Ce que ça change

Avec la défaite de Donald Trump, nous pouvons enfin croire de nouveau en notre humanité. Nous savions qu’elle était encore là, mais bâillonnée. La voici étalée au grand jour.

Crédit : L'actualité

J’ai un voisin qui habite en diagonale de chez moi que je croise à l’occasion. Un homme noir, peut-être dans la soixantaine. Je ne vous le cacherai pas, je l’ai remarqué parce qu’il est noir. Dans mon quartier qui est très blanc. Très blanc longtemps. Je l’ai remarqué parce que sa femme et lui ont presque le même manteau, et moi qui suis en couple depuis 13 ans, je trouve qu’il est mignon d’imaginer qu’un jour, à force de vivre à deux, on puisse en venir à fusionner presque au point de se ressembler quand on marche.

J’ai remarqué ce monsieur au lendemain de l’élection de Biden, alors qu’il passait le balai devant sa porte. En le regardant, j’ai eu un sentiment de soulagement. L’air était bien sûr plus léger, le soleil brillait comme on ne l’avait jamais vu briller en novembre, mais aussi, je réalisais qu’un poids m’avait été enlevé, celui de m’inquiéter pour les gens qui ne sont pas blancs. Une sorte de honte se mélange à la peur quand t’es blanc. Ce n’est pas facile de se dissocier du fait que l’oppresseur a ta couleur de peau, mais de savoir tout de même qu’il existe un grand décalage entre ce que prône l’idéologie raciste d’un gouvernement de malheur et ce que tu sais dans ton cœur. Pendant que les gens de couleur sont traînés dans la boue, relégués à être traités comme des citoyens de seconde zone, nous, Blancs, nous trimballons avec ce sentiment de honte, la queue entre les jambes comme un chien qui a fait un mauvais coup. Et surtout, tant que ces idéologies volent le micro, dans ce climat toxique, nous nous sentons séparés de l’autre. Comme classés par couleurs, comme des Smarties qui ne demandent qu’à être de nouveau mélangés dans la boîte.

C’est tout ça que j’ai ressenti se lever le matin du 8 novembre. Que je pouvais recommencer à me promener dans la rue sans avoir le sentiment d’être étrangère aux voisins, en n’ayant pas l’impression que je devais les laisser tranquilles, faire bande à part. Mine de rien, c’est épuisant que la télé répète en boucle, même pour la combattre, une idéologie raciale qui ne reflète pas notre quotidien. Qui ne reflète pas ce que nous savons et vivons. Qui nous force à voir les amis, les maris, les voisins et les enfants qui ont une autre teinte de peau comme juste ça, une teinte de peau. C’est épuisant d’être constamment ramené au contenant, alors qu’on veut s’attarder au contenu. Moi qui ai le privilège d’avoir la couleur de peau de la majorité et qui trouve fatigant de m’inquiéter, je ne peux pas imaginer la fatigue de vivre en plus l’oppression. Pour un truc aussi banal que ta peau.

Le fantôme est parti, il n’a pas dit son dernier mot, mais déjà, le soulagement est là. Le soulagement qu’enfin ce que nous savons en dessous de la peur remonte à la surface. Qu’est-ce que ça change ? Comme le disait Van Jones, commentateur de CNN, à travers ses larmes… « character matters ». Ce que tu es comme homme, ton attitude, c’est important. Et ça n’est pas vrai que tous les politiciens sont pareils. Et ça n’est pas vrai qu’au final, l’un ou l’autre, ça ne change pas grand-chose.

La vie, c’est une bataille intérieure contre nos propres démons. Tout le monde peut basculer dans sa souffrance et se laisser noyer par son côté obscur. Tout le monde peut choisir la colère, la hargne, la haine, la vengeance, l’envie ou le besoin d’écraser l’autre pour se relever soi-même. Tout le monde peut choisir d’obéir à son égo et d’agir en fonction de tous les travers qu’il porte. C’est un combat que nous menons tous. Il est plus accessible de haïr. Plus dur d’aimer et de comprendre. Le bouton humain sur lequel appuie Donald Trump est gros comme une maison. Il est simple et à portée de main. Trump prend certains citoyens qui ont l’habitude de se sentir délaissés et leur répète depuis quatre ans qu’ils sont meilleurs que les autres. C’est sûr que le chant de la sirène est attirant. Malheureusement, il est simpliste et faux. Tentant, mais faux. Et même carrément dangereux pour tous ceux que cette idéologie populiste rejette.

Ce que ça change, c’est que nous pouvons enfin croire de nouveau en notre humanité. Nous savions qu’elle était encore là, mais bâillonnée. Noyée chaque jour par des mots affreux, par un jet de bile, salie par d’éternelles diatribes qui, espérons-le, cesseront bientôt.

Le gros du message vient de changer. Je vous l’avais dit, il restait de l’espoir. En dessous de la haine, même quand il se tapit, il reste toujours l’amour. Élisons ceux qui savent ça. Qui ont le courage de faire taire leurs démons et de montrer l’exemple. C’est ça que ça change et c’est important.

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En effet, le climat toxique entretenu quotidiennement par un empereur fou faisait en sorte de nourrir une anxiété délétère dont on se demandait jusqu’où elle pourrait aller, et pire, nous emmener avec elle. L’empereur fou n’est pas encore en retrait total, ce qui inquiète et continuera d’inquiéter jusqu’à son désistement final, si jamais il se produit, mais le seul fait qu’une opinion majoritaire différente se soit exprimée et ait été entendue est un baume indicible pour l’âme et le cœur.

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Ce que ça change
Vous avez tellement raison d’écrire : » Mine de rien, c’est épuisant que la télé répète en boucle, même pour la combattre, une idéologie raciale qui ne reflète pas notre quotidien. «

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Être débarrassé de Trump est évidemment un soulagement, et va certainement enlever un peu de tension dans les questions raciales, mais en ce qui concerne le fait d’être « classés par couleur », par race, par religion, malheureusement le mal ne vient pas uniquement de Trump et de la droite mais aussi de « progressistes » qui ne manquent jamais de tout situer sur le plan de la couleur et d’insister lourdement sur le « privilège blanc »…

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Ce que je voudrais comprendre, c’est de quelle façon Le président Trump s’y serait pris pour bâillonner l’humanité toute entière ? Au cours de ces quatre dernières années, je n’ai pas eu le sentiment d’avoir perdu quelque part mon humanité. Mieux même, je trouve que je me suis amélioré pour cultiver l’empathie.

Franchement, l’élection de Joe Biden ne change absolument rien sur mon regard en toutes choses. Le laid a toujours été entremêlé avec le beau, il est toujours possible de trouver de la beauté en toutes circonstances et en tous temps. Ce qui en apparence est très laid, est susceptible de révéler certaines beautés pourvu qu’on prenne le temps de regarder toutes choses attentivement.

Cette sorte de haine conditionnée dont fait état Léa Stréliski me choque profondément, car elle impliquerait alors que l’amour qui devrait être inconditionnel est tout aussi conditionné que la haine. Alors si Trump m’inspirait la haine et le racisme, je serais haineux et raciste, puis le lendemain si Biden m’inspire l’amour je serais amoureux et seuls les présidents des États-Unis devraient m’inspirer l’un ou l’autre de mes sentiments selon leurs dispositions respectives.

Je ne crois pas que nous ayons à combattre quelques démons que ce soient. Cette vision manichéenne ne correspond pas à ma conception de l’humain qui devrait être pris constamment quelque part entre l’ange et le démon. Je pense que nous avons le choix de ne pas vouloir faire partie de ce genre de desseins. En tout cas je l’espère.

La création est considérée qui plus est par quelques-uns comme un démon. Il y a des démons qui sont bons, tous ne sont pas malfaisants. Dans certaines formes mythologiques ou des religions anciennes, ce sont des divinités protectrices.

Comme disait Coluche, cet humoriste dont j’étais plutôt familier dans le temps : « Au fond, je suis très proche des gros cons dont je parle. Au partage, j’ai seulement un petit plus d’humour. »

— Est-ce que c’est l’ogre Trump, ce Quasimodo des temps modernes, ce Cthulhu lovecraftien qui aurait fait perdre à Léa Stréliski son si pourtant merveilleux sens de l’humour primitif ? J’aimerais bien retrouver cette voix prometteuse dans ses prochaines interventions.

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Heureusement le monde n’est pas en noir et blanc comme on pourrait le croire, il est plutôt multicolore et Trump fait partie de cet arabesque de couleurs. Il n’est pas si différent d’autres présidents qui ont déclenché des guerres et des coups d’état meurtriers comme le président Nixon et la CIA qui sont derrière le coup d’état du 11 septembre 1973 contre le président légitime du Chili, Salvador Allende. Le dictateur Pinochet avait l’appui des ÉU et cette dictature a causé la mort de milliers de Chiliens. L’Argentine voisine a aussi connu ses généraux dictateurs soutenus par Washington.

Margaret Atwood avait vu ce qui s’en venait aux ÉU dès avant 1985 quand elle a publié son roman The Handmaid’s Tale, roman qui a été repris en série télé en 2017, et qui prévoit la montée de la droite religieuse aux ÉU. Non, Trump n’est pas une aberration passagère. Ici au Canada nous avons notre lot de zones grises et des gouvernements qui ne se gênent pas pour nous mentir et faire des fausses promesses alors pourquoi s’en faire avec le président d’un pays étranger pour lequel on ne peut même pas voter ? Les humains sont mortels et ont bien des qualités et des défauts dont un des pires est de chercher des boucs-émissaires pour souvent nous détourner de nos propres erreurs. Les leaders comme Trump misent sur ce caractère peu reluisant de l’humain pour assouvir leur soif de pouvoir et ce n’est pas unique aux Américains.

Les dictateurs et les potentats passent (tout comme les pandémies) et les choses balancent d’un côté à l’autre de la pendule avec des épisodes meilleurs que d’autres et on peut au moins dire que la vie sur terre est loin d’être plate, au contraire elle est très colorée !

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Le peuple Américains n’a jamais été aussi divisé et cette division a été accentué par Trump et on ne devrait pas se réjouir de sa défaite? Bien sur que ça ne règle pas tous les problèmes de cette planète mais c’est un problème de moins. Et les U.S.A. étant la plus grande puissance militaire et économique de la planète, ce qui s’y passe concerne toute la planète.

Avec, entre autres, Xi Jinping en Chine, Kim Jong-un en Coréée et Poutine en Russie, « nous pouvons enfin croire de nouveau en notre humanité. »

Ouf d’ayoye !!!

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Vous avez le choix. Avoir une vision pessimiste ou optismiste. Geindre à chaque jour de tous les malheurs qui surviennent sur cette planète ou vous réjouir de chaque événement positif.
À vous de choisir.

Merci de tout coeur, Jacques, cela m’inspire tellement : ben, oui, l’espoir, je n’y avais pas pensé…!

Comme c’est beau ce que vous avez écrit Léa!
J’ai été, tout autant que vous sans doute, très ému en écoutant le discours de M. Biden.

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