Crimes sexuels : le chef d’état-major de la Défense déclenche une enquête

«J’ai ordonné un examen interne immédiat de nos politiques et de nos programmes relatifs au milieu de travail, et un engagement de la direction.»

Parade à la base de Kandahar. Les Forces comptent environ 15 % de femmes. Dans certains rangs, il règne encore un climat de sexisme, voire d'hostilité ouverte envers elles. (Photo: Cplc Robert Bottrill, caméra de combat / © DND-MDN Canada)
Parade à la base de Kandahar. Les Forces comptent environ 15 % de femmes. Dans certains rangs, il règne encore un climat de sexisme, voire d’hostilité ouverte envers elles. (Photo: Cplc Robert Bottrill, caméra de combat / © DND-MDN Canada)

«Surpris» et «troublé» par l’enquête de L’actualité sur les crimes sexuels dans l’armée, le chef d’état-major de la Défense nationale, le général Tom Lawson, annonce qu’il déclenche un rare examen spécial sur les politiques et programmes des Forces canadiennes en matière de viols, d’agressions et de harcèlement sexuel.

Dans un communiqué émis en fin de journée jeudi, Tom Lawson affirme qu’il prendra les moyens pour agir. «J’ai ordonné un examen interne immédiat de nos politiques et de nos programmes relatifs au milieu de travail, et un engagement de la direction. De plus, je tiendrai compte des options d’examens externes», a-t-il affirmé.

Chaque jour, cinq personnes sont agressées sexuellement dans les Forces canadiennes. Femmes. Hommes. Cadets. Soldats. Techniciens. Pilotes. Marins. Ingénieurs. Militaires du rang ou officiers étoilés. Aucun métier, aucun grade, aucune base au pays n’y échappent.

Pendant un an, L’actualité a enquêté sur ce cancer qui ronge l’institution militaire depuis des années, et auquel aucun remède n’a encore été trouvé.

En réaction aux révélations, le général Lawson réitère que les agressions sexuelles sont un crime. «Il s’agit d’un acte abominable et répréhensible qui va à l’encontre de l’ensemble de l’éthos militaire. Je n’accepte d’aucune source qu’il s’agit tout simplement d’un élément de la culture militaire: ce n’est pas le cas. L’inconduite à caractère sexuelle n’est pas et ne sera jamais tolérée. Il s’agit d’un message que je renforce à l’échelle de la chaîne de commandement», a-t-il dit.

Le chef d’état-major, grand patron des Forces canadiennes, veut réviser les mesures en place pour assurer aux soldats, hommes et femmes, un environnement de travail adéquat. «C’est notre devoir de fixer une norme de respect en milieu de travail, de maintenir cette culture au moyen de formation et d’apprentissage, et d’assurer le respect mutuel par l’entremise d’un renforcement clair et sans ambiguïté des règlements qui protègent le milieu de travail», a-t-il déclaré.

Les Forces canadiennes, comme le démontre notre enquête, appliquent déjà une politique de «tolérance zéro» depuis des années, mais avec un succès mitigé. C’est peut-être la raison pour laquelle se retrouvent les mots «options d’examens externes» dans le communiqué de presse du général Lawson. Peut-être qu’un comité indépendant pourrait déceler des failles dans le système de l’armée.

D’autres pays dans le monde ont lancé de vastes réformes pour s’assurer de la confiance des victimes et de la population envers le système de justice militaire. Le Canada, de son côté, tarde à suivre ses alliés, notamment la Grande-Bretagne, la France, l’Allemagne, la Belgique et les Pays-Bas.

La réaction du général Tom Lawson est tombée quelques minutes après celle du ministre de la Défense, Rob Nicholson. «Aucun acte d’inconduite sexuelle ne sera toléré au sein des Forces armées. J’ai demandé au chef d’État-majeur de la Défense de tirer cette affaire au clair», a soutenu M. Nicholson.

Le ministre conservateur se dit «profondément fâché d’être mis au fait de ces allégations d’agressions sexuelles». Rob Nicholson affirme que depuis 2006, le gouvernement «a mené le combat au nom des victimes, et a amélioré les lois du pays pour lutter contre le harcèlement sexuel».

Cette réaction en chaîne s’est produite quelques heures à peine après la sortie de notre enquête en version électronique (iPad et Google Play — la version papier étant disponible le vendredi 25 avril) et sa reprise par Maclean’s dans l’édition du magazine en kiosque jeudi. Depuis un an, L’actualité a rencontré une douzaine de victimes qui ont accepté de témoigner et de révéler leur identité. Nous avons visité plusieurs bases au pays et en Afghanistan, assisté à des procès en cour martiale, épluché des dizaines de jugements et de rapports internes obtenus en vertu de la loi d’accès à l’information. Nous avons interrogé des psychologues, des enquêteurs et des avocats pour tracer les contours de ce fléau qui brise des vies et des carrières par milliers.


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Vous trouverez l’enquête complète de 16 pages dans le numéro du magazine L’actualité en kiosque à partir du 25 avril et en édition électronique (iPad et Google Play) à partir du 24 avril.

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Thank you for telling our story. As a survivor of military rape, your reporting was spot on and well done. Thank you for allowing us to safely come out of hiding and tell our stories.