Covidences : vraies confidences, fausses conclusions

Une bande-annonce a agité le web à la fin août. Certains ont applaudi l’annonce du film Covidences, un récit « alternatif » aux informations des médias traditionnels, d’autres se sont empressés de s’en moquer. Épreuve des faits.

Crédit : L'actualité

La bande-annonce laisse d’abord la parole à la comédienne Lucie Laurier, figure de proue du mouvement opposé aux mesures sanitaires imposées par le gouvernement. Suivent une spécialiste des jeux d’adresse, une hypnologue, une infirmière d’Info-Santé, une enseignante. Toutes remettent en question les mesures prescrites pendant la pandémie.

La soirée de lancement du film Covidences n’est prévue que le 6 septembre, au Verger Blanchard, dans la région de Drummondville, mais déjà, la bande-annonce est devenue virale. Certains ont applaudi à l’annonce de ce récit parallèle à celui des médias traditionnels, présenté par le groupe Appel à la liberté — Action citoyenne pacifique (AAL), qui diffuse de nombreuses théories depuis le début de la pandémie, notamment celle voulant qu’il s’agisse d’une vaste supercherie. D’autres se sont empressés de s’en moquer. Si bien qu’en quelques jours, la bande-annonce a été vue plus de 260 000 fois. 

Covidences « est un heureux mélange entre constats professionnels et témoignages personnels sur la situation dans laquelle cette crise mondiale nous plonge, tous les peuples », explique un des cofondateurs d’AAL, Joël Hamel-Hogue. Il ne présente aucun spécialiste du virus. Reste que la bande-annonce, qui dure un peu plus de deux minutes, présente quatre faits, que L’actualité a mis à l’épreuve auprès de scientifiques. 

 

Affirmation 1 : « Le virus perd de l’intensité, mais les mesures sont de plus en plus excessives. »

« Posez-vous la question : pourquoi ? » demande Geneviève Guérin, présentée dans la vidéo comme une coach en programmation neurolinguistique.

L’actualité a posé la question au Dr Benoit Mâsse, professeur à l’École de santé publique de l’Université de Montréal et chef de l’Unité de recherche clinique appliquée au Centre hospitalier universitaire Sainte-Justine : « Le virus ne s’est pas atténué, ne s’est pas affaibli; l’épidémie est sous contrôle parce qu’on a mis en place des mesures préventives. Lorsqu’elles fonctionnent, on a l’impression qu’on a fait ça pour rien. Et ça, c’est un paradoxe. »

Le docteur en santé publique à Montréal Carl-Étienne Juneau ajoute que le nombre quotidien de nouveaux cas et de décès a bel et bien diminué cet été au Québec, mais qu’il y en a toujours beaucoup ailleurs dans le monde, notamment aux États-Unis et au Brésil. « Comment expliquer la différence ? Il faut regarder du côté des mesures qui ont été mises en place ici, et beaucoup moins dans ces pays-là », explique-t-il.

Et les mesures sont-elles « de plus en plus excessives » ? Pas selon les deux spécialistes. « En rouvrant les classes, en permettant les petits regroupements, en autorisant les sports, ça permet énormément de contacts dans la société. C’est moins restrictif qu’avant, indique le Dr Mâsse. Si les mesures sont levées lentement, c’est pour éviter un deuxième confinement. »

 

Affirmation 2 : « De l’âge de 0 à 7 ans, on va conditionner énormément de choses à l’intérieur de l’esprit de l’enfant. J’ose à peine imaginer ce qu’un enfant de 6 ans peut enregistrer dans son subconscient lorsqu’il est constamment confronté à des idées de peur, des idées de distanciation physique. »

Cette affirmation de l’enseignante Mélanie Daigneault « n’est fondée sur aucune évidence scientifique », indique Sylvana Côté, professeure à l’École de santé publique de l’Université de Montréal et directrice du Groupe de recherche sur l’inadaptation psychosociale chez l’enfant. « Il n’y a absolument aucune preuve que [ces mesures] interfèrent avec le développement de l’enfant. Le développement humain est déterminé par de multiples facteurs, les enfants sont hyper résilients. »

La manière dont l’enfant perçoit les mesures sanitaires relève surtout du comportement des parents : s’ils sont calmes, l’enfant n’aura pas peur, selon la professeure au Département de médecine sociale et préventive. « Et ça sera le contraire si vous dites à votre enfant qu’un complot [le vise] », souligne-t-elle.

 

Affirmation 3 : « Au moment où le cerveau perd ses repères, y a une espèce de dissonance cognitive qui s’installe, pis la personne perd son autonomie à choisir pour elle. »

Cette déclaration vient d’une « hypnologue anonyme » qui, selon le psychologue Francis Lemay, n’a « pas compris à quoi la dissonance cognitive fait référence ».

Francis Lemay, psychologue clinicien en pratique privée, définit le concept comme un inconfort qui se présente lorsqu’une personne se trouve devant deux croyances incohérentes, ou lorsque ses actions sont incohérentes avec ses valeurs personnelles. Par exemple, la dissonance cognitive pourrait se produire lorsqu’un fumeur lit une étude sur les effets nocifs du tabac; celui-ci sera peut-être poussé à justifier son habitude par un fait qu’il estime positif, par exemple que fumer le détourne de son envie de grignoter, ce qui l’aide à rester mince.

La dissonance cognitive n’a rien à voir, donc, avec la perte d’autonomie.

Il existe certes des situations pouvant générer beaucoup d’anxiété, et il est possible que, pendant un court laps de temps, on prenne « des décisions impulsives, irréfléchies, nuance le psychologue. Mais on ne peut certainement pas parler de perte de contrôle totale. »

 

Affirmation 4 : « De croire en les 5 600 morts, que ces cas-là sont vraiment décédés de la COVID, c’est de vivre dans une bulle. »

Cette déclaration faite par Amélie Cyr, qui porte le titre d’agente professionnelle de jeux d’adresse, fait écho à la théorie très populaire selon laquelle le gouvernement du Québec a gonflé les chiffres et a faussement attribué des décès au coronavirus. 

On doit une grosse partie du succès de ce faux scandale au Québec au youtubeur Alexis Cossette-Trudel, qui consacre plusieurs vidéos au sujet. 

L’équipe des Décrypteurs, à Radio-Canada, a publié récemment une analyse fouillée discréditant les théories qui circulent à propos du nombre de morts attribués à la pandémie. Vous pouvez consulter cet article ici.

 

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