Changer de vie: l’infirmière qui se lance en affaires

Pour voir grandir ses enfants, une ex-infirmière a créé son entreprise à la maison… et en vit mieux qu’avant.

Annie Nadeau. (Photo: Louise Bilodeau)
Annie Nadeau. (Photo: Louise Bilodeau)

Après la naissance de son fils, Loïc, en 2007, Annie Nadeau a mis sa carrière d’infirmière entre parenthèses. Elle jugeait impensable de reprendre le poste qu’elle occupait en salle d’opération à l’Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec: les longues heures de garde qui y étaient associées étaient tout simplement incompatibles avec son horaire de maman. D’autant que son conjoint, entrepreneur, était souvent à l’extérieur pour affaires.

Un virage professionnel s’imposait. Mais lequel? «J’aimais mon métier d’infirmière, mais il fallait que je trouve un projet me permettant de rester à la maison pour élever ma famille», raconte cette brune de 35 ans aux yeux de biche et à la voix flûtée. «Je me sentais financièrement dépendante de mon mari, mais je n’avais aucune idée de ce que je pouvais faire d’autre dans la vie!»

En 2009, la famille s’agrandit: la maison de Beauport accueille la petite Juliette. Annie Nadeau prolonge son congé parental tout en poursuivant sa réflexion professionnelle. Lorsqu’elle prépare la «rentrée» de Loïc à la maternelle, elle constate que le moindre objet qui suivra l’enfant — des gobelets aux jouets en passant par les vêtements — doit être marqué à son nom. Elle part à la recherche d’étiquettes personnalisées dans Internet, mais ne trouve pas son bonheur: celles qui y sont offertes sont chères et visuellement peu attrayantes à ses yeux.

Ça fait tilt. «J’ai toujours aimé dessiner et en voyant ces étiquettes, je me suis dit que je pourrais faire mieux, explique la mère de famille avec son accent chantant du Lac-Saint-Jean. Il n’en fallait pas plus pour réveiller l’artiste en moi…»


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La fibre entrepreneuriale se réveille aussi, car Annie Nadeau s’attaque à un plan d’affaires en même temps qu’elle aiguise ses crayons. Combien d’argent faut-il pour lancer l’entreprise? Quel est le matériel nécessaire? Comment imprimer durablement sur des autocollants ou sur des étiquettes thermocollantes? Son mari — clin d’œil du destin: il dirige une imprimerie! — l’aide à peaufiner les produits et accepte de la soutenir financièrement.

Annie Nadeau calcule qu’elle a besoin de 50 000 dollars pour se lancer. Le couple pige la quasi-totalité de cette somme dans sa marge de crédit. Pendant ce temps, le garage de la maison familiale se transforme en mini-centre d’impression. Les six premiers mois de la petite entreprise, baptisée Colle à moi, sont consacrés à l’élaboration du produit, aux tests et à la conception du site Web, que l’entrepreneure met en ligne à l’été 2014.

Le succès est instantané: des dizaines de clients commandent ses étiquettes aux jolis dessins de dinosaures, de princesses ou de camions, qu’Annie Nadeau vend environ la moitié du prix de ses concurrents. Un an plus tard, son chiffre d’affaires équivaut au salaire qu’elle touchait comme infirmière, soit un peu plus de 50 000 dollars. Elle rembourse alors intégralement la marge de crédit.

Entre-temps, elle a dû se familiariser avec la comptabilité, la gestion d’un site Web et des paiements en ligne, le marketing et le service à la clientèle, entre autres tâches. «Il y a eu une suite d’essais et d’erreurs, mais j’ai appris sur le tas. La clé, c’est l’organisation», dit-elle.


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À la fin de sa deuxième année, son chiffre d’affaires a doublé. Pendant la «haute saison», de mai à septembre, elle embauche une ou deux employées pour la seconder. C’est loin d’être un luxe: pendant cette période, les journées de travail s’étirent sur une douzaine d’heures et Colle à moi peut traiter jusqu’à 600 commandes quotidiennement!

En juillet, histoire de ne pas gâcher les vacances estivales des enfants, l’entrepreneure déménage tout son attirail au chalet de ses parents, au Lac-Saint-Jean. «Mon père et ma sœur me donnent un coup de main pendant que ma mère surveille les enfants… C’est parfait! Nos vacances en famille, on les prend plutôt pendant la saison des Fêtes et la relâche scolaire.»

Les projets pour 2017 ne manquent pas: Annie Nadeau aimerait notamment percer le marché anglophone et celui des résidences pour personnes âgées en perte d’autonomie. Elle travaille aussi à la mise au point de nouvelles étiquettes encore plus durables que les versions précédentes.

«Tout artiste rêve de vivre de son art. On peut dire que j’ai trouvé le moyen parfait pour exprimer l’univers enfantin qui m’habite.» Mais l’été prochain, compte tenu de l’expansion prévue de Colle à moi, le déménagement estival deviendra peut-être trop compliqué, croit-elle. Un beau problème…

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