Comment gérer les conflits nés pendant la pandémie

Vive l’été !… sauf pour ces barbecues où vous risquez de croiser des connaissances qui ne se sont pas montrées sous leur meilleur jour pendant la pandémie. Conseils pour rebâtir les ponts (ou les brûler, c’est selon).

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La crise de la COVID-19 a laissé derrière elle bien des conflits non résolus. Peut-être avez-vous exprimé votre désaccord à un cousin qui invectivait le premier ministre sur les réseaux sociaux ou à une belle-sœur qui s’est soudain autoproclamée experte en épidémiologie. Ou alors, peut-être vous êtes-vous senti méprisé en raison de votre respect scrupuleux des mesures sanitaires. Pour panser toutes ces plaies, il faut faire preuve de bienveillance, mais aussi de réalisme, prévient Charles Roy, président de l’Association des psychologues du Québec. 

Depuis plus d’un an, bien des gens s’entredéchirent au sujet de la COVID-19, des vaccins, des couvre-visages, etc. Pourquoi la tension sociale a-t-elle augmenté autant ?

Tout facteur de stress fait croître l’irritabilité. On dit, de manière un peu simpliste, qu’impuissance égale rage. Depuis 14 mois, l’impuissance, le stress et les privations de libertés ont été exacerbés. Le contexte actuel est encore plus éprouvant parce que s’ajoutent des enjeux de santé, de pertes d’emplois, de ruptures conjugales, d’isolement ou de trop grande proximité.

Il arrive que la psychorigidité des croyances aille jusqu’à nier l’évidence : le virus est si grave qu’il conduit parfois à la mort. Une catégorie de gens perd alors de vue le simple principe de précaution pour la préservation de la vie et de la santé. Leurs convictions ressemblent à du béton qu’absolument rien ne peut altérer.

Dans ce contexte, à quel point pouvons-nous espérer rebâtir de bonnes relations avec des personnes qui nous ont blessés ?  

La question des conflits est complexe en temps normal, alors imaginez après ce que nous venons de traverser. Les différents types de personnalité, les croyances, les vieilles rancunes, les rivalités, tout cela a été amplifié. Certaines brisures seront difficiles à réparer parce que plusieurs ont eu l’impression d’avoir été rabaissés, dénigrés, méprisés autour d’une valeur fondamentale, la vie. D’autres voudront faire l’effort de désamorcer les conflits, de trouver la paix dans la relation, mais en même temps, ne soyons pas naïfs : parfois, ce n’est pas possible.

Faudra-t-il alors se résigner à tenter de s’endurer, à défaut de se respecter ?

Je propose plutôt d’espacer les contacts pendant un temps, pour laisser retomber la poussière. Lors d’événements familiaux où il est impossible de s’éviter, peut-être vaut-il mieux s’en tenir à des salutations et continuer son chemin.

Par la suite, ceux et celles qui voudront faire l’effort de la réconciliation, au sein de leur famille ou de leurs relations amicales, devront faire preuve d’empathie et de bienveillance. Ce qui n’est pas nécessairement facile, car on peut avoir du mal à oublier le manque de respect.

Mais dans le contexte familial, ne doit-on pas tout faire pour reconstruire les liens ?

Notre cerveau reptilien remonte à avant l’homme des cavernes, à une époque où l’on ne pouvait pas survivre en dehors d’un clan. Ces vieux réflexes sont encore bien ancrés, car ce que nous souhaitons tous, c’est un modèle constant. C’est sans doute pourquoi l’expression « tricoté serré » est une source de fierté. Mais à quel prix ?

Dans son essai La connaissance interdite, Alice Miller dénonce le mythe de la famille mise sur un piédestal et vue comme une valeur suprême, forçant les gens à rester en contact même si les relations sont dysfonctionnelles, les enfants, victimes d’abus sexuels, etc. Et au nom de cet idéal, toutes les aberrations sont permises, comme si la cohésion sociale reposait sur le respect absolu de ce système familial. Il faut apprendre à se respecter soi-même.

N’empêche, certains grands-parents n’auront d’autre choix que de se réconcilier avec leurs enfants s’ils veulent revoir leurs petits-enfants. Dans ce genre de situation, une aide extérieure pourrait avoir un effet positif, qu’il s’agisse d’un psychologue ou d’un médiateur.

Dans certains cas, par contre, des constats douloureux devront être faits. Si la réconciliation n’est pas possible, il ne faut pas rêver en couleurs. Et il est essentiel de refuser la violence verbale ou psychologique, car nous avons le droit de mettre fin à la relation.

Sur le plan des relations interpersonnelles, quelles leçons croyez-vous que nous tirerons de la pandémie ?

Nous avons réalisé à quel point les relations sociales sont importantes pour s’accomplir en tant qu’être humain. Le confinement a toutefois, dans de nombreux cas, trop rapproché des gens, provoquant des situations tendues pouvant mener à de l’abus. En général, les relations humaines ne sont pas faciles, d’où l’importance de s’inspirer des concepts de justice réparatrice ou de communication non violente. Il faut mettre toutes les chances de notre côté pour réparer nos blessures.

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