Charité bien ordonnée…

… commence par soi-même, semblent dire les Québécoises, peu enclines à aider les organismes qui soutiennent les femmes à l’étranger.


Photo de Marie-Reine Mattera

Faites ce que je dis, pas ce que je fais. Lorsqu’il est question de solidarité internationale, les Québécoises seraient-elles des adeptes de ce vieil adage ? Québec et Ottawa devraient-ils en faire plus pour la cause des femmes dans les pays où elles sont privées de leurs droits ? Oui, répondent la moitié des Québécoises, surtout parmi les plus jeunes et les plus instruites. Mais pas question de mettre la main à la poche.

Très peu d’entre elles estiment qu’elles devraient aider les organismes qui soutiennent les femmes à l’étranger. Seules les femmes les plus fortunées (ayant des revenus de plus de 60 000 dollars par année) tendent à être de cet avis : 29 % pensent qu’elles devraient faire un geste en ce sens. La majorité s’estime peut-être déjà trop imposée ; cet impôt sert à financer, entre autres, l’Agence canadienne de développement international, dont un des principaux axes d’intervention est justement l’égalité homme-femme. À moins que la solidarité internationale ne leur rappelle une « charité chrétienne » dont elles gardent un mauvais souvenir…

Un bon tiers des Québécoises croient par ailleurs qu’il faut laisser ces pays se développer à leur rythme et respecter les différences culturelles. Les « accommodements raisonnables » seraient-ils passés par là ? À force d’entendre dire qu’il faut tolérer le voile musulman, auraient-elles fini par conclure qu’on doit accepter, du moins à l’étranger, le principe de l’inégalité entre les hommes et les femmes ? Celles qui partagent ce point de vue — des femmes plus âgées et moins scolarisées que les autres — n’ont peut-être pas eu souvent l’occasion d’entendre parler du caractère « universel » des droits de la personne.

Ces « isolationnistes », qu’on trouve surtout en région, ont peut-être le sentiment d’avoir conquis leurs droits elles-mêmes, à commencer par le droit de vote (en 1940). C’est vrai, mais en partie seulement, puisqu’elles ont bénéficié des percées des autres Canadiennes, qui avaient, pour ce qui est du droit de vote par exemple, une longueur d’avance.

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