Cégépiens accros du boulot

 

Mathieu Bellerive


 

Technologie du génie civil

Cégep de l’Abitibi-Témiscamingue, Rouyn-Noranda

Gagner sa croûte

Préposé à l’entretien ménager, à l’alimentation, à la vaisselle et à la distribution du café sur les étages, gardien de sécurité de soir ou de nuit… Drôlement polyvalent, Mathieu Bellerive !

Employé du Centre hospitalier Saint-Jean, à Macamic, en Abitibi-Témiscamingue, depuis quatre ans, ce cégépien de 21 ans boulonne de 16 à 20 heures par semaine durant l’année scolaire, et à plein temps au cours des vacances. Pour un salaire horaire d’environ 16 $.

Si Mathieu travaille, c’est pour gagner sa croûte. Originaire de Macamic, il vit en appartement à Rouyn-Noranda, à une heure de route, pendant l’année scolaire. Ses parents lui versent une allocation mensuelle, mais celle-ci ne suffit pas à payer son loyer, son épicerie et sa voiture — indispensable pour se rendre à son travail.

Son horaire chargé n’a pas été sans conséquence sur son parcours scolaire : Mathieu entame cet automne sa cinquième année en technologie du génie civil au cégep de l’Abitibi-Témiscamingue. Ce qui correspond en réalité à la troisième et dernière année de son programme. « Pendant les premiers trimestres, j’ai échoué à des cours à cause de la surcharge de travail et de la fatigue, raconte-t-il. J’étais au bord de la dépression, mais j’ai fini par reprendre du poil de la bête en réduisant mes heures de travail et en me consacrant davantage à mes études. Je ne voulais pas abandonner le cégep, car j’ai une carrière en vue : j’ai hâte d’être technicien en génie civil et de travailler sur les chantiers de construction. Et je pourrai enfin profiter de mes soirées et de mes fins de semaine ! »

Eva Dubuc-April


 

Techniques de travail social

Cégep de Sainte-Foy

Pas d’autre choix

« J’étais exténuée, morte, épuisée. » Eva Dubuc-April, 18 ans, ne manque pas de synonymes pour décrire son état durant son dernier trimestre. Inscrite en techniques de travail social au cégep de Sainte-Foy, elle a démarré ses études collégiales sur les chapeaux de roues en raison d’un emploi du temps surchargé.

En plus des 32,5 heures de cours (comprenant de 2 à 4 heures de bénévolat obligatoire) et des 15 à 20 heures allouées à l’étude à la maison, Eva travaillait 20 heures par semaine dans une boutique de vêtements de sport de luxe (payée 9 $ l’heure, plus 1 % de commission). « Ç’a été très difficile de gérer à la fois l’école, le travail et mes responsabilités vis-à-vis de ma famille, raconte-t-elle. Je ne dormais jamais plus de cinq ou six heures par nuit. Même si j’ai de la facilité à l’école, mes notes s’en sont ressenties. » Eva ne souhaite pourtant abandonner ni ses études — sa priorité — ni son emploi, qu’elle estime indispensable pour payer sorties, vêtements, livres scolaires et voyages. Elle entreprend donc son troisième trimestre au même rythme, entre le cégep et la boutique, où elle a également travaillé à temps plein cet été. « Même si je vis chez mes parents, je n’ai pas d’autre choix que d’agir ainsi, dit-elle. À mon âge, je n’ai pas le goût de quémander de l’argent à mon père et à ma mère pour aller au cinéma ou au resto. Et je veux faire autre chose dans la vie que dormir et travailler ! »

Stéphanie Morneau


 

Finissante en sciences pures

Cégep André-Laurendeau, Montréal

Entre en première année de mathématiques à l’Université de Montréal cet automne

Travailler pour étudier

Stéphanie Morneau, 19 ans, a une discipline de fer. Lorsque ses amies l’appellent pour sortir alors qu’elle doit étudier, rien n’y fait : elle ne se laisse pas tenter. Elle a d’ailleurs réussi son DEC en sciences pures au cégep André-Laurendeau, à Montréal (arrondissement de LaSalle), en deux ans, avec des notes qui lui ont valu une bourse de l’Université de Montréal, où elle entre en mathématiques cet automne.

Et pourtant, Stéphanie ne passe pas tout son temps dans les livres. Depuis sa 5e secondaire, elle est aide-serveuse dans une pizzeria 15 heures par semaine (payée environ 14 $ l’heure : salaire minimum plus pourboires) et en consacre 3 autres à donner des cours de maths. « Nous sommes cinq enfants dans la famille. C’est normal que chacun fasse sa part ! » Stéphanie assume tous ses droits de scolarité, paie son transport en commun et ses repas à l’école. Et économise pour l’université.

« J’ai été stressée durant l’année scolaire parce que j’avais peur de ne pas pouvoir rendre mes travaux à temps, dit-elle. Mais j’y suis toujours arrivée. Pour rester en forme, je dors au moins huit heures par nuit. » Elle s’autorise aussi quelques sorties avec ses amis. « Je me gâte quand même un peu ! » Faute de temps, elle a toutefois délaissé le sport durant ses études collégiales. « Comme je cours tout le temps à mon travail, ça compense ! »