Climat : il nous faut un plan clair

On l’a vu avec la pandémie, les élus des différents pays sont capables de joindre leurs efforts pour lutter contre un problème mondial. Mais qu’attendent-ils pour s’attaquer ensemble, et de façon sérieuse, aux changements climatiques ? 

Christian Blais pour L'actualité

Il n’y a pas que la crise sanitaire qui a cours, il y a aussi une crise environnementale. Alors, pourquoi pas un « 13 h » de l’environnement, comme ces points de presse d’après-midi à propos de la pandémie que tiennent le premier ministre François Legault et ses responsables de la santé depuis un an et demi ?

J’ai vu l’idée circuler bien avant que le rapport du GIEC — le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat — soit rendu public, en août, et sonne l’alerte rouge pour l’humanité.

Notez que le rapport aura fait les manchettes pendant 48 heures, avant d’être déclassé par un autre sujet de l’actualité. C’est dire si la suggestion d’un « 13 h environnemental » est passée inaperçue ; moi-même, je ne sais plus trop où je l’ai d’abord repérée ni qui l’a émise et dans quel cadre.

Mais bref, avant même la kyrielle de catastrophes météorologiques qui sont survenues un peu partout sur la planète en cet été 2021, y compris dans l’Ouest canadien et américain, elle m’avait marquée.

« No Safe Place » — aucun refuge —, titrait The Economist pour résumer l’affaire, fin juillet. Le magazine, véritable bible économique, n’est pourtant pas connu pour son alarmisme ni son militantisme ! Cependant, devant tant de dérèglements climatiques, comment fermer les yeux ?

En dépit des données qui s’accumulent, ça ne bouge pas vite sur le front environnemental. Ça parle, ça jase, ça fait des promesses et souvent tout le contraire, du simple citoyen jusqu’aux plus hauts responsables des États. L’envers de la gestion de la pandémie de COVID-19 où les pays du monde entier se sont résolus à tout bousculer pour combattre le coronavirus.

Un virus serait-il plus facile à circonscrire que des gaz à effet de serre ? Je ne le crois pas. L’origine du coronavirus reste nébuleuse, il a fallu concevoir à toute vitesse des vaccins pour le contrer, et nous nous sommes retrouvés du jour au lendemain à vivre à distance les uns des autres, masqués, limités dans nos déplacements, repliés à l’intérieur de nos frontières. Du jamais-vu.

Or, en matière d’environnement, nous connaissons depuis longtemps la source de nos problèmes et quoi faire pour les régler : limiter nos déplacements (bis !) et miser réellement sur les solutions pour remplacer le charbon, le pétrole et le gaz.

Ne manque que le mode d’emploi covidien — des gouvernements qui imposent une voie, y greffent de la pédagogie — et la grande majorité de la population suivra.

Ce n’est pas la même chose, direz-vous : la COVID-19 a semé la mort rapidement, et c’est de cela qu’on a peur. Alors qu’on n’associe ni lits d’hôpitaux, ni malades intubés, ni sacs mortuaires sortant des CHSLD à une planète qui se dégrade un peu plus chaque année.

N’empêche que j’ai été troublée cet été quand, pendant de longues semaines, le site du Vancouver Sun a affiché chaque jour, à côté de l’incontournable bilan pandémique, des données comptabilisant les feux de forêt en Colombie-Britannique et le nombre de familles déplacées à cause de ceux-ci.

Ces chiffres tout crus, tout nus, quotidiens me sont apparus plus évocateurs que tous les rapports du GIEC : il y avait donc des « réfugiés climatiques » ici même, dans ce riche Canada… Comme pour les tableaux faisant le point sur la COVID-19, l’urgence d’agir me sautait soudain aux yeux.

Même constat il y a quelques semaines, en écoutant le bulletin d’informations économiques à la radio. Ça disait que l’ampleur de la reprise était liée à la transmission ou pas du variant Delta ; pareil pour les résultats de la Bourse… Grognonne ce matin-là, parce que l’été ressemblait au plus creux de l’automne, j’ai remplacé les mots « pandémie », « COVID » et « variant » par « changements climatiques ».

Ce simple jeu de vocabulaire m’a causé un choc : tout mon regard sur l’actualité venait de changer !

J’ai maintenu la conversion depuis. Ça m’aide à mesurer à quel point on pourrait mieux faire. Pouvoir au sens de « possible ».

Si, pour cause de pandémie, les élus ont été capables de mettre en place des règles très contraignantes à suivre dans les commerces, les entreprises et les lieux publics, ils peuvent être aussi exigeants pour l’environnement, d’autant plus que la gestion des dérives climatiques coûte cher.

Et si nous sommes arrivés à modifier nos manières d’agir pour limiter la contagion, c’est qu’il nous est possible de vivre autrement.

Soyons réalistes : mon « 13 h environnemental » relève de l’improbable. Mais déjà, si on pouvait voir un premier ministre souligner sur son compte Facebook ou Twitter que la situation environnementale le trouble, mais qu’il a un plan clair, ce serait une étincelle. 

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Bravo Mme Boileau,

J’adhère complètement à votre idée, je m’étais fait la réflexion moi-même, cette pandémie et les efforts faits par beaucoup de gens et de gouvernements montrent qu’il est possible d’effectuer des changements importants quand la situation l’exige.
J’espère que, comme vous, un grand nombre de personnes et surtout de gouvernements, en prendront la mesure et sauront tenter ce qui nous semblait impossible jusqu’en 2020.

Merci

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Es-ce que vraiment, tout le monde s’est mis ensemble pour contrer le sarko v2; il me semble que les pays ce sont plutôt recroquevillé sur eux-même; c’est le niveau de complexité qui différencie les 2 situations que vous mettez en parallèle. Cela et aussi, le cours et le long terme. Et, tuant qu’à jouer avec le vocabulaire; ne dites pas, changement climatique mais urgence climatique. Par exemple, l’inégalité devant le vaccin, devant les conséquences di virus montrent assez bien que, non; on ne se met vraiment pas ensemble pour le contrer; alors, imaginez la climat! parler de réfugié climatique pour la colombie britanique à cause des feux est, juste un peu réducteur; on ne peut pas relié, hors de tout doute, ces événements extrême avec l’urgence climatique; ça aussi, c’est une différence entre les deux.
Je trouve que nous agissons de la même manière ou presque avec le climat et le sarko v2; les scientifiques alertes de manières assez concertés, les politiciens font comme ils peuvent et surtout comme ils veulent et certains grands financiers qui profitent de l’une ou l’autre de ces situations s’en lavent les mains!

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Vous avez raison de vous inquiéter mais la dure réalité à la question «Un virus serait-il plus facile à circonscrire que des gaz à effet de serre ?» c’est évidemment oui. Le virus cause une mort rapide quand l’infection se répand et cause un engorgement des hôpitaux qui prive de soins les autres qui ont des maladies chroniques et qui sont en attente d’interventions chirurgicales. Les gens ont peur de voir leurs proches mourir sans soins adéquats et tournent les yeux vers les politiciens qui, pour se faire réélire, doivent agir. Ce qu’ont fait nos politiciens autant à Québec qu’à Ottawa.

Quant aux changements climatiques, c’est encore imperceptible pour la grande majorité des Québécois et, jusqu’à un certain point les Canadiens. Oui, les feux en CB ont attiré l’attention mais franchement, les gens d’ici s’en fichent pas mal et ça reste une affaire de Britanno-Colombiens. L’autre partie du pays qui est la plus touchée par les changements climatiques c’est l’Arctique et Dieu sait que les gens du Sud s’en fichent. Ça fait partie du racisme systémique qui affecte notre pays et notre province car ce qui se passe en milieu autochtone est peu digne de mention.

L’Arctique est en train de fondre causant des dommages irréparables non seulement aux structures mais aussi au mode de vie ancestral des Inuits et des Premières Nations du Grand Nord mais on s’en fiche, ce n’est pas dans notre cour. Les gouvernements, en particulier celui du Québec, ferment les yeux et ne veulent rien savoir du Nord (autrement que pour les redevances minières) car ces gens, les Autochtones, sont peu nombreux, donc n’ont que peu de poids dans une élection. Regardez la circonscription Abitibi-Baie James – Eeyou – Nunavik, la grandeur d’un pays, où la majorité de la population est non autochtone et vit dans le sud en Abitibi – les Eeyou (Cris) et les Inuits n’ont aucun poids électoral et cette circonscription a élu une candidate du Bloc Québécois qui ne parle même pas anglais, la langue coloniale utilisée en général dans le nord québécois grâce à nul autre que Maurice Duplessis qui est allé en Cour suprême du Canada en 1939 parce qu’Il ne voulait pas s’occuper des «Eskimos» (c’est le nom de la cause devant la CSC) et a eu gain de cause et le fédéral s’en est occupé, les anglicisant. Ces gens ne voulaient surtout pas d’un député du Bloc et les deux Autochtones qui se sont présentés ont eu peu de chances d’être élues.

Dans la lutte aux changements climatiques nous avons absolument besoin des Autochtones pour gérer leurs territoires ancestraux car c’est bien connu à l’international qu’ils sont les mieux placés pour les protéger et sont au front des changements climatiques. Mais, ici, au Canada et au QC, on leur tourne le dos et on laisse la situation pourrir jusqu’à ce que la marmite explose. Même là, on fait des commissions d’enquête, comme la Commission royale sur les peuples autochtones suite à la crise d’Oka qui a rendu son rapport en 1996 après 6 ans de travaux à travers le pays et ses 440 recommandations ont été ignorées… Même le parti soi-disant Vert s’est tiré dans le pied en se prenant pour le bœuf de la fable alors qu’il n’est qu’une grenouille et s’est perdu dans des questions qui n’ont rien à voir avec le climat.

Alors, pour un plan clair pour faire face à la crise climatique, on repassera et on ne peut certainement pas se fier aux politiciens pour agir. Que reste-t-il? C’est quand cela va frapper directement les gens d’ici qu’on va bouger mais on sait d’ores et déjà qu’il sera trop tard. Comment sortir de cette léthargie? Franchement je ne sais pas.

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Votre chronique est tellement appropriée Mme Boileau, ça devient grotesque de ne pas parler du problème qui nous pend au bout du nez.

Pourtant nous avons les solutions qui fonctionnent maintenant partout dans le monde et coûtent moins chères;
– énergies solaire, éolienne, marée, géothermie
– mobilité électrique; Lion, Tesla, BYD etc

Il s’agit de savoir compter pour ne pas s’en faire conter.

Pour régler un problème il faut le prendre par le bon bout, à la source.

Le problème est l’énergie fossile qui détruit nos conditions d’existence sur la planète.

N’est-il pas temps qu’on subventionne ceux qui préservent notre biosphère et réduisent notre dépendance mortifère au baril de pétrole
au lieu de subventionner l’industrie du fossile qui détruit tout sur son passage sans même payer les taxes de santé ni de vidanges?

En ce moment nos taxes subventionnent les pollueurs sans condition.

Nos taxes qui vont dans les poches des pétrolières ne font qu’empirer notre problème et n’ont rien à offrir pour nous sortir de ce trou toxique,
au contraire
– une partie de nos taxes est utilisée par les pétrolières pour commanditer la fausse information pour nous mentir comme cette escroquerie intellectuelle autour du cycle de vie du VE et des EnR, ils ont réussi à faire croire aux esprits simples que les VE est EnR polluent autant! faut le faire
– leurs fausses solutions comme la séquestration du CO2, l’hydrogène machin, ce n’est pas étonnant que les pétrolières sont excitées pcq elles font couler plus de pétrole. La séquestration oui mais après avoir de l’énergie propre 100%, l’H oui mais seulement pour éliminer l’usage énergies fossiles.

Pourquoi faisons nous encore confiance à ceux qui sont reconnus pour se foutre carrément de la santé publique et de l’environnement comme l’industrie fossile
ou
l’industrie de l’automobile qui nous ont menti et continuent de mentir en s’attaquant aux règlementations destinées à la réduction de la pollution comme Toyota aujourd’hui et VW avec le Dieselgate
au lieu de faire confiance à des chefs de file comme Tesla, Lion, BYD etc … qui ont comme mission d’accélérer la transition vers un avenir durable pour l’humanité?

https://www.tesla.com/support/energy/powerwall/own/california-virtual-power-plant

http://www.alsetehomeintl.com

https://cleantechnica.com/2021/09/25/progressive-caucus-presses-for-end-to-fossil-fuel-subsidies/

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En effet , un plan global de transformation de l’économie, de nos manières de vivre, de nos priorités……faudrait que le plan soit non partisan ..
Malheureusement, ça prendre une crise encore plus grande.
En attendant, il faut démontrer le coût important que l’on doit payer en n’agissant pas.

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