Cohabiter

Il y a trop de voitures. Plutôt que d’attendre que ça change, on peut faire partie de la solution.

Photo : L'actualité

L’oiseau de malheur sillonne le ciel. Je l’entends au-dessus de ma tête. Sûrement l’hélico de TVA. À moins que ce soit la police. Il y a eu un accident. Un gros accident. Dans mon quartier. Généralement, quand on envoie l’hélico, ça va mal. Parfois, c’est à cause d’une manif pour la Terre. Mais c’est rare. C’est comme lâcher les chiens, c’est pas un lancer de ballons.

Il y a eu un accident et un cycliste est mort. Un VUS a fait des tonneaux.  « Le conducteur a perdu le contrôle de son véhicule », comme dit le journal. Rien de bon dans tout ça. Ni d’un bord ni de l’autre. Des vies fracassées. Instantanément. La nouvelle qui se répand telle une onde de choc et qui doit peu à peu gagner les sphères de toutes les vies que ça touche. Indirectement, ça touche même la mienne. Ça touche même la vie de tous les Montréalais, voire de tous les humains de la planète. Le gros qui mange le petit.

C’est un problème. Ça m’inquiète, ça me terrorise. J’ai mal au ventre en pensant que c’est arrivé pas loin. Je fais du vélo. Mes enfants font du vélo, mon mari fait du vélo, mes voisins, mes amis, et toujours de plus en plus de gens quand les beaux jours reviennent. Des vélos, dans mon genre de quartier résidentiel, il y en a partout. On me rappelait dernièrement qu’il y a 4,8 millions de voitures au Québec, dont 780 000 juste à Montréal. La mauvaise nouvelle, c’est que c’est trop. L’autre mauvaise nouvelle, c’est que nos voitures sont de plus en plus volumineuses. Les vélos et les piétons, eux, restent pas mal les mêmes. Et la ville ne grossit pas non plus.

Alors on fait quoi ? Il va falloir à un moment donné se rendre compte que la ville est trop peuplée pour que ce soit viable qu’autant de véhicules y entrent et la traversent. C’est dangereux. J’ai moi-même abandonné mon énorme VUS sept places au profit des transports en commun, du vélo et de l’autopartage, parce que vivre en ville en étant propriétaire d’une voiture était devenu une source de dépenses, de stress et de charge mentale bien supérieure aux bénéfices que l’on en retirait. Et ce, pour la simple et bonne raison qu’il y a trop de voitures. Il y en a trop quand tu te déplaces et il y en a trop quand tu veux te garer. Alors pourquoi attendre que ça change pour être bien ? J’ai abandonné ma voiture. Au-delà du geste écologique, d’un point de vue purement égoïste et individualiste, je suis gagnante sur toute la ligne.

J’ai du mal à comprendre pourquoi c’est une hérésie de remettre en question notre utilisation de la voiture et de ne plus la voir comme étant quelque chose qui va de soi. Le triste constat, c’est que les accidents entre un véhicule et n’importe quoi de plus petit que ledit véhicule entraînent généralement des catastrophes. Je suis bien consciente que, malheureusement, nos vies, le 9 à 5, le travail au centre-ville pour les gens qui vivent en banlieue, les échangeurs, les intestins de béton qui surplombent nos villes, tout ça a été réfléchi en fonction du transport en voiture. Ce n’est pas un changement qui s’effectuera rapidement, surtout que c’est un mode de vie si profondément ancré dans nos mœurs.

Mais je suis en même temps vraiment tannée que l’on ne puisse pas repenser cette vision de la ville. Il y a trop de voitures. C’est une évidence. Il est urgent d’offrir d’autres manières de vivre et de voyager. Au moins de s’autoriser à y réfléchir sérieusement, logiquement, rationnellement, sans avoir l’air d’un pelleteux de nuages.

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Je n’ai jamais été aussi heureuse – ni aussi riche – que depuis que je n’ai plus de voiture.

Personnellement, j’aimerais un garage triple avec trois voitures. C’est ce que je me procurerais si je gagnais la lotto.

Actuellement, ce serait près de 7 millions de véhicules immatriculés au Québec, si l’on inclut les camions, autobus, motos, motoneiges, etc. Et il est bien possible que ce nombre continue de croitre….

À la base, nous avons le développement d’un modèle de société. Difficile d’en changer du jour au lendemain. C’est aussi ce que remarque Léa Stréliski. À ce modèle s’ajoute des trames urbaines qui n’intègrent pas les modèles urbains proposés par les urbanistes et les architectes depuis presque une centaines d’années.

La ville de Montréal et toute sa banlieue toujours croissante se sont pas mal fichus de bien différentier les réseaux : auto, piétons, cyclables de sorte que les points dangereux se sont multipliés. Laissant le développement du cadre bâti aux seuls promoteurs.

À cela s’ajoute certains caractères éducationnels et idéologiques qui ne favorisent pas le respect d’autrui, ont tendance à avantager ceux ou celles qui croient que tout leur est dû, même la pub est de la partie.

En pratique, on a réduit le nombre des autos qui pouvaient stationner dans certains quartiers de Montréal, on peut penser à la politique initiée par Luc Ferrandez, résultat tangible : cela fait plus de dix ans que je n’ai plus mis les pieds sur le Plateau Mont-Royal. Donc, cela fait au moins une auto de moins sur le Plateau (la mienne) au grand damne des commerçants dont j’étais un fidèle client.

Plusieurs commerces que je fréquentais ont fermé et pour une auto de moins, ce sont cent autos (ou plus) qui ont pris ma place. J’admire la renonciation de Léa Stréliski à son gros VUS. Mais cela a-t-il contribué à réduire le nombre des autos en circulation ?

Peut-être vais-je passer pour un grognon « vieux-jeu », mais de mon temps… on accordait une grande importance pour la discipline. Pour dire les choses comme je les vois, je trouve qu’il y a beaucoup de gens indisciplinés, entre ceux qui se sacrent de la Covid, ceux qui se sacrent des limitations de vitesse, ou encore ces cyclistes qui n’hésitent pas à insulter les automobilistes, comme si depuis qu’ils sont là, la route ne se partageait pas.

Alors je pense que tout ira vraiment mieux quand on aura appris à tous les Québécois et toutes les Québécoises à marcher au pas : Une deux ! Une deux ! Une deux ! Gauche droite ! Gauche droite ! Gauche droite ! Et on recommence !!!

C’est drôle mais quand on vit en « campagne » on voit souvent ces gros VUS venant de Morrial avec 2, 3 ou 4 vélos sur un support. Ils ont besoin de leur VUS les fins de semaine et pendant les vacances pour transporter leurs vélos à 2 500 $ et se promener sur des routes où la pratique de ce sport en est une de sport de combat! Combat contre la maudite circulation qui empêchent les valeureux cyclistes de vaquer tranquillement à leur sport préféré, sans se faire achaler par les locaux, qui eux ont souvent des « pickups » parce qu’ils ont des grands terrains ou des fermes qu’ils aiment à entretenir. Vivre en ville sans auto est une excellent idée et avoir un VUS pour les weekends est une bien moins bonne idée…

Je trouve également cette situation assez paradoxale, mais je crois que sa raison-d’être s’explique aussi par les choix de société en termes d’aménagement et de transport. À l’heure actuelle, pour la plupart de mes connaissances montréalaises (et moi-même en fait), la plus grande (sinon la seule) motivation à s’acheter une voiture est pour pouvoir s’exiler momentanément de la ville dans une optique de loisirs (rando, vélo, camping, ski, etc.). Le hic, c’est qu’il n’existe aucune alternative viable pour s’évader de Montréal autre que la voiture! Imaginez le nombre de ménages montréalais qui renonceraient peut-être à la leur s’il existait encore des 《ptits trains du Nord》et autres infrastructures de transport collectif qui reliaient les régions (et leurs destinations touristiques) avec la métropole! Je serais le premier à bord.