suis pas d’accord avec l’intimidation qui entoure le mouvement, mais il faut écouter et exposer les histoires des victimes dans tabou!

Il faudrait aussi que ces dénonciations cessent de ruiner les vies des personnes visées. Le virus de la rectitude citoyenne est en train de nous infecter de plu en plus durement.

Le système judiciaire n’est pas un système de justice mais un système de lois et de tribunaux qui voit le monde en noir et blanc, surtout en matière pénale. Dans les cas de harcèlement et d’agressions sexuelles, l’affaire est souvent très nuancée alors que le système ne la voit qu’en noir et blanc et cela devient un instrument trop brutal pour pouvoir régler les conflits adéquatement. En fait le système tel qu’on le connaît encourage surtout la vindicte et la vengeance et très peu la réparation des torts causés et la réhabilitation, d’où les risques élevés de récidive.

Conséquemment, à défaut d’outils appropriés, les réseaux sociaux servent d’exutoire à un besoin des victimes de crier leur mal et de soulager leur souffrance. Tant que nous allons nous confiner en tant que société dans un système juridique qui voit le monde en noir et blanc, en victime et délinquant, en poursuite et défense, un système accusatoire qui exacerbe les conflits en forçant la confrontation, nous ne pourrons jamais soulager vraiment le mal des victimes de ce type de comportements.

Pour le moment, la seule approche qui pourrait fonctionner mieux que le système accusatoire est une approche réparatrice fondée sur la réparation des torts causés, la réhabilitation et la restauration de l’harmonie dans la collectivité. On appelle ces approches la justice réparatrice (Restorative Justice en anglais) et elles existent maintenant dans plusieurs pays mais peu au Canada et encore moins au Québec. Ce type d’approche aux conflits est très répandue dans les sociétés autochtones des Amériques et nous pourrions encore apprendre beaucoup de ces peuples, au lieu de les forcer à s’assimiler à la culture dominante.

Les plus populaires