Ces hommes qui explosent

Le procès du cardiologue Guy Turcotte, qui a reconnu avoir tué ses deux jeunes enfants, suffit à nous convaincre de la nécessité d’une réflexion sérieuse sur la condition masculine. Des questions comme la violence conjugale, le suicide ou l’infanticide méritent d’être étudiées à fond.

Ces hommes qui explosent
Photo : iStock

Un regroupement de 24 chercheurs québécois, le collectif Masculinités et Société, a publié récemment une compilation des connaissances produites jusqu’à ce jour sur les réalités masculines.

La vie des hommes et des femmes s’est considérablement transformée au cours des dernières décennies, en général pour le mieux.

C’est dans l’épreuve que l’on réagit différemment. Les femmes, rappelle le célèbre neurologue et psychiatre français Boris Cyrulnik, vont chercher de l’aide auprès de leurs proches ou d’un psychologue. « En cas de malheur, les hommes s’isolent, ce qui aggrave tout. Pas de confident, pas d’activités simples et apaisantes, il ne reste que la rumination, l’alcool ou l’explosion », écrit le père de la théorie de la résilience. Et quand l’homme explose, ça se termine parfois au palais de justice de Saint-Jérôme, pourrait-on ajouter.

Le livre du collectif, que Boris Cyrulnik qualifie, dans la préface qu’il signe, de « passionnant et nécessaire », permettra peut-être, grâce à la méthode scientifique, d’éviter les préjugés et les règlements de comptes. Bien sûr, l’ouvrage n’est pas du genre de ceux que l’on lit sur la plage. Et le vocabulaire spécialisé rappelle qu’il s’adresse particulièrement à ceux dont le métier consiste à traiter les hommes en détresse.

Un lecteur généraliste – j’en suis – comprendra tout de même l’urgence de poursuivre la recherche afin de mieux intervenir auprès de ces hommes. La tâche demeure colossale, constate-t-on. Car les hommes, généralement, ont peur de l’intimité. Beau­coup ont appris, de génération en génération, qu’il vaut mieux ne pas s’ouvrir, que trop se dévoiler peut être fatal, notamment dans son milieu de travail. Alors ils se taisent, refusent de consulter des psychologues ou autres intervenants. Et parfois, ils explosent…

Le Québec égalitaire, vraiment ?

Mieux que les autres provinces canadiennes, le Québec a réussi à combattre la pauvreté. Depuis 20 ans, la majorité des Québécois se sont enrichis (en termes absolus) et il y a moins de personnes pauvres (en pourcentage de la population), conséquence des efforts fiscaux et des politiques sociales.

Toutefois, le calcul de la répartition de la richesse démontre que les inégalités n’ont cessé d’augmenter et que l’écart entre les riches et le reste de la population s’est creusé.

L’état du Québec consacre un dossier spécial à un mythe tenace depuis la Révolution tranquille, celui d’un Québec égalitaire. La directrice de l’ouvrage collectif, Miriam Fahmy, a demandé à une douzaine d’analystes, dont le regretté sociologue Paul Bernard, qui y signe son dernier texte, de se pencher sur cette question.

La lutte contre la pauvreté et la recherche du bien commun risquent d’être au cœur des préoccupations de la population au cours des prochaines années, notent plusieurs collaborateurs. Pro­fes­seure agrégée à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke, Cathe­rine Côté observe que le désenchantement des Qué­bé­cois fait de plus en plus place à l’indignation.

Elle donne de nombreux exemples de mouvements de citoyens, comme la mobilisation spontanée contre l’exploitation des gaz de schiste ou encore le ras-le-bol général à l’égard des révélations de corruption dans le monde de la construction. Les Québécois auraient dépassé le stade de l’inaction et du désabusement politique.

Dans un texte éclairant, le sociologue Joseph Yvon Thé­riault, de l’Université du Qué­bec à Montréal, constate la réapparition et l’affirmation du clivage gauche-droite dans le débat politique, après 40 ans d’affrontements entre souverainistes et fédéralistes.

En politique, tout est affaire de cycle, explique-t-il. La société oscille entre des périodes où l’individualisme est hégémonique et d’autres où le bien commun domine. Or, soutient-il, nous sommes à la fin d’un long cycle de 40 ans de « recher­che du bonheur privé et de soupçon en ce qui a trait au bien public ». Devrait normalement s’ensuivre un cycle où des valeurs comme le bien commun et « l’agir collectif » domineront.

Publié une fois l’an, L’état du Québec constitue, encore une fois, un ouvrage incontournable pour quiconque s’intéresse au destin de la société québécoise. Sous la direction de Miriam Fahmy, de l’Institut du Nouveau Monde, la formule s’affine d’année en année et parvient à nous surprendre.

 

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Regards sur les hommes et les masculinités : Comprendre et intervenir
C
ollectif Mas­cu­linités et Société
Presses de l’Université Laval, 428 p., 39,95 $.

L’état du Québec
Sous la direction de Miriam Fahmy
Institut du Nouveau Monde, Boréal, 570 p., 27,95 $.

 

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