Carnet des temps inédits : On fête quoi, déjà ?

La Saint-Jean est-elle encore le symbole de quelque chose, ou est-elle devenue un party comme les autres ?

Photo : Daphné Caron

Je pose la question parce que commettre un impair est si facile.

Traditionnellement, au Québec, on se souhaitait une bonne Saint-Jean. Bonne fête nationale du Québec est la formulation officielle, mais elle a pour plusieurs une connotation nationaliste institutionnelle, peut-être parce qu’adoptée par le Parti québécois en 1972. La Saint-Jean est par ailleurs la fête de tous les francophones à travers le Canada. En cette année inédite de remises en question globales, on a même vu Safia Nolin proposer un spectacle dissident de la Sainte-Jeanne…

Le 24 juin était déjà très identifié à la fierté nationale et à la fièvre politique dans les années 1970-80. Mais depuis le déclin de la ferveur politique, la Saint-Jean se cherche et aboutit à un gros party qui, pour la majorité des Québécois, marque de façon festive le début officiel des vacances et de l’été.

Avouons-le, depuis 20 ans au moins, organiser les festivités officielles de la fête nationale du Québec, c’est marcher sur des œufs. Il y a dans les propositions d’activités et dans la liste des artistes qui se produisent au spectacle officiel quelque chose de scolaire, de prudent, d’appliqué. On sent qu’on doit remplir des cases afin de n’oublier personne, ne froisser aucun groupe ni communauté, ne réveiller aucune susceptibilité. Il ne faut pas être trop, ni trop peu. C’est un casse-tête artistique, une patate chaude politique, la quadrature du cercle social.

Depuis le début, 2020 est une année exceptionnelle, avec la pandémie, le confinement mondial, le déconfinement surréel et la remise en question soulevée par le mouvement antiraciste un peu partout. Tout cela, on pouvait s’en douter, aura des répercussions sur notre party annuel du solstice.

D’abord, plus que jamais, nous sommes mélangés politiquement, avec un gouvernement caquiste « nationaliste-juste-assez-mais-pas-tant », bleu québécois « teindu » façon batik. Saint-Jean, fête nationale du Québec, on hésite.

Nous sommes par ailleurs en plein déconfinement, qui frôle le déni de virus pour certains, et la prudence millimétrée pour les autres : donc, pas de grands rassemblements, ce qui enlève du caractère à la fête. Nous célébrons notre légendaire chaleur québécoise, mais virtuellement.

De plus, la conjuration météorologique nous interdit feux de joie et feux d’artifice, les risques d’incendie étant majeurs.

De façon moins anecdotique, des efforts considérables sont déployés depuis plusieurs années pour faire du 24 juin la fête de « tous » les Québécois, ce qui froisse certains égos fragiles. Et inversement, en ces temps de dénonciation vigoureuse du racisme, le porte-parole de la fête nationale de cette année, Didier Lucien, a été vilipendé pour avoir refusé de s’exprimer publiquement sur la situation des Noirs au Québec. Ajoutons que pour certains « progressistes », toute connotation nationaliste est synonyme de racisme, et que donc, une fête nationale du Québec trop politisée serait suspecte…

Cette année, on ne s’en sortira pas facilement. Ce n’est pas pour rien que, pour plusieurs, le 24 juin sera un gros congé mérité, joyeux, célébré entre amis ou en famille, autour du barbecue.

Tranquillement, la fête a été vidée de son sens, trop explosif ou trop daté, c’est selon. Les fêtes nationales ont tendance à devenir problématiques, l’idée de nation faisant peu l’unanimité. Un peu comme ces statues qu’on déboulonne sans trop se questionner sur leur fonction de marqueurs historiques, même douloureux, on a ici dépolitisé, raboté la date. À quoi rime aujourd’hui la Saint-Jean ? À qui parle la fête nationale du Québec ? Est-il encore possible de lui insuffler du sens, voire de la fierté, quelque chose de rassembleur sans être édulcoré ? Sommes-nous condamnés, en ces temps extrêmement sensibles, à notre plus petit dénominateur commun ; une recette de hamburgers festifs de Ricardo ?

Je ne sais pas trop trop comment vous le dire, mais, « Bonne fête, pareil » !

Les commentaires sont fermés.

J’aime le Québec et j’ai toujours déploré le climat de division qui est délibérément entretenu par une frange de purs et durs nationalistes dont l’intérêt est que reste ancré dans la psyché québécoise un sentiment d’éternels victimes des autres..
J’ai toujours aussi trouvé indigeste l’usage abusif de drapeaux. Cela étant dit, j’ai adoré le spectacle de notre fête nationale pour la première fois de ma vie! J’ai été témoin, ce dont je n’espérais plus, d’une coupure bénéfique du discours ambiant de la part de nos jeunes générations. Et le résultat ne peut que nous rendre fiers de l’immense créativité qui se déploie au Québec. Les artistes ont choisi d’exprimer sans plus de tabous leur état d’esprit. Ils étaient tellement beaux. Rafraîchissant et en même temps libérateur!
La réaction de la frange pure et dure ne fait que mettre en exergue combien la mesquinerie dans certains de leurs propos a en quelque sorte été un repoussoir pour une Cause noble en soi. Un idéal porté par des militants fanatiques n’a plus rien d’idéal.
Les Québécois ont sous les yeux jour après jour le quotidien de peuples opprimés. Et ce ne sont pas des images du Canada.. Pendant la pandémie, les citoyens canadiens ont bénéficié d’une protection enviable de leurs gouvernements. Alors pour l’oppression? On repassera!
Le spectacle de mardi soir démontre que de vivre dans le grand ensemble canadien n’a en rien empêché les Québécois de conserver leur singularité dans ce monde en pleine mutation.
Laissons aux politiciens la responsabilité de protéger nos droits et libertés.
Faire tout un plat sur l’absence de drapeaux c’est passer à côté de la profondeur qui ressortait dans la célébration du nationalisme québécois cette année. De la grande classe!
Certaines célébrations se transformaient naguère en beuverie nationale. Que de chemin parcouru!
Souhaitons que l’an prochain on reprenne cette formule d’une seule fête rassembleuse.
Nous sommes 8 millions 500 mille.. l’union sera notre force! Et cela les jeunes l’ont compris!

Tout à fait d’accord avec vous.
J’ai trouvé le spectacle émouvant, et pour une fois, je ne me suis pas sentie exclue parce que je ne suis pas souverainiste ou indépendantiste.

« J’ai toujours aussi trouvé indigeste l’usage abusif de drapeaux » (sic)

À ce compte-là, Madame, il y a fort à parier que les célébrations du premier juillet vous sembleront également indigestes, étant donné le nombre démesuré d’unifoliés qui sont brandis ce jour-là…

« Les fêtes nationales ont tendance à devenir problématiques, l’idée de nation faisant peu l’unanimité. » Vos paroles sont ineptes si l’on voyage le moindrement en dehors du Québec! Allez un 4 juillet aux É-U ou un 14 juillet en France pour comprendre que vous êtes dans l’erreur par une telle affirmation! Les gens fêtent et sont fiers d’appartenir à une nation. Votre vision « Montréalocentriste-post-moderne- Trudeauiste » est déconcertante! Ce n’est pas en répétant un mensonge qu’il deviendra vérité! Comme trop de nos bons artistes, peut-être avez-vous été charmée par les $$$ du fédéral et cette vision post-moderne… en bas de Chewbacca! Vous avez été une bonne critique de la société québécoise mais je dois admettre qu’un stage de longue durée en dehors de la bulle Montréalo-médiatique vous ferait un grand bien! Vous êtes capable de plus!

Comment un peuple peut-il être fier quand il ignore son passé, même qu’il le re jette comme une période à oublier. Désolant…

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