Comment le confinement m’a fait lâcher la bouteille

La pandémie change la vie, pour le pire mais aussi le meilleur. Magali Saint-Vincent y a trouvé sa mission : aider ceux qui, comme elle, choisissent de renoncer à l’alcool. 

Photo : Ariane Labrèche

Quelques semaines après le début du confinement ce printemps, la comédienne Magali Saint-Vincent a eu la surprise de devenir une sorte de bouée de sauvetage. Des amis se sont mis à envoyer des missives de détresse dans la boîte Instagram de cette femme de 26 ans, qui avait choisi d’y annoncer sa sobriété en janvier dernier. Eux aussi constataient soudainement toute l’ampleur de leur naufrage dans les vapeurs de l’alcool. 

« Tout d’un coup, avec le confinement, les appels à la consommation se sont évaporés. Il n’y avait plus de sorties dans les bars, dans les restaurants, plus de soirs de première ou de rendez-vous galants. Des gens m’ont dit avoir commencé à s’inscrire sur des sites de rencontres au plus fort de la pandémie pour avoir une raison de ne plus boire leur bouteille de vin seuls chez eux », raconte la jeune femme, assise dans une des chaises Adirondack installées dans la grande cour commune de son immeuble avant que Montréal soit désignée « zone rouge ».

Si Magali Saint-Vincent est devenue sans trop le vouloir un phare dans la nuit, c’est qu’elle a ancré un peu plus dans chaque message Instagram sa volonté de tourner la page sur ce qui avait gâché tant de moments de sa vie : l’alcoolisme. 

Depuis des années, Magali trouvait dans l’alcool une manière de noyer ses émotions négatives. Buveuse occasionnelle, elle perdait la maîtrise de sa consommation dans les moments plus difficiles. Elle est tombée de nouveau dans le piège pour surmonter un automne 2019 chaotique sur le plan personnel. Un soir, pendant un party de Noël, Magali, ivre, a engueulé quelqu’un. « Je me suis levée le lendemain matin avec la honte, la crainte de ce que j’avais pu faire la veille sans m’en rappeler, dit-elle. J’ai compris que je ne me sentais plus capable de vivre avec ce sentiment-là. » 

Au cours de vacances au Mexique avec son copain, pendant les Fêtes, elle a constaté l’ampleur de sa dépendance, car chaque visite à la plage devait s’accompagner de bières bien froides et chaque souper au restaurant devait être arrosé de téquila. En quittant le sable chaud pour remettre les pieds dans la neige, Magali s’est fait la promesse de lâcher la bouteille. Cette fois, pour de bon. 

Sortir la tête de l’eau

Sans alcool, les émotions qui tenaillaient Magali se sont mises à dégeler. « J’ai vraiment beaucoup pleuré au début. Je me suis isolée, parce que je ne voulais pas aller à des événements où j’allais être tentée de boire. En février, le Défi 28 jours sans alcool m’a donné un répit, mais c’est le confinement qui m’a le plus aidée », explique-t-elle en coinçant ses cheveux bruns derrière ses lunettes de soleil. 

Après un stress initial à l’idée de perdre le réseau de soutien qu’elle s’était bâti — sa psychologue, ses amis, les Alcooliques anonymes —, la jeune femme s’est rendu compte qu’il continuerait d’être là virtuellement. Le véritable travail a commencé à ce moment-là. 

Enfermée chez elle, Magali a appris à redéfinir ses limites. Elle a compris que plusieurs des certitudes qu’elle entretenait quant à elle-même s’écroulaient comme un château de cartes. L’impression qu’elle pouvait maintenir ce rythme de vie, faire la fête, était une illusion : la comédienne s’est surprise à somnoler dès 21 h. Elle a constaté que son besoin de consommer tirait sa source du désir de faire partie de la « gang », de trouver sa place dans les situations sociales.

Même si son entourage l’épaulait dans son cheminement, Magali s’est vite sentie très seule. Elle a fini par trouver sa bouée sur Instagram. À coups de mots-clics comme #sober ou #sobercurious, tout un réseau de jeunes ayant aussi fait le choix de la sobriété s’est révélé sur son téléphone. « Il n’y a pas beaucoup de ressources pour les Québécoises qui veulent être sobres, déplore-t-elle. La seule que j’ai trouvée et qui m’a vraiment aidée, c’est Éliane Gagnon. » Cette comédienne a écrit deux livres sur la sobriété et fondé le Soberlab, une plateforme en ligne consacrée au même thème. « J’ai aussi téléchargé les balados de la Fondation Jean Lapointe, qui regroupent des témoignages récoltés pour le Défi 28 jours sans alcool et des témoignages d’Alcooliques anonymes. Ces gens-là m’ont fait sentir normale », explique-t-elle. 

C’est un peu la mission que Magali Saint-Vincent s’est donnée pour l’avenir. Bien consciente de ne pas avoir de formation en intervention, elle souhaite tout de même épauler ses amis qui ont choisi, dans les derniers mois, de se détourner de la consommation. Inspirée par des témoignages comme celui de l’ancien footballeur Étienne Boulay, elle rêve de lancer un mouvement québécois de sobriété. « Il y a tellement de gens qui souffrent en silence. Si on est quelques-uns à parler et si ça peut accrocher juste une personne, ça va mieux aller », croit-elle. 

Six mois après le début du confinement, Magali continue de réparer les pots cassés. Elle a choisi d’aller au-devant de la honte qui la gruge encore trop souvent quand elle repense aux gestes qu’elle a faits sous l’influence de l’alcool. Se faire pardonner tient plus du marathon que du sprint. 

« C’est un travail de fond. Ce n’est pas un régime ou un défi 28 jours. La sobriété, ce n’est pas arrêter de boire. C’est régler les choses qui te font boire. C’est ça, le vrai défi », conclut Magali.

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Bravo pour cette belle implication et pour toute la volonté qui vous garde loin de l’alcool.
Soyez-en fière, d’autant plus que vous êtes maintenant un phare pour bien d’autres.
Rita

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Madame,
Je vous supporte car la consommation d’alcool est très difficile à contrôler!
Merci de fournir des références pour accompagner une nouvelle tentative de sevrage.
Bonne chance !

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