Ce passé inspirant pour l’avenir

C’est en lisant les récits d’autrefois qu’on se rappelle que demain peut être meilleur qu’hier et aujourd’hui. Il y a de l’espoir !

Photo : Christian Blais pour L’actualité

Pour sortir des temps moroses actuels, j’ai choisi de plonger dans le passé. Se projeter dans l’avenir est aussi une option. Mais les fictions que j’ai récemment fréquentées brossent un portrait bien trop sombre du futur pour mon moral chancelant.

Le passé, lui, a le mérite d’être clos. On peut même y piger à sa convenance, profiter de ce « droit d’inventaire » que Lionel Jospin, alors candidat socialiste à la présidence française, avait invoqué en 1995 pour se détacher du lourd héritage du président François Mitterrand.

Depuis des semaines, je me délecte donc de lectures historiques. J’ai ainsi lu Histoire du taxi à Montréal, de Jean-Philippe Warren, et la biographie de Guy Rocher signée Pierre Duchesne. On y déroule le fil de luttes inachevées — la défense de travailleurs négligés ou du français qui va déclinant —, ce qui leur redonne de l’importance.

Mais je remonte plus loin aussi, savourant les mises en perspective que permet le recul.

Prenons par exemple les fêtards écervelés qui défient les mesures sanitaires à bord d’un avion. N’ont-ils pas leur équivalent en Marie-Antoinette, cette bien légère jeune reine de France ? La minutieuse biographie que le grand écrivain Stefan Zweig lui consacrait il y a 90 ans ne nous épargne rien de son arrogante insouciance tandis que le peuple subissait mille contraintes.

De nos jours, de nombreux rois et reines des réseaux sociaux se croient également au-dessus de la mêlée. Heureusement pour eux que, quand la chute arrive, l’opprobre public a remplacé la guillotine ! Mais il y a une autre leçon à tirer du sort de Marie-Antoinette : c’est en touchant le fond qu’elle a enfin compris son statut de reine. Elle devait alors assumer son destin et elle n’eut ni lamentations ni hauts cris à l’échafaud. Sa retenue lui a finalement redonné une dignité. À méditer par les têtes folles d’aujourd’hui !

De ma pile de lecture, tirons cette fois une bande dessinée. Elle est consacrée à Abraham Lincoln et le scénario est de Farid Ameur, historien français spécialiste des États-Unis. Je l’ouvre en ayant en tête la guerre larvée qui se joue présentement au sud de notre frontière. Quel est donc le trait d’union qui saura resserrer ces États désunis ? Lincoln ne le savait pas non plus il y a 160 ans, en pleine guerre de Sécession.

Le récit se concentre sur la préparation du discours que le 16e président doit prononcer à Gettysburg le 19 novembre 1863, pour commémorer la plus sanglante bataille de la guerre civile. Il tourne en rond, n’y arrive pas. Tout ce qu’il a à dire se résume à même pas cinq minutes. Lorsque Lincoln termine son allocution, la foule, habituée aux discours qui durent des heures, reste sans réaction.

« C’est un désastre », dit le président à son entourage. Ce « désastre » deviendra pourtant l’un des grands discours de la démocratie américaine. Des générations d’écoliers l’ont depuis récité, jusqu’à sa conclusion inspirante parlant d’un « gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple ». Gardons-nous donc des jugements définitifs. Et osons croire que quelqu’un, quelqu’une, finira par nous sortir du dur affrontement que symbolisent Joe Biden et Donald Trump.

Il n’y a de toute manière rien de naïf à cultiver l’espoir. Le remarquable ouvrage Joséphine Marchand et Raoul Dandurand, signé par les historiennes Marie Lavigne et Michèle Stanton-Jean, en donne un exemple éloquent.  

Pendant des décennies, à la fin du XIXe siècle et au début du XXe, le couple sera actif dans de multiples sphères : journalisme, culture, politique, diplomatie. Marchand et Dandurand lutteront pour la défense du français et les droits des femmes… Le Québec d’aujourd’hui leur doit beaucoup.

Mais un enjeu majeur pour eux ne bougera pas d’un iota : celui de l’éducation gratuite et obligatoire. Elle sera bloquée non par l’Église — hors Québec, les pays catholiques n’étaient pas si obtus —, mais par des dirigeants religieux jouissant de leur pouvoir.

Dès les années 1880, Raoul Dandurand plaide pour l’accès à l’instruction publique, comme on disait alors. Joséphine affiche les mêmes convictions, appuyant notamment son père, Félix-Gabriel Marchand, premier ministre du Québec de 1897 à 1900, dont les projets de loi à ce sujet seront combattus avec férocité.

Il faudra attendre… 60 ans pour qu’enfin la fréquentation scolaire soit imposée aux petits Québécois de 6 à 14 ans. On est alors en 1943 ; Raoul est décédé depuis un an, Joséphine depuis 1925. Ils n’ont donc rien su de leur victoire. Pourtant, ils n’ont jamais douté de l’importance de lutter.

C’est ce qu’apporte aussi le souffle du passé : la démonstration que demain peut être meilleur qu’hier.  

Les commentaires sont fermés.

Merci!
Je suis plongée dans ces vieux textes décrivant la naissance de la Gaspésie… Je tente de mieux connaître les ascendants vivant dans des tentes; construisant leurs maisons, planche par planche; perdant leur langue; exploités par des êtres sans scrupule; analphabètes; isolés … Nous sommes loin, bien loin de cet univers en formation mais celui qui le remplace est aussi en devenir et les défis ne sont pas moindres.

« [L]a démonstration que demain peut être meilleur qu’hier» ? Ne dit-on pas que le passé est garant de l’avenir? Après la Grande Guerre (la der des der) et la fin de la grippe «espagnole» on pensait que cela n’arriverait plus, que nous avions eu notre leçon… Ben non, vint la crise économique et la montée des fascismes puis la guerre de 39-45 qui n’avait rien à envier à la der des der, surtout quand on pense aux massacres des camps d’extermination nazis.

Il y a eu d’autres épidémies dont celle du SRAS ici même au Canada mais non, nous n’avons pas appris la leçon et on s’est retrouvé les culottes à terre quand cette pandémie s’est déclarée. Il y a certes eu des progrès énormes, surtout en matière de technologie, mais ça ne donne pas le droit d’être trop jovialistes. Si on regarde le droit des femmes à l’égalité, on a vu des progrès importants mais maintenant il semble y avoir une résurgence des religions patriarcales qui méprisent justement la femme et où la laïcité égalitaire est vouée aux Gémonies.

En tant que peuple nous sommes sortis de la noirceur dans les années 1960 et nous avons créé une fibre nationale en quelques années mais on dirait que cette fibre commence à s’effilocher et que l’avenir n’est peut-être pas aussi rose qu’on l’eût cru, surtout quand on pense aux changements climatiques et la menace que cela constitue pour l’humanité. C’est ben pour dire, hein!