Carnets des temps inédits : La pandémie de racisme

Nous pensions tous que l’acte fondateur du nouvel ordre mondial serait économique. Or, c’est le racisme policier américain qui réveille ce corps social malade.

Photo : Daphné Caron

Pis vous, comment ça va ? Je veux dire : le déconfinement, le retour à la « normale », le monde d’après, comment ça se passe ?

De mon côté, l’anxiété a disparu et j’ai retrouvé le sommeil. En fait, je l’avais retrouvé, mais ce qui se passe aux États-Unis depuis l’assassinat de George Floyd me tient éveillée. Fébrile, je suis devant la télé jusqu’à plus d’heure pour suivre les analyses et les manifestations qui se déroulent en pleine nuit.

Je vis par procuration, en spectatrice, l’Histoire qui s’écrit sous nos yeux. Nous pensions tous que l’acte fondateur du nouvel ordre mondial serait économique, avec les faillites et les fermetures qui s’amoncelleraient. Or, c’est le racisme policier américain qui réveille ce corps social malade. Il faut voir ces manifestants, avec masques et distanciation, longs cortèges s’étirant sur des centaines de mètres, où Noirs et Blancs considèrent que la vie vaut plus que la peur de la maladie. Il faut voir cette volonté de vivre à égalité, sans craindre la police.

L’histoire en marche nous a sortis de notre nombril pour nous ramener au réel : ce racisme ordinaire qui fait que les hommes Noirs américains ont trois fois plus de risque que les Blancs de mourir sous les balles ou les coups de policiers, et que la litanie des noms des morts s’enchaine comme autant de marqueurs. Rodney King, passé à tabac à Los Angeles ; Trayvon Martin, 17 ans ; Eric Garner ; Michael Brown, 18 ans ; Freddie Gray ; Ahmaud Arbery ; George Floyd…

Le racisme est une sorte de pandémie, aux États-Unis. L’esclavage est la maladie de naissance de ce pays, sa tare fondatrice. La richesse, le système social se sont construits sur cet esclavage historique. Ce racisme structurel et historique a cartographié la vie et le territoire et continue à le faire, en dépit des gains, d’un premier président noir, de tout. Car les États-Unis sont encore atteints, de manière ordinaire, quotidienne, et de façon parfois spectaculaire, par des poussées de fièvre. L’Amérique de 2020 n’est plus celle de 1968 et de Luther King, mais elle est toujours souffrante. Il va falloir que les classes moyennes blanches regardent le problème en face, car le système entier tient (de moins en moins bien) sur cette inégalité sournoise. Mercredi après-midi, le président Obama s’adressait avec empathie aux jeunes, car ils sont l’avenir. Et bientôt, ils n’auront plus le choix que de changer, puisque le poids des « minorités » sera plus lourd que celui des Blancs aux États-Unis. Mieux vaudra faire face ensemble. Et pendant ce temps, le président en fonction se terre, se renfrogne, invective, fait dresser un mur autour de la Maison-Blanche, et ne fait aucun geste présidentiel pour soigner cette pandémie raciste. La question du racisme sera dorénavant un enjeu électoral, Trump ne pourra l’éviter.

Je ne sais pas quand la frontière avec nos voisins du sud rouvrira, peut-être pas avant 2021. Mais j’espère que ce grand pays malade commencera sa guérison avant que nous le retrouvions. Et par guérison, je ne parle pas que de la COVID.

En attendant, je veille la nuit, en espérant.

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Bonsoir, vous avez décrit avec lucidité ce que je ressens depuis bien longtemps, merci!

La pandémie de racisme
Plus terrible encore, vous avez bien raison, que la Covid-19…

Les différences culturelles entre les noirs et les blancs sont assez grandes. En proportion de la population, il y a plus de criminalité chez les noirs et c’est pire aux États-Unis qu’au Canada.

On rapporte, aux États-Unis, que plus de 60 % des mères noires vivent seules avec leurs enfants, ce qui n’était pas le cas il y a un siècle. Cet état de fait rend leur situation socioéconomique plus difficile. De plus, bien des noirs abandonnent l’école tôt, en partie à cause de cette situation économique précaire, et se tournent vers le crime organisé.

Sur ce sujet, je recommande fortement de livre d’un économiste américain NOIR, Thomas Sowell, Economic facts and fallacies, 2011. Il rapporte ce qui suit : « Alors que 31 % des enfants noirs sont nés de femmes non mariées au début des années 1930, cette proportion est passée à 77 % au début des années 1990. … Alors qu’à la fin du 20e siècle, la grande majorité des familles noires sans mari vivaient dans la pauvreté, plus des quatre cinquièmes des familles noires avec époux ne l’étaient pas. »
Plusieurs vidéos dans lesquels il expose les faits ont aussi été produits sur ce sujet.

Thomas Sowell rapporte aussi de la discrimination intraraciale chez les noirs. Les chauffeurs de taxi noirs évitent de prendre comme passagers des hommes noirs la nuit. De plus, aux États-Unis, la banque la plus discriminatrice envers les noirs était une banque détenue par des noirs.

Alors, si les noirs discriminent contre les noirs, peut-on vraiment qualifier la même chose, de la part de la majorité, de racisme systémique?

On voit le même genre de raisonnement au Canada pour justifier le fait que la police tue proportionnellement plus d’autochtones… parce qu’ils commettent plus de crimes. Dans un état de droit, on devrait traduire ces gens devant les tribunaux, pas les exécuter dans la rue.

Pour en revenir à nos moutons, la situation des noirs et des autochtones est loin d’être rose : pauvreté, famille monoparentale, dépossession, ostracisme, marginalisation, décrochage scolaire etc. On a donc tendance à les surveiller beaucoup plus que les autres citoyens et au moindre regard de travers, c’est l’interpellation.

Comme plusieurs vivent dans la pauvreté, il arrive qu’ils doivent recourir à la criminalité pour survivre et là, le système les traite encore comme des parias et ils sont certains d’atterrir en prison, l’école du crime par excellence. On sait que les risques de récidive augmentent avec les peines d’incarcération, ce qui se reflète dans les statistiques où on voit une proportion beaucoup plus grande d’autochtones et de noirs dans les prisons par rapport à leur proportion dans la population.

Notre société règle ça comment? Avec plus de policiers, plus d’interventions, plus de prison et le cercle vicieux continue alors qu’on finit par blâmer la victime du système. Il y a aussi des noirs et des autochtones qui jouissent de privilèges et qui regardent leurs concitoyens de haut car ces privilèges ne sont pas faciles à décrocher et une fois qu’on les a, on se distance des « frères et sœurs », quitte à les blâmer. On voit ça souvent dans les colonies où les sujets colonisés tentent de ressembler au colonisateur pour jouir de ses droits…

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