Changer de vie: quand le 9 à 5 devient le 5 à 7

Sa job, elle l’a inventée! En mariant sa passion du vin et des médias sociaux.

Marie-Hélène Boisvert a perdu gros lorsqu’elle a abandonné son poste dans la fonction publique fédérale, il y a bientôt cinq ans: un salaire enviable, huit semaines de vacances par année, la sécurité d’emploi, et beaucoup, beaucoup de temps libre.

En contrepartie, la Montréalaise de 37 ans a décroché un emploi qui jumelle ses deux grandes passions: consultante en réseaux sociaux spécialisée dans le domaine du vin. Un métier qu’elle est l’une des seules à exercer au Québec, puisqu’elle se l’est elle-même inventé. «J’ai créé ma job de rêve», dit-elle.

Bye-bye la vie routinière de fonctionnaire. Aujourd’hui, Marie-Hélène Boisvert fréquente les dégustations de vin, goûte aux échantillons qu’elle reçoit chez elle et fait part de ses trouvailles aux internautes. En plus d’alimenter son blogue personnel, elle aide des clients, comme la SAQ, à se mettre en valeur intelligemment par l’intermédiaire des réseaux sociaux, tels que Twitter et Facebook. La cerise sur le gâteau? Son boulot l’amène à parcourir le monde à la découverte des vignobles: rien que dans les deux dernières années, elle a humé la vigne en Espagne, en Allemagne, en Grèce et en France, dans des paysages tous plus paradisiaques les uns que les autres!

Cette diplômée en sciences politiques a longtemps rêvé d’être sa propre patronne. «Le 9 à 5, la répétition, le fait de ne pas décider de mes projets, ce n’était pas pour moi. J’ai toujours pensé que je ferais quelque chose de créatif, à mon compte et à partir de chez moi.» Passer de fonctionnaire à entrepreneure n’a pas été un changement aussi radical qu’on pourrait le croire. Car dans sa vie d’avant, Marie-Hélène Boisvert a travaillé pendant six ans pour l’une des corporations de développement économique communautaire (CDEC) du Québec, des organismes qui aident les arrondissements à se revitaliser et les entrepreneurs à s’établir (son salaire était payé par l’Agence de développement économique du Canada). C’est dans le cadre de ces fonctions qu’elle a eu la piqûre pour les réseaux sociaux; elle donnait même de la formation aux PME pour les aider à se faire connaître par ce moyen.

Ainsi, une fois sa décision prise, la jeune femme n’a pas eu besoin de longs mois de préparation avant de plonger et de fonder sa boîte, Création Synergia, avec son associé, Mathieu Chevalier, en mars 2011. Elle a suivi les conseils qu’elle prodiguait auparavant aux autres. Pendant leur première année d’activité, les cofondateurs ont suivi un cours sur le lancement d’entreprise auprès du SAJE, le Service d’aide aux jeunes entrepreneurs. Cette formation de quelques mois à temps partiel leur a permis de monter leur plan d’affaires tout en réalisant leurs premiers contrats. Ils ont aussi obtenu une bourse Jeunes promoteurs — une somme de 8 000 dollars offerte par les CDEC — et reçu de l’aide financière dans le cadre du programme Soutien au travail autonome d’Emploi-Québec.

Ce n’est qu’au bout de six mois qu’a surgi chez Marie-Hélène Boisvert l’idée de concentrer ses activités sur le vin, à la faveur d’un premier contrat avec la SAQ, qui demeure à ce jour son principal client. La jeune femme se passionnait pour les grands crus depuis l’adolescence, quand son père lui faisait déguster ses bordeaux préférés. Elle a décidé de transformer son hobby en véritable spécialisation, qui lui permet de se distinguer dans un marché déjà bien garni en pros du marketing Web. «Je rêvais depuis l’école secondaire d’être sommelière mais, dans ma tête, c’était fait pour les geeks, pas nécessairement pour une femme de terrain et de communication comme moi. Alors quand la SAQ est venue me chercher, j’ai vu ça comme un signe, et je me suis inscrite en sommellerie.» Elle a depuis suivi environ 130 heures de cours, entre autres à l’Institut de tourisme et d’hôtellerie du Québec, une expertise qui lui sert à merveille lorsqu’elle doit répondre aux questions des internautes ou leur suggérer de bonnes bouteilles sur les réseaux sociaux. La voix de SAQ Cellier sur Twitter et Facebook, notamment, c’est elle.

Mais quelle que soit l’occasion, la sommelière se fait un devoir de démocratiser son art. «Il y a encore des gens dans ce milieu qui se prennent pour d’autres, qui ont un langage hermétique. Pour moi, le vin, ce doit être rassembleur. J’aime m’adresser à Monsieur et Madame Tout-le-monde et leur donner envie d’explorer de nouveaux cépages», explique celle qui, sur son blogue, a déjà qualifié le populaire mais peu subtil Ménage à Trois de «douche bag» du vin.

Cinq ans après avoir fait le grand saut, Marie-Hélène Boisvert n’a toujours pas retrouvé le même niveau de vie qu’avant. Ses revenus ont fondu du tiers, estime-t-elle. Et les moments où elle peut décrocher du boulot ont presque disparu. (Les dimanches soir, par exemple, elle invite les abonnés des comptes Twitter et Facebook de SAQ Cellier à faire part des vins qu’ils ont découverts durant la fin de semaine, et c’est elle qui anime les échanges.) «Depuis que j’ai démarré mon entreprise, je n’ai pas passé un week-end sans être branchée. Être à son compte, ça veut dire travailler tout le temps.» Mais le plaisir de baigner dans un univers qui la captive et de parfaire son palais de jour en jour vaut amplement ces sacrifices à ses yeux. «Quand on est comblé par notre travail, on a moins besoin d’un gros salaire pour compenser.»

La femme d’affaires a toujours été convaincue qu’elle réussirait dans cette nouvelle aventure, dit-elle, étonnée de sa propre audace. C’est plutôt son entourage qui doutait de ses chances de succès. Il faut savoir ignorer ces oiseaux de malheur, conseille-t-elle. «Quand j’ai dit à ma famille et à mes amis proches que je me lançais à mon compte, beaucoup de gens ont eu une réaction à laquelle je ne me serais jamais attendue, du genre: “Avec la bonne job que t’as, je ne comprends pas que tu partes. Moi non plus, je n’aime pas ma job et je reste quand même.” La meilleure chose que j’aie faite, c’est de me faire confiance. Pour une fois, j’ai mis de côté ce que les autres pensaient et je me suis écoutée, moi. Quand on a du guts, la vie nous donne en retour. J’ai toujours eu plein de contrats, ça a toujours bien été. Pourquoi? Parce que j’ai suivi ce que je ressentais. Et j’ai travaillé fort.»

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Un autre article subventionné… Cela me choque à chaque fois de me faire prendre à lire une belle histoire commanditée… Les belles histoires ne sont pas payantes par elle-même ?

Je ne travaille pas pour l’Actualité, mais je pense, Mme Perron, que les articles subventionnés sont seulement une autre façon de vendre de la publicité pour faire vivre un site Web. Vous savez, une business comme l’Actualité doit payer ses employés pour pouvoir vous offrir gratuitement une plateforme où vous pouvez consulter de l’actualité. Faut arrêter de voir la publicité seulement comme elle était présentée dans les années 80-90 ou même 2000. Le monde change, les techniques marketing aussi!

Bravo Marie-Hélène! Votre histoire est franchement inspirante et donne l’envie de faire davantage confiance à l’instinct entrepreneurial qui peut sommeiller en nous.

Merci Catherine! Je n’ai pas eu l’impression de premdre une décision si difficile, cela se faisait naturellement. Après coup j’ai vécu les ressacs de cette décision, mais sans jamais ne regretter. S’écouter ça vient avec des pertes, mais beaucoup de gains aussi! 🙂 Bonne chance dans vos projets!

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