Chère ministre des autochtones

«La violence, le désespoir et la pauvreté reculeront devant la justice, l’éducation, l’emploi, l’estime de soi.»

Carolyn Bennett, nouvelle ministre des Affaires autochtones et du Nord. Pour la première fois au Canada, 10 députés sont d’origine autochtone, dont Hunter Tootoo, ministre des Pêches, des Océans et de la Garde côtière canadienne, et Jody Wilson-Raybould, ministre de la Justice. (Photo: Adrian Wyld/La Presse Canadienne)
Carolyn Bennett, nouvelle ministre des Affaires autochtones et du Nord. Pour la première fois au Canada, 10 députés sont d’origine autochtone, dont Hunter Tootoo, ministre des Pêches, des Océans et de la Garde côtière canadienne, et Jody Wilson-Raybould, ministre de la Justice. (Photo: Adrian Wyld/La Presse Canadienne)

Justin Trudeau vous a confié le ministère des Affaires autochtones et du Développement du Nord. Aurez-vous l’audace de suivre le sentier des Braves?

Depuis la création de votre ministère, en 1966, la moitié de vos prédécesseurs ont quitté leur poste avant un an. Une seule personne a fait preuve de persévérance: Jean Chrétien, demeuré six ans, à sa propre demande! En 1970, jeune ministre de 36 ans, il a même proposé — en vain — de couper à la racine la source de tous les maux: en finir avec le système paterna­liste de la Loi sur les Indiens, datant de 1869, qui maintient ces peuples dans un apartheid économique. Marcherez-vous à sa suite?

Créerez-vous une commission d’enquête sur les femmes autochtones assassinées ou disparues? Soutiendrez-vous le gouvernement du Québec s’il décide d’enquêter sur le traitement des autochtones par le système de justice et par la Direction de la protection de la jeunesse?

Les accusations d’abus de pouvoir policier qui émanent des communautés comme celle de Val-d’Or ne sont que les symptômes d’un problème beaucoup plus vaste. Les 4 000 pages du rapport de la commission Erasmus-Dussault, publié en 1996, contenaient 400 recommandations. Elles sont restées pour ainsi dire lettre morte, tout comme les 94 recommandations, plus récentes, de la Commission de vérité et réconciliation, sur les pensionnats autochtones.

La violence, le désespoir et la pauvreté reculeront devant la justice, l’éducation, l’emploi, l’estime de soi. L’entrepreneuriat autochtone le montre déjà.

Au Québec, des ententes avec le gouvernement ont permis à des nations autochtones — notamment les Cris — de prospérer, de mieux maîtriser leur développement économique et de donner de l’espoir aux jeunes. Les Algonquins, eux — peuple auquel appartiennent les femmes de Val-d’Or qui dénoncent des policiers —, sont les plus pauvres parmi les pauvres, privés de traités et de ressources sur lesquels construire un avenir.

Il se commet aujourd’hui 10 fois plus d’homi­cides en milieu autochtone que dans les autres communautés du pays. Dix fois plus! Les policiers sont en pre­mière ligne. Être gardien de la paix dans un milieu où la haine de soi nourrit l’alcoolisme et la toxicomanie demande un niveau de formation et d’empathie au-delà de la moyenne.

Les enquêtes diront si des policiers d’Abitibi ont failli à leur devoir de protection de femmes «multipoquées» de la vie. Quelle que soit la vérité, les tribunaux peineront à rendre justice. C’est souvent le cas lorsque des témoins sont des consommateurs de drogues et d’alcool, dont la parole est jugée peu fiable. C’est plutôt d’une enquête très large que pourra surgir la justice à laquelle aspirent les autochtones.

Le cas de Val-d’Or aura eu le mérite d’avoir été un électrochoc mettant en lumière non seulement le manque de vigilance de quelques ministres, mais aussi le fait que, trois ans après sa création (par le gouvernement Marois), le Bureau des enquêtes indépendantes, qui doit investiguer sur les agissements des policiers, n’est toujours pas fonctionnel! (Il devrait l’être début 2016.)

Édith Cloutier, la très fiable directrice générale du Centre d’amitié autochtone de Val-d’Or, a alerté dès mai 2015 trois ministres. Québec paie aujour­d’hui pour sa propre inertie.

Espérons que vous, madame la ministre, ne faillirez pas à votre devoir de changer enfin le système fédéral, qui crée le terreau dans lequel grandissent les problèmes que doivent affronter les policiers.

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13 commentaires
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Bravo pour cette lettre ! Si le travail est bien fait, comme vous le demandez, les peuples autochtones trouveront enfin espoir, dignité, mobilisation et foi en leur avenir. Leur contribution sera alors inestimable pour la société.

Merci pour cette lettre à la ministre qui est aussi un bel éclairage de la situation et des cibles d’espoir de changement.

Le racisme ne disparaît pas après un électrochoc, mais après une vaste prise de conscience de l’ensemble de la population et la mis en place de politiques adéquates (éducation, logement, infrastructures de base). Ce n’est pas demain la veille.

tu as raison, mais il faut commencer et après on verra le tout, après ça demande de la patience

Sans connaitre la ministre, à première vue, elle me donne l’impression qu’elle mènera très bien son ministère et c’est le cas pour tout le choix du nouveau cabinet .
Félicitation et longue vie au Premier Ministre Justin Trudeau

Le problème des femmes autochtones se situe dans les réserves. La violence conjugale, l’inceste, la boisson y règnent. La plupart des canadiens le savent.

Les jeunes femmes autochtones doivent fuir les réserves pour être à l’abri.

Quelques femmes rencontrent une journaliste et immédiatement c’est la faute aux blancs.

D’accord, si des policiers ont commis des gestes inaceptables, ils doivent en subir les conséquences.

Toutefois, la solution appartient aux chefs de bande. C’est à eux de régler ce fléau. Vont-ils nous dire que c’est dans leurs moeurs ?

Il faudrait bien qu’un jour, un politicien se lèvre pour le dire.

Monsieur Gil a tout compris. Et il faut abolir les réserves. Les chefs de bande s’en mettent plein les poches.

Bien dit M.Gil. Les chefs sont responsables, L’argent que le gouvernement verse à ceux-ci ne sert qu’à les enrichir et non pour le bien-être de leur population. Celle qui a fait la grève de la faim il y a un an ou deux quel était son salaire? iI n’y a pas beaucoup de Québéçois moyens qui en gagnait autant.

Bravo madame Beaulieu. Je suis 100 pour 100 d’accord avec vous. Il faut changer la loi qui isole et qui déresponsabilise les Indiens. Finies les réserves et tous les privilèges dont ils bénéficient si on veut les intégrer.

Le problème est profond
J’ai enseigné au secondaire dans ces communautés (innus et atikamecs) durant 6 ans
Le problème est que l’académique dans ces écoles est absent ou presque.
Les élèves qui arrivent au secondaire ont peine à lire et à compter.

Mais tout ça est due à la politique qui règnent dans ces communauté, politique que nous avons crée de toute pièce.

Plus il y a de gens dans les réserves et plus les subventions sont importantes.

Un jeune qui quitte la réserve est une perte économique pour cette communauté.

Donc personne n’encourage vraiment la réussite scolaire.

Ces jeunes sont donc sans espoir et tous ces gens passent leurs journée à ne rien faire ou presque.

D’où alcool, inceste, jeunes filles enceinte à 15 ans ,suicide

On est dans un cercle vicieux et comment en sortir, en donnant plus d’argent ..ce
sera pire encore.

Je termine en vous disant que ces jeunes sont aussi branchés sur le monde moderne que les nôtres (musique, internet , vêtements) mais ils sont sans espoir.

Tans qu’on va maintenir les réserves ce sera l’échec pour tous

Bravo pour cet edito courageux et très à point. Je souhaite aussi que l’ère Trudeau soit celle de l’inclusion et des vrais changements.

Félicitation, j’ai bien aime votre édito (Chère ministre des autochtones) Je demeure a val d’or et votre article ma beaucoup ému par la franchise et sur les faits réelles qui se déroulent présentement a Val d’or. Espérons que votre article vas réveille quelques personnes qui sont bien place pour faire une différence.