Comment laver sa réputation numérique

Pas facile de trouver un emploi quand notre vie privée un peu dissolue est accessible à tous en un clic de souris. Mais si on est prêt à payer, des entreprises peuvent réparer notre image sur le Web.

Comment laver sa réputation
Ill. : Andrew McConomy (Colagene.com)

Grâce à Filteris, entreprise établie à Stoneham, près de Québec, il est désormais possible de corriger sa réputation sur le Web. Fini les photos compromettantes, les règlements de comptes dans les forums, les campagnes de dénigrement sur la Toile… Une fois que Filteris se sera penchée sur votre cas, votre cyberréputation redeviendra blanche comme neige !

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« Maîtriser sa réputation en ligne est indispen­sable. Peu de gens en sont conscients, mais les employeurs « googlent » presque systématiquement le nom des candidats à un poste. Si l’information est négative, l’embauche peut être compromise », explique Jérôme Coutard, président de cette entreprise d’une quarantaine d’employés fondée en 2002. Ce Québécois d’adoption originaire du Mans, en France, propose un éventail de solutions aux personnes qui font appel à ses services. « Nous passons au crible toute l’information positive, neutre ou négative contenant le nom de notre client. En fonction du résultat, nous l’aidons à renforcer les paramètres de sécurité de son compte Facebook, à créer un blogue ou des profils dans les sites de réseautage professionnel Viadeo et LinkedIn pour ajouter du contenu positif en ligne et faire reculer les aspects négatifs dans les résultats de Google. »

Aux États-Unis et en Europe, où entreprises et particuliers sont de plus en plus conscients des enjeux liés à la cyberrépu­tation, des dizaines de boîtes tirent déjà profit de cette inquiétude liée à l’image numérique. Pas moins de 107 ont été recensées en France. Au Québec, le mouvement s’amorce doucement, dit Jérôme Coutard. Filteris fait partie de la douzaine de pionniers québécois dans ce domaine.

Les services de Filteris dépassent largement les frontières provinciales. Vingt-six de ses employés travaillent outre-Atlantique. Et pour cause : la majorité de ses clients se trouvent en Europe. C’est le cas de ce jeune Français – appelons-le Paul – dont la réputation a été lavée par l’entreprise l’an dernier. Paul a 18 ans. Il se prépare à entrer dans une prestigieuse école de commerce française. Malgré des études prenantes, les fins de semaine, il passe de belles soirées bien arrosées avec ses amis. Un jour, sa mère entre son nom dans Google et s’aperçoit que les photos de la vie nocturne de son fils sont accessibles à tous, y compris à ses futurs employeurs, par l’intermédiaire de son profil Facebook mal protégé. « Lorsque la mère de Paul a fait appel à nous, nous avons analysé la réputation en ligne de son fils et découvert qu’entre l’alcool et les bars, 70 % de l’infor­mation sur lui était négative, raconte Jérôme Coutard. Nous avons donc expliqué à ce jeune homme comment gérer sa cyberréputation. Nous avons sécurisé son compte Facebook et nous lui avons créé de bons profils dans LinkedIn et Viadeo. » Grâce à l’intervention de sa mère, les dégâts ont donc été limités pour Paul. Cette prestation n’est cependant pas à la portée de toutes les bourses, puisqu’elle a tout de même coûté plus de 5 000 dollars.

« Souvent, les gens n’arrivent pas à faire le lien entre la réalité et la vie dans Internet. Du coup, ils ne protègent pas assez leur information personnelle », déplore Camille Alloing, blogueur français connu du milieu grâce à son site CaddE-Réputation.

La stratégie adoptée pour corriger la réputation en ligne d’un client varie en fonction du problème à régler. « La majeure partie de notre travail réside dans la négociation », dit Xavier Desfeuillet, directeur général de Hington Klarsey, entreprise de veille numérique établie en Angleterre. On commence par élaborer un argumentaire juridique, explique-t-il. Puis, on retrouve la personne qui a médit du client, ou bien le modérateur du forum ou le responsable de la publication contenant les médisances, et on lui demande de retirer l’information. Dans les rares cas où cela ne fonctionne pas, on ajoute des éléments positifs ou neutres en ligne pour faire « reculer » les contenus négatifs dans Google.

Des entreprises comme Reputation Squad, en France – eh oui, elle porte un nom anglais ! -, ou l’américaine ReputationDefender proposent des forfaits permettant aux parents de surveiller la réputation en ligne de leur enfant pour 10 euros ou 15 dollars par mois… Pour Vincent Gautrais, professeur à l’Université de Montréal et spécialiste en droit électronique, ces pratiques traduisent un délire sécuritaire. « Ce qui me gêne, c’est la surprotection qu’on veut exercer sur les jeunes, dit-il. La solution n’est pas dans la surveillance, mais dans l’éducation. »

Le principe de la cybersurveillance des enfants ainsi que des adultes met en cause la protection de la vie privée. Surtout si, comme le pense Camille Alloing, des services tels que la surveillance électronique d’un conjoint apparaîtront d’ici peu. « Tant que les données sont accessibles dans Internet, et donc publiques, il n’y a aucune illégalité », affirme Vincent Gautrais. Pour autant, surveiller sa réputation en ligne peut sans aucun doute être un atout dans la vie personnelle et professionnelle. « Aujourd’hui, avec Internet, on ne peut pas échapper à cette notion de cyberrépu­tation. Alors pourquoi ne pas l’utiliser à bon escient ? » demande Albéric Guigou, président de Reputation Squad.