Changer de vie: adopter trois enfants d’un coup!

Trois enfants, ça change une vie… surtout si on les adopte en même temps! 

Dominique Busque et Marquis Roy avec leur trois enfants. (Photo: Louise Bilodeau)
Dominique Busque et Marquis Roy avec leur trois enfants. (Photo: Louise Bilodeau)

Dominique Busque a toujours rêvé d’adopter des enfants. Lorsqu’elle se marie, en 2007, à 24 ans, son idée est déjà faite! «L’adoption était notre premier choix pour fonder une famille, nous voulions donner la chance à un enfant d’avoir des parents», explique-t-elle dans la cuisine de son bungalow, à Saint-Georges, en Beauce.

En 2015, le couple, maintenant dans la jeune trentaine — âge minimum généralement requis pour adopter à l’international —, met le cap sur l’Ukraine. Deux mois plus tard, il revient de Kiev avec… trois enfants de huit, six et quatre ans: Maxim, Logan et Angélika.

Dominique et son conjoint, Marquis Roy, 35 ans, ont compris très tôt le défi que représente l’adoption internationale. «Nous avons fait nos choix de vie en conséquence», dit Marquis, conseiller en sécurité financière au cabinet Solution Profil Financier, à Saint-Georges. Malgré un revenu annuel de 100 000 dollars, le couple mène un train de vie modeste: aucune dépense inconsidérée, peu de restos et de voyages, beaucoup d’épargne. «On savait que ça coûterait cher», dit Dominique, orthopédagogue à la commission scolaire de la Beauce-Etchemin.

À plus forte raison quand on adopte une fratrie! Déjà qu’il faut débourser plus de 2 000 dollars en frais administratifs au Canada, pour l’évaluation psychosociale, l’ouverture du dossier à l’agence, l’obtention de documents administratifs et certificats, les visas, les passeports, l’homologation de jugement du Québec et les demandes de citoyenneté canadienne, il faut aussi s’attendre à dépenser 10 fois plus à l’étranger. Il fallait d’abord prévoir 10 000 dollars pour les billets d’avion et verser 12 000 dollars à l’agence canadienne d’adoption TDH pour les enfants, qui fournit les services administratifs, juridiques et de traduction. Le couple devait également prendre avec lui 10 000 dollars américains en espèces pour un don de charité à l’orphelinat (1 000 dollars par enfant), pour ses frais de séjour, les visas et passeports des enfants, et l’interprète.


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Le 14 mars 2015, soit trois mois après que Dominique et Marquis ont déposé une demande à l’agence d’adoption, celle-ci les informe qu’ils sont convoqués au département d’État de l’Adoption et de la Protection des droits des enfants à Kiev. Puis, le 1er avril, accompagnés de leur interprète ukrainienne, ils se rendent dans une ancienne colonie de vacances convertie en crèche où sont logés 471 orphelins évacués de l’est du pays, en guerre contre la Russie. Ils y rencontrent leurs futurs enfants.

C’est le coup de foudre et les trois jeunes russophones, vifs et en bonne santé, consentent rapidement à l’adoption — une condition obligatoire en Ukraine. «Maxim a écrit une petite lettre dans ses mots d’enfant pour dire qu’il voulait venir avec nous au Canada avec son frère et sa sœur», raconte Dominique.

Cette lettre déclenche les procédures formelles d’adoption, qui s’échelonneront sur un mois, durant lequel les futurs parents rendront visite aux enfants chaque jour. Après le jugement favorable du tribunal, la nouvelle famille doit attendre les passeports ukrainiens des enfants, puis leurs visas canadiens. «Tout a été réglé en huit semaines!» dit Marquis.

Surprise: de retour à Saint-Georges, la famille découvre que parents et amis lui ont apporté des piles de vêtements et de jouets. Autre surprise: les enfants apprendront le français plus vite que prévu. Forte de son expérience d’orthopédagogue, Dominique avait monté un système de pictogrammes apposés sur des objets usuels, qui servira très peu. «Ils ont appris à une vitesse folle», dit-elle, se désolant toutefois que le russe ait disparu si vite de leur mémoire. «Quand je dis bonjour en russe, ils pensent que c’est de l’anglais!»


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Le gros imprévu, ce sera l’école. Normalement, les enfants auraient dû être de la rentrée en septembre, mais la travailleuse sociale et la pédiatre ont recommandé de la retarder. Seulement quatre mois se sont écoulés depuis que la famille est réunie, et les enfants ont besoin de temps pour renforcer le lien parental, la priorité en adoption.

Dominique les scolarisera à domicile jusqu’en février, avant une rentrée progressive avec la collaboration de l’école et de la commission scolaire.

Ce délai coûtera cependant cher. En tout, Dominique sera en arrêt de travail 15 mois au lieu des 6 prévus. Or, le congé offert par le Régime québécois d’assurance parentale n’est pas particulièrement généreux pour l’adoption: 37 semaines au lieu de 52 pour une famille biologique. Dominique touchera 70 % de son salaire les 12 premières semaines, 55 % les 25 semaines suivantes, puis plus rien jusqu’à la rentrée 2016.

Plus long que prévu, ce délai a entraîné une perte de revenu de 40 % pour l’année, ce qui a forcé Marquis à refaire son budget. Il se félicite d’ailleurs d’avoir choisi d’utiliser la valeur nette de la maison au moyen d’une marge de crédit hypothécaire. «Des institutions financières offrent une formule de prêt à l’adoption, mais le taux d’intérêt d’une marge de crédit hypothécaire est beaucoup moindre.»

Le couple pourra aussi compter sur diverses aides, dont un crédit d’impôt remboursable du Québec de 10 000 dollars par enfant. Depuis juillet 2016, il touche aussi des allocations: 980 dollars par mois du fédéral et 1 100 dollars par trimestre du provincial.

«Au bout du compte, je n’ai même pas eu à piger dans mon CELI», s’étonne Dominique, dont la vie a complètement changé. «Entre la cuisine, le lavage et l’attention à donner, le temps file à une vitesse folle», dit-elle.

C’est là où l’aventure de l’adoption rejoint la vie des familles ordinaires.

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3 commentaires
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Quel beau choix de vie de couple, trois petits enfants heureux dans une famille qui respire le bonheur xx

Bravo! Bravo!
Nous avons aussi adopté un enfant. C’était le secret du bonheur… et sa continue! 🙂

Bravo pour votre courage ! Élever une fratrie, c’est du sport avec tout les hautes et les bas… Les voir progresser à tous les jours, s’adapter, se faire des amis, grandir… C’est notre récompense !
Maman adoptive d’une fraterie de 3 belles cocottes