Carnet des temps inédits : On s’en sacre, des vieux

Dans notre empressement à reprendre une vie normale, on a oublié les aînés, dit Marie-France Bazzo. 

Photo : Daphné Caron

J’ai vu ma mère pour la dernière fois le 15 mars. En fait non, car je vais lui rendre visite à sa résidence privée toutes les semaines depuis le début de la pandémie, elle sur son balcon, nous sur le trottoir. Je lui ai fait livrer de nouveaux vêtements, lui ai apporté des fleurs, que je glissais sur son balcon avant qu’elle ne sorte. Cette semaine, des pivoines du jardin. Je ne sais pas à quoi elle pensait, le visage enfoui dans les fleurs opulentes, mais ça semblait délicieux. Dimanche, je lui en apporterai de nouvelles, mais cette fois directement à son appartement. Il semble qu’après trois mois d’enfermement, très strict par moments, les résidences privées, après les CHSLD jeudi, autoriseront la reprise des visites.

La ministre responsable des Aînés et des Proches aidants l’a annoncé très discrètement au moment-même où une lettre ouverte signée par 67 médecins, dont une majorité de gériatres, dénonçait les préjudices causés aux vieux par ces trois mois de vie confinée. Ils ont perdu de la motricité, de la stimulation, de la masse musculaire, de l’appétit, certains le goût de vivre. Leur santé mentale a été affectée, malgré les soins professionnels mais pressés des préposés. Dans certaines résidences, on a infantilisé les vieilles personnes, on les grondait comme des gamins. Celles qui souffrent de la maladie d’Alzheimer ont été privées de repères précieux. Pour nous, ces trois mois furent étranges, nous avons fait du pain et du Zoom. Pour les vieux, les très vieux, ce fut un printemps volé, des heures et des jours précieux dérobés à eux à qui il n’en reste pas tant. Une Fête des Mères solitaire, des naissances sans câlins, des deuils sans témoins.

Tout cela partait bien sûr d’un fond scientifique et de bonnes intentions : il fallait les protéger, eux, les plus vulnérables de la société. La résidence Herron avait été une claque dans la face de notre commode indifférence. Mais à partir du moment où il était clair que nous allions tous vivre avec le virus jusqu’au vaccin, que tout déconfinait, du camping au bowling, on aurait pu penser à eux. Depuis des semaines, là où il n’y a pas de COVID, on aurait pu penser à des salles de rencontres, contrôlées, avec masques et distance, pour les rencontres familiales. Non. On a tout barricadé, reléguant les vieux à la misère affective. Puis, on les a oubliés, pire que la Culture.

La vérificatrice générale a demandé une commission d’enquête sur les CHSLD. La CAQ pousse ses maisons des Aînés. Tous veulent le bien des vieux. On parlera mécanique, employés, stratégies innovantes et amélioration des protocoles. D’accord. Mais la réalité, c’est que, collectivement, on s’en sacre, des vieux. Tant que ça ne nous pète pas à la figure comme dans les CHSLD. Qui racontera les humains? Leur souffrance, l’ennui, l’isolement, les pleurs en cachette, les larmes pas essuyées, la peur de mourir seul. Le temps volé. Quand nous retournerons leur rendre visite, cette fin de semaine, ils essaieront de nous rassurer, de nous dire que ça n’a pas été si pire.

Nous ferons semblant de les croire, ça nous arrangera. Parce que, comme société, en général, les vieux ne nous intéressent pas. Leur mémoire ne sert à rien, ils radotent, sont improductifs, ne sont pas de jeunes wokes urbains à vélo. Ils ne comptent plus, et de surcroît, ils sont le rappel brûlant de cet épisode pandémique honteux que nous voulons tous oublier. Tout à son déconfinement graduel et chaotique, le gouvernement avait comme oublié de les déconfiner. Tout à nos prises de rendez-vous au salon de coiffure, nous avions oublié de nous en rendre compte.

Honte. Honte à nous tous.

Mais c’est bien fait pareil : les vieux ne nous en tiendront même pas rigueur. Ils oublient…

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« on aurait pu penser à des salles de rencontres, contrôlées, avec masques et distance, pour les rencontres familiales. Non. On a tout barricadé, reléguant les vieux à la misère affective. »
Si vrai!

« la réalité, c’est que, collectivement, on s’en sacre, des vieux. »
« comme société, en général, les vieux ne nous intéressent pas. »
« ils […] sont improductifs »

Aux bouts de la corde, pas d’attache, juste des noeuds. Indénouables.

La chaine humaine, chez nous, n’aurait de maillons valides ou considérés…
‘valables’ qu’au centre.

On répugne à supporter les ainé.e.s, on trouve insupportables les plus jeunes né.e.s
(voir le « Maudits enfants » de la chroniqueuse G. Pettersen in le Journal d’hier).

Si bien que voilà une corde impossible à attacher; à ses bouts, ignorés ou mésaimés.

D’ainé.e.s, esseulé.e.s déjà, on a « disposé » en les isolant, en les enfermant plus encore
au point qu’une aidante a pu dire que leurs conditions s’avèrent pires que celles de prisonniers.

Foule de pédiatres ont imploré pour enfants; surabondance d’autres, médecins, implorent maintenant pour ainé.e.s :
https://www.ledevoir.com/opinion/idees/581173/coronavirus-refusons-de-laisser-sombrer-les-aines-dans-l-isolement

Comment a-t-on pu en arriver là ?
Comment a-t-on pu passer, si vite, d’« Honore ton père et ta mère »
(seule injonction à laquelle est adjointe une promesse de vie longue)
à: ‘au Nord ton père et ta mère’, ‘pour toi, le Sud’…?

Comment a-t-on pu et peut-on encore ne pas voir que si, comme nous l’a révélé tout récemment une dame au coeur d’or; si c’est l’amour de proches qui apaise le plus, en en privant, délibérément, maint.e.s et maint.e.s ainé.e.s, on se trouve alors à les priver DU Soin PREMIER ?…

LA Question se pose, donc, en a, b, c :

a) La croissance socio-économique doit-elle se faire au détriment de la croissance humaine, i.e. sans prise en compte, prioritaire, d’enfants d’abord ?

b) La « valeur » de la vie humaine ne tiendrait-elle qu’en la capacité de ‘produire’, qu’en puissance et pouvoirs, inhérents prépondéramment à l’âge adulte, entre enfance et vieillesse ?

c) Qu’est-ce qui a le plus de valeur en l’humain, en l’humanité: la personne humaine même, singulière, ou la multitude, l’agrégat[ion] de tou.te.s, i.e. la personne ou… la « Population » (‘at large’); l’humain/humanité ‘numérique’, quantitatif, ou l’humaine personne en sa prééminente-inaliénable-transcendante qualité d’être, unique ?

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@ Denis Beaulé,

J’aimerais apporter un léger « bémol » à vos propos. La valeur de la vie humaine n’est pas spcéfiquement liée à la capacité de produire ; elle serait plutôt liée à notre capacité de consommer. Plus vous consommez, plus vous valez. Un bon travailleur qui produit gros, rémunéré au salaire minimum ne vaut pas tant qu’ça !

Mars 2020. Pendant que le gouvernement fermaient. Les sentiers de skis de raquettes De motoneiges
B’loquaient les routes Les portes de maisons pour aînés étaient grandes ouvertes pour l’ entrée des virus Des préposé qui travaillent à plusieurs résidences pour bien propager les virus ainsi que les préposé et infirmières qui
Avaient pris des vacances à l’extérieur durant l l’hiver contacts avec amis et autres. 92 % des décès attribué aux plus de 70 ans ?
Le gouverne. Ment. N’ à pas mis les efforts aux bon endroits et continue à
s’ acharner à tout contrôler alors qu ‘ il devrait se concentrer sur le bien être des personnes âgées et des plus jeunes à haut risques en évitant de rendre leurs vies exécrable et qu ils ne pensent qu à
Se suicider si la covid n est pas assez rapide. Oui. J ai entendu en avril. …
Je suis dans les 80 ma vie est merdique
Les décrets du gouvernement font de ma vie un enfer je suis isolé et je mourrai
De toute façon de mort naturelle entre
Aujourd’hui.et quelques années
Oui au quebec dans les dernière années
On parlaient de mourrir Dans la dignité
En euthnasiant les gens qui étaient en
fin de vie maintennt que la covid prend la relève on ne veux plus y ils meurent
Société assez » fucker «

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les bonnes intentions.., on ne peut jamais rien dire sur les bonnes intentions… je ne peux juger, mais le fond scientifique.. j’en doute très très fortement.. à titre d’exemple ; M. Legault voulait avoir 8 000 chambres de libres en lieu d’hospitalisation. Pour ce faire il a transféré des personnes malades en résidences de toutes sortes. Un hopital peut garder soigner des personnes avec un virus parce qu’il est construit de façon à recevoir une telle clientèle sous pression négative.. ce qui fait que le virus demeure à l’intérieur et les microbes refiltrer à travers des filtres hautes efficacités de 99.97% Au contraire le cher homme a transféré des personnes malades sous virus covid dans des résidences qui ne sont contruites qu’avec un système de ventilation régulier ou quelque peu améliorer pour certaines. De ce fait le virus et microbes se propagent à 100% dans le b^timent pour qu’en profite tous les employés, malades, etc… cela est tellement vrai que l’on vient de reviser les coûts de nouvelles résidences à construire en fonction des normes de ventilation.. Il est écoeurant de voir les manigances du cher homme sans faire aucune attention à semer le virus pour libérer ses 8 000 ch alors qu’il n’en a utilisé environ un millier.. une explication est à demandé à ce cher homme.
Marcel Trinque 15 années en expérience dans le domaine.

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Comme vous avez raison Marie-France. Il y a 20 ans que je dénonce le traitement réservé à nos vieux dans ces endroits qu’ils osent nommer milieux de vie. 20 ans à m’époumoner sur toutes les tribunes qui m’étaient offertes. Comme je suis persévérant ou simplement naïf je poursuis ma croisade. La Covid-19 a finalement attiré l’attention sur nos vieux. Il nous en aura couté cher par contre. Plus de 4 700 »sages » comme disait Legault, aurons payer de leurs vies notre indifférence. Ironie du sort, ma propre mère, hébergée en CHSLD y est morte de ce virus. Je ressens une rage indescriptible face à cette machine inhumaine et ingouvernable qui devait la soigner, la protéger.

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nos personnes agées, pourquoi on les garde pas avec nous? On chiale les CHSLD pour se donner bonne conscience. Parce que garder nos aînés à la maison c est se priver d’un style de vie.

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Vous avez raison , la triste réalité nous rattrape , nous avons eu des préoccupations très éphémères envers nos vieux , chacun retourne a ses préoccupations centré sur sa petite personne . Qui se préoccupe de savoir ce que penses ces personnes , ce a quoi elle aspire pour un meilleur avenir ? Même si cet avenir peut paraître court , il n’en demeure pas moins qu’il existe ,mérite d’être vécu dans les meilleures conditions et selon le choix des personnes concernées.

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Oui on s’en sacre, surtout le gouvernement caquiste. Au début de la pandémie, après n’avoir rien fait pour se préparer, le PM Legault a immédiatement ciblé les 70 ans et plus, sans aucune distinction, ouvrant la porte à l’anathème contre les aînés. Ma mère centenaire était alors hopsitalisée pour une chute bénigne et il fallait vider les lieux des vieux et, chanceux, je lui ai trouvé une chambre dans une RPA privée où les soins sont adaptés à des personnes semi-autonomes.

Rendue à la résidence, ma mère a été confinée à sa chambre prendant 14 jours, en quarantaine, parce qu’elle venait d’un hôpital, sans aucun contact avec les autres résidents. Puis elle fut pendant 3 mois sans visite de sa famille alors qu’avant, elle en recevait régulièrement.

Quand j’ai finalement pu aller la voir cette semaine, elle était en larmes, se demandant ce qu’elle avait fait de mal pour non seulement perdre son appartement qu’elle avait avant d’être hospitalisée (elle ne pouvait plus y retourner car elle n’était plus considérée comme «autonome») mais, en plus, sans visite pendant 3 mois. Non, elle n’a pas pu cacher sa peine en nous disant que «c’était pas si pire». Elle croyait que tout le monde l’avait abandonnée (on ne peut lui parler au téléphone, ses audioprothèses ne fonctionnant pas et les services étant tous fermés, ni communiquer par ordinateur ou internet, la technologie lui étant complètement étrangère).

Quand j’ai pu lui expliquer ce qu’il en était et que c’était le gouvernement qui avait ordonné son confinement elle était complètement abasourdie, n’ayant jamais cru que les autorités pouvaient aller si loin pour la punir d’être une personne âgée. C’est certain qu’elle n’a pas tout compris mais assez pour savoir que son propre gouvernement l’avait carrément abandonnée et sacrifiée pour sauver la face.

Ah, il est certain qu’elle n’est pas morte de la COVID mais sa vie a certainement été abrégée par cette cruauté de l’état qui l’a traitée comme une prisonnière. Avant, elle allait régulièrement dehors, marcher, et recevait parents et amis, depuis, plus rien de tout ça et son état de santé s’en est évidemment ressenti. Quelle tristesse.

Moi aussi je suis un «vieux» que M. Legault a tassé mais moi j’ai encore de la mémoire et je n’oublierai jamais ce qu’on a fait à ma mère.

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