C’est comme accoucher

À chaque accouchement, je me suis dit que ce truc-là était plus fort que moi. Que j’allais y laisser ma peau. Et pourtant…

Photo : L'actualité

Ce truc-là, qu’on vit, ça me fait penser à accoucher. Et je vous préviens, je déteste accoucher.

Je l’ai fait trois fois. J’ai détesté, mais avec une préférence pour la deuxième, parce que j’ai réussi à « go with the flow » (pas faire le saumon). Ce qui va très bien avec la personnalité de mon deuxième enfant, d’ailleurs. Qui est une sorte de poisson dans l’eau. Qui glisse dans la vie. Qui a un petit corps agile et souriant.

Mais je hais accoucher. C’est pénible. Et là, on dirait que la planète vit une contraction et j’ai horreur des contractions.

Ce qui est éprouvant quand t’accouches — et ça, personne ne te le dit et c’est pas dans les films que tu risques de l’apprendre —, c’est pas « faire sortir un melon d’eau d’un endroit étroit » comme le cliché le dit, c’est : attendre. Attendre que la maudite porte ouvre. Attendre, une ost* de contraction à la fois, que le col par lequel passe le bébé s’ouvre. « Respirez, Madame. » Ben oui, respirez. M’a t’en faire des « respirez ». En plus, en préparation, ils nous apprennent des espèces de techniques de respiration trop compliquées, impossibles à retenir, c’est d’un ridicule. Au deuxième, justement, j’avais simplifié, je faisais juste des respirations « inspire par le nez, expire par la bouche », ça me calmait. Oui, j’hyperventilais un peu, mais c’était sous contrôle.

Ce qui est dur, c’est de prendre chaque contraction comme un mouvement nécessaire qui ouvre la porte. Ce qui est difficile aussi, c’est de ne pas te fâcher contre la machine, mais plutôt travailler avec, alors qu’elle te torture !

J’étais fâchée, je ne vous le cacherai pas, j’étais fâchée. Je me fâchais contre cette horrible souffrance, contre ce monstre plus gros que moi, ce truc injuste, immense, qui secouait mon corps. Je trouvais ça injuste de devoir passer à travers ce supplice pour découvrir mon enfant. Mais c’est quoi, cette machine de maso ? ! Mais il faut être complètement dingue pour accepter de vivre ! C’est pas raisonnable !

Je me fâchais et ça ne donnait rien.

On se fâche dans la souffrance aussi parce qu’on a une sorte de réaction d’égo. Mais comment ça peut m’arriver à moi ? Comment est-ce que je peux avoir aussi mal ? ! Dans les faits, dans la vie comme dans l’accouchement, il y a des affaires qu’on ne contrôle pas.

Pendant l’accouchement, chaque fois, je me suis dit ce truc-là est plus fort que moi. Je vais y laisser ma peau.

Mais quand tu sors de cet état de panique, tu reprends le taureau par les cornes et tu te souviens comment on passe à travers des épreuves. Il y a des gens autour de toi qui aident. Il y a des drogues, des moyens de temporairement alléger la souffrance (hein, Monsieur Legault ? Un petit verre de vin ? Bonhomme clin d’œil). Et puis il y a des choses que l’on peut faire pendant qu’on attend. Quand t’accouches tu peux marcher, demander d’aller prendre un bain, tu peux t’asseoir sur un gros ballon d’exercice, ton conjoint peut te faire des points de pression, tu peux respirer, bref il y a une série de choses que tu peux faire pour ne pas figer dans l’attente. Pour que le passage pénible mais obligatoire de la naissance se fasse et qu’un jour, enfin, on assiste à la nouvelle vie !

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