Casser le système

Le projet de loi 1 sur les exigences éthiques imposées aux entreprises qui souhaitent avoir accès aux contrats publics n’est pas parfait. Loin de là. Mais le débat qu’il enclenche à l’Assemblée nationale est nécessaire. Et urgent. Même s’il survient avant la fin des audiences de la commission Charbonneau, alors qu’on est encore loin de tout savoir, notamment sur les liens politiques de la mafia avec le pouvoir provincial aussi bien que municipal.

L'édito de Carole Beaulieu - Casser le système
Photo : PC

Les Québécois ont besoin d’enten­dre des hommes et des femmes responsables débattre de la façon dont ils comptent protéger le bien public contre les bandits, les lâches et les idiots heureux. Besoin, rapidement, que les libéraux, les caquistes et les péquistes améliorent ce projet de loi et l’adoptent. L’oppo­sition pourra toujours renverser le gouvernement ensuite si elle le juge pertinent.

Les Québécois ont besoin de voir autre chose que le révoltant défilé de traîtres, de mous et de sans-consciences que nous fait voir la commission.

Débattons donc des moyens supplémentaires qu’il faut mettre en place pour casser ces systèmes de collusion et éviter qu’ils ne renaissent.

Si au moins les ingénieurs Luc Leclerc et Gilles Surprenant avaient eu des raisons de trahir leur mission de protection du bien public. La faim, la peur de la torture, que sais-je ! Mais non. « Quand on va à Rome, a dit Luc Leclerc, on fait comme les Romains. » Trop lâches pour faire autrement. Trop lâches pour refuser une bouteille de vin. La culture d’entreprise a bon dos.

Martin Dumont avait au moins, lui, l’excuse d’avoir été menacé d’être coulé dans le béton d’un trottoir. Mais pourquoi cet ex-organisateur politique du parti Union Montréal n’a-t-il pas prévenu la police ? Rassemblé autour de lui des gens courageux qui auraient fait front ? À Rome, n’y avait-il que des Romains ?

Remercions l’ingénieur corrompu Luc Leclerc de nous dire qu’à la Communauté urbaine de Montréal, où il travaillait avant, « les règles d’éthique étaient strictes ». Les consciences des fonctionnaires québécois et de leurs chefs ne sont donc pas toutes aussi malléables que la sienne. Encore moins quand elles sont contraintes par des chefs impitoyables dans l’application des règles. On ne dira jamais assez l’importance de l’exemple donné par les chefs.

Dans une classe de 5e secondaire, il y a quelques mois, j’ai fait un sondage à main levée. Qui, parmi les élèves, accepterait de l’argent offert en sachant qu’on lui demanderait ensuite un service contraire aux règles ? La pres­que totalité d’entre eux ont dit qu’ils le feraient. « Pas plus niaiseux qu’un autre » était l’expli­cation la plus fréquente. Ils ne comprenaient pas pourquoi, jour­naliste de 21 ans pauvre comme Job, j’avais rendu le vase en cristal qu’une personnalité locale m’offrait. Ils ne comprenaient pas la valeur d’avoir les mains libres.

Le temps est venu d’amorcer une grande conversation sur le courage individuel et la résistance nécessaire à la pression du groupe lorsque celui-ci a tort ! Que des adolescents soient faibles devant cette pression peut se comprendre, même si on les souhaiterait plus idéalistes. Que des adultes soient incapables de marcher à un pas différent des lâches et courent chercher leur bouteille de vin quand le camion du généreux entrepreneur arrive, c’est consternant.

Les images de veulerie que transmettent au reste du pays les reportages sur la commission Charbonneau font enrager les honnêtes gens, qui sont encore la majorité au Québec. Le comité exécutif de la Ville de Montréal aurait raison, le 13 novembre, de reconsidérer sa hausse d’impôts fonciers de 3,3 %. Les dirigeants actuels n’ont pas la crédibilité nécessaire pour l’imposer.

 

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