Chapeau pour le Plan Nord !

Jean Charest joue de mieux en mieux du triangle, ce triangle d’intérêts qu’affectionnait tant l’ex-premier ministre Robert Bourassa.

La paix sociale, la croissance économique et la défense de l’identité québécoise sont les trois éléments qu’il faut maintenir en équilibre, croyait Robert Bourassa, si on veut gouverner le Québec, en assurer la prospérité et le bien-être.

Visiblement, le premier ministre Charest l’a compris.

Son tout récent appel à la mise en valeur des ressources du Nord québécois — le Plan Nord, comme il l’appelle — n’est rien de moins qu’inspiré. Certes, ce n’est pas demain qu’on peuplera à ras bord les 70 % du territoire québécois qui se trouvent au-delà du 49e parallèle ni que les touristes se rueront vers les monts Torngat ou les abords de la rivière aux Feuilles pour observer les caribous. Mais le plan est mobilisateur. Quel beau rêve que celui d’éveiller les forces énergétiques minières, maritimes et hydroélectriques qui sommeillent au-delà du 49e ! Et pas question de les vendre au rabais, comme à l’époque où Vigneault chantait « Fer et titane ».

Le zinc et le nickel — dont on fait l’acier inoxydable —, l’or et le cuivre, le palladium — dont on fait des microprocesseurs — sont très recherchés un peu partout sur la planète. Sans compter qu’il faudra construire des routes, des voies ferrées, peut-être même des ports. L’emploi s’en portera mieux. Ces activités devront se faire avec la collaboration des Premières Nations — la nouvelle génération d’autochtones n’accepterait rien de moins. L’avenir des autochtones, la possibilité qu’ils deviennent des citoyens à part entière du Québec doivent être des éléments clés de cette mise en œuvre. Surtout si on garde en tête que vendre des matières premières ne suffit pas, qu’il faut aussi investir dans des secteurs économiques à forte valeur ajoutée.

Depuis que les libéraux ont cessé de promettre de « réingénierier » l’État québécois, le côté « paix sociale » du triangle se porte mieux lui aussi. En rappelant que le déséquilibre fiscal fédéral-provincial n’est toujours pas réglé, en s’opposant aux coupes fédérales dans la culture, Charest et ses ministres, notamment Christine St-Pierre, ont bien tenu le flambeau de l’identité. Au point de devenir les alliés du Bloc dans la campagne fédérale. Joli timbre sonore que celui de ce triangle-là.

Le mois d’octobre offrira aux libéraux une autre belle occasion de marquer des points dans l’imaginaire québécois.

Pour la première fois dans l’histoire, un président de la France prendra la parole dans l’enceinte de l’Assemblée nationale. Le 17 octobre prochain, Nicolas Sarkozy redéfinira les balises d’une politique qui, depuis une quarantaine d’années, a fait de l’Hexagone le plus puissant allié de la nation québécoise dans sa volonté d’émancipation. On ignore encore de quelle façon il le fera. Mais on ne risque pas de s’ennuyer. Le président est connu pour ne pas mâcher ses mots. Charest saura-t-il récupérer ce changement de politique à son profit ?

Nicolas Sarkozy sera aussi en Amérique francophone pour donner le coup d’envoi des négociations de ce qui pourrait devenir un nouvel accord transatlantique de libre-échange entre l’Europe et le Canada. Au Québec, 40 % des investissements étrangers viennent d’Europe. Ailleurs au Canada, c’est à peine 20 %. À l’heure où le grand voisin américain vit des heures difficiles, bien des entreprises apprécieront le fait que le Québec ait forcé la porte menant à de telles discussions. Car dans cet espace économique élargi, il y aurait des investissements et des emplois. L’Amérique latine s’étant braquée, depuis l’élection de George W. Bush, il fallait bien remplacer le programme moribond de libre-échange des Amériques, puisque le Québec, petit marché, est condamné à exporter pour s’enrichir.

Croissance économique, fierté identitaire, paix sociale… L’automne semble sourire à Jean Charest, qui n’a jamais été aussi populaire. Parions que si tout se passe bien à Québec, ce ne sera pas long qu’il en tirera des conclusions. Si ça ne sent pas encore la Coupe Stanley, ça sentira la campagne électorale provinciale bien avant l’hiver !

Dans la même catégorie
Boutique Voir & L'actualité

Obtenez jusqu’à 40% de plus pour votre prochaine sortie