Confinement jour 1 000

J’ai tout fait là, avec les enfants. Des recettes. Des maudites recettes. Là, j’apprends à couper les cheveux de mes fils. J’y ai même pris goût. Ils sont tellement beaux. 

Photo : L'actualité

Ok, donc on en est où, là ? Jour 1 000 ? 2 000 ? On sait plus. On est rendu en mode « gentil zombie ». Cheveux en bataille, mains très, très propres… Le reste du corps ? Meh. Les mains ? Très, très propres. Les dents ? Pas sûr. De toute façon, tu vois personne à moins de deux mètres, tu peux largement arrêter de te laver. Et techniquement si t’arrives à être sale et que ça se sente à plus de deux mètres, ça va encore plus éloigner les gens et tu vas sauver des vies.

J’ai tout fait là, avec les enfants. Des cabanes, des jeux de société, des jeux vidéo, de l’école, des recettes. Des maudites recettes. Des recettes où ils veulent (adorablement) t’aider, mais ils font absolument n’importe quoi. Tu passes plus de temps à éviter des désastres, des coquilles d’œufs, des explosions de farine qu’à cuisiner. Et Dieu sait que ces temps-ci, la farine vaut plus que nos vies, c’est pas le temps que la petite échappe le sac.

Mais je fais des recettes. J’ai appris à faire de la pâte à choux. Maintenant je ne peux plus m’arrêter. Ça m’a fait ça aussi, enceinte de ma fille. J’ai appris à faire de la pâte à tarte, j’en ai fait pendant neuf mois. Espérons que ce truc qu’on vit ne dure pas neuf mois, mais si ça peut vous donner un peu d’espoir, au bout de neuf mois j’ai eu une très belle petite fille, mais qui aide n’importe comment pendant les recettes.

On est quel jour ? Personne sait. De toute façon, demain sera comme aujourd’hui, qui était déjà comme hier. Une sorte de long sirop qui coule pas. Du ketchup dans une bouteille en vitre. Et maudit qu’on voudrait taper sur les journées pour que les heures sortent plus vite. Enweille ! Déjà que je crie après la courbe chaque jour à 13 h pour qu’elle s’aplatisse, la maudite. Aplatis, maudite courbe !

Mais ça passe pas vite. Dans un autre siècle, c’est-à-dire le mois dernier, j’étais connue comme étant l’auteure du livre « La vie n’est pas une course ». Bon, maintenant je suis à peine auteure, à peine humoriste aussi, je suis surtout mère de famille et femme de ménage. Cela dit, je suis encore d’accord avec moi-même, la vie n’est pas une course. L’ensemble de mon propos dans ce livre se résumait à ceci : la vie n’est pas une course parce que dans une course il faut deux choses ; aller vite et que quelqu’un gagne, et dans les deux cas ça m’emmerde. La vie n’est pas une compétition et il y a un rythme aux choses, certes, mais là j’avoue que je trouve ça un tantinet lent.

Y aurait moyen de décélérer ce qu’on faisait avant, mais d’accélérer un peu ce qu’on fait maintenant. En attendant, j’apprends à couper les cheveux de mes fils. J’y ai même pris goût. Ils sont tellement beaux. Tant qu’à avoir fait leurs faces, je suis heureuse d’apprendre à faire la finition. Le problème, c’est que je peux pas arrêter de les regarder, quand ils me parlent j’écoute encore moins, je fais juste regarder mes œuvres. Vouloir corriger leurs cheveux. J’ai que ça à faire.

Quand tout ça sera terminé, j’espère qu’on se souviendra de ça. Notre incroyable capacité d’adaptation. Notre résilience, notre capacité à tenir bon et à se mettre à faire de la pâte à choux à la recherche du normal.

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Les commentaires sont fermés.

Un p’tit côté humour-poétique. J’aime bien !
Mais, madame Léa, laissez moi vous dire juste une chose. La crise actuelle nous force tous à prendre les choses ¨lentement, longuement lentement, exaspérément lentement¨… mais, sachez que lorsque vos ¨chef-d’oeuvres¨ ne seront plus à la maison (ça, c’est dans quelques semaines à peine), vous voudrez bien ralentir le galop du reste de la vie, mais vous n’y pourrez rien non plus. Alors, souriez, ¨ça va bien aller¨, ils l’ont dit !!!
Bonne journée

La bonne nouvelle finalement, c’est qu’après 3 ou 4000 jours (durée fictionnelle) de confinement, les enfants devraient être pas mal capables de faire les recettes correctement…. La pâte va monter inéluctablement. Il reste encore un peu d’espoir.

La lenteur, la paresse peuvent parfois devenir des vertus. Prenons le temps de vivre. Comme l’a si bien démontré Albert Einstein, la vitesse, c’est d’abord du temps. La lenteur quelquefois apporte du temps au temps, donc sans en avoir l’air nous allons plus vite et plus loin dans nos déplacements.

— Allez, lâchez pas !

C’était absolument de vous lire! Merci pour ce clin d’œil! On est certainement dans la même galère!!! À bientôt, bon courage et restez en santé!
Sonia

Stephen Harper?
On n’a plus besoin de lui. Il a fait assez de tort au pays comme ça. Qu’il écoute le dernier verdict de l’élection du 19 octobre 2015.

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