Coup de pep à Baie-Comeau

Des bateaux de croisière y accosteront bientôt. Le chantier hydroélectrique de La Romaine apportera son lot de travailleurs dans la région. Et le Jardin des glaciers séduit les touristes. Ça sent la relance !

Coup de pep à Baie-Comeau
Photo : Marc Loiselle

Si Napoléon-Alexandre Comeau voyait ça ! La ville côtière industrielle et grisâtre nommée en l’honneur de ce naturaliste du 19e siècle met autant d’énergie à changer de vocation que lui-même en a mis à sauver deux frères prisonniers des glaces du Saint-Laurent, en 1886 ! Réfection des infrastructures, revitalisation du quai municipal, essor du tourisme… Ce ne sont que quelques-uns des éléments du renouveau de la ville de 23 000 habitants, connue jusque-là pour son aluminerie et sa papetière.

« Ceux qui pensent que Baie-Comeau est une ville sans attraits n’y ont sûrement pas mis les pieds depuis longtemps », dit Caroline Paquin, directrice des opérations du Drakkar, l’équipe locale de la Ligue de hockey junior majeur du Québec.

Baie-Comeau s’est d’abord développée autour de la Quebec North Shore Company, une papetière construite en 1937 par le propriétaire du Chicago Tribune, Robert McCormick, pour approvisionner son journal en papier. La vocation industrielle se fait toujours sentir : les principaux employeurs demeurent Hydro-Québec, le céréalier Cargill, l’aluminerie Alcoa, la papetière AbitibiBowater. Mais il y a 15 ans, la municipalité a voulu diversifier son économie, pour ne pas dépendre de la mono-industrie en cas de déclin de celle-ci. « Le tourisme est alors apparu comme une option à privilégier », dit Raynald Tremblay, directeur des res­sources humaines, du tourisme et du service à la clientèle de la Ville.

On a commencé, raconte-t-il, par rendre les Baie-Comois fiers de leur ville en organisant des visites guidées, « pour qu’ils prennent conscience de ses attraits ».

Le centre-ville a subi toute une cure de rajeunissement ces dernières années. Dans l’artère commerciale, à la Place La Salle, les bars de danseuses ont été remplacés par une galerie d’art, un bistrot, un café, un restaurant de sushis, une épicerie fine… Des façades ont été retapées, les trottoirs élargis et jalonnés d’arbres. Au cours de l’été, on inaugurera une aire publi­que, avec une fontaine et assez d’espace pour aménager un marché en plein air.

Ce que beaucoup de Baie-Comois ignoraient, c’est qu’à cinq kilomètres du centre-ville les parois qui plongent dans le fleuve sont marquées par des cannelures, des sillons rabotés dans le roc par les mouvements de l’inlandsis Laurentien, ce glacier de plusieurs kilomètres d’épaisseur qui recouvrait le Canada il y a 20 000 ans. En se retirant progressivement, celui-ci a entraîné la naissance de la mer de Goldthwait, laquelle a laissé un banc de coquillages unique au monde lorsqu’elle s’est retirée à son tour, il y a 8 000 ans. Haut de 15 m par endroits, le banc de coquillages est situé à 13 km à l’intérieur des terres, en pleine forêt boréale !

C’est notamment pour mettre ces beautés naturelles en évidence que Baie-Comeau a aménagé le Jardin des glaciers, pour la somme de 13,2 millions de dollars, ouvert au public depuis 2003. Anciennement connu sous le nom de Centre boréal du Saint-Laurent, ce site comprend également un parc d’aventures quatre fois grand comme le mont Royal. Chaque année, 18 000 touristes viennent y faire du kayak de mer et de la randonnée, s’élancer dans le vide sous de longues tyroliennes (des câbles de fer suspendus) ou emprunter la plus longue via ferrata (un parcours à flanc de falaise sécurisé par un câble fixé dans le roc) d’Amérique du Nord.

L’an dernier, le Jardin des glaciers inaugurait sa Station d’exploration glaciaire. Aménagée à l’intérieur d’une ancienne église, la Station présente un spectacle multimédia portant sur l’ère glaciaire et les changements climatiques, à grand renfort d’effets spéciaux, dont du vent et de la bruine qui vous chatouillent le visage pendant que des images sont projetées sur le plus vaste écran d’eau au Canada.

Depuis 2007, Baie-Comeau se situe également au cœur de la réserve mondiale de la biosphère Manicouagan-Uapishka, la plus vaste réserve du genre au Canada. Elle s’étend sur 54 800 km² – c’est plus que le Costa Rica -, du Saint-Laurent jusqu’à l’île René-Levasseur, 250 km plus au nord.

Plus que des aires protégées, les réserves de la biosphère créées par l’Unesco visent à préserver la biodiversité d’un lieu, tout en encourageant la gestion responsable de l’activité économique et industrielle déjà en place. « Huit entreprises ont formé une coopérative pour embaucher une écoconseillère et se doter d’une politique de développement durable », explique Christian Bouchard, président du conseil d’administration de la réserve et directeur général du Jardin des glaciers.

Christian Bouchard se plaît à dire que l’Unesco cite cette réserve en exemple « parce qu’elle a unifié tout le monde dans la région ». Il aura en effet fallu six ans de rencontres et de coopération entre une cinquantaine d’acteurs aux intérêts parfois divergents : industries lourdes, PME, élus, entreprises touristiques, environnementalistes… Même la communauté innue de Pessamit a participé à la création de la réserve, preuve que les relations avec les Premières Nations peuvent être bonnes (des prises de bec ont eu lieu il y a quelques années à propos de la Kruger).

« Il n’y a pas si longtemps, on avait de la difficulté à garder nos jeunes ; aujour­d’hui, on les voit de plus en plus revenir », constate la mairesse, Christine Brisson, 46 ans, élue en novembre dernier. Même les retraités reviennent, grâce à la cons­truction du Château Bellevue, une résidence pour personnes âgées autonomes, dont les 150 logements se sont envolés en deux semaines.

D’autres choisissent de s’établir dans la ville natale de Brian Mulroney et de la cinéaste Manon Briand – qui a tourné à Baie-Comeau La turbulence des fluides -, attirés par la quiétude et la qualité du milieu de vie. « Ma conjointe et moi en avions assez du stress de Montréal », dit François Gariépy, producteur télé installé à Baie-Comeau depuis un an. Sa maison de production, Biosphère Télévision, alimente RDS (avec Bio Action Sports, sur les compétitions sportives et le plein air) et VOX (avec Sprint, sur les compéti­tions cyclistes). En avril, François Gariépy lancera une webtélé consacrée au tourisme, au plein air et à la culture, Escapades.tv, sur laquelle il retransmettra le Championnat du monde de paracyclisme sur route, qui se déroulera à Baie-Comeau en août et dont il est l’instigateur.

Pendant près d’une semaine, on entendra parler cingalais, allemand et suédois dans les rues, alors que quelque 500 cyclistes handicapés et leurs accompagnateurs de 40 pays seront sur place pour participer à la manifestation.

En août, le Centre des arts et de la culture Alcoa, un théâtre rénové et agrandi pour le coût de 10 millions de dollars (à l’aide, entre autres, d’un don d’un million d’Alcoa), sera aussi inauguré. L’immeuble de facture moderne et épurée amalgamera granit, verre et aluminium, et il comptera deux salles de spectacle, de nouveaux studios ainsi qu’un équipement dernier cri.

Le chantier hydroélectrique de La Romaine, qui débutera normalement en 2011 ou 2012, nécessitera par ailleurs l’arrivée massive d’ouvriers sur toute la Côte-Nord. La Ville a entamé un plan triennal de 90 millions pour la réfection de routes et de la station d’épuration. On embellira également la zone portuaire.

Depuis plusieurs années, le quai de Baie-Comeau, en forme de « L » et ouvert sur l’immensité de la « mer », comme on dit là-bas, est grillagé et fermé au public, pour des raisons de sécurité. Le projet de Carrefour maritime, qu’on lancera dès l’obtention des subventions, vise à rendre le quai accessible de nouveau. La Ville rêve d’y aménager une promenade piéton­nière et un bâtiment d’accueil avec aire de restauration. Pour les résidants, mais aussi pour les croisiéristes, qu’on espère de plus en plus nombreux à Baie-Comeau.

Deux paquebots de 1 258 et 2 104 passagers (le Maasdam et l’Eurodam) ont confirmé leur présence pour l’automne prochain. Le Balmoral, un navire de 1 350 passagers, devrait aussi revenir cette année. En 2011, on prévoit doubler le nom­bre de croisiéristes. Et à en croire Raynald Tremblay, ce n’est là qu’un début.

« Idéalement, nous aimerions accueillir des croisières internationales de mai à octobre, dit-il. Le potentiel est là : en 2012, 30 nouveaux paquebots seront inaugurés dans le monde. » Nul doute que s’il parvient à ses fins, on n’a pas fini d’entendre parler anglais, néerlandais et norvégien dans les rues de Baie-Comeau.

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