Dans la peau d’une juge

Tout comme les athlètes, les juges doivent trimer dur pour obtenir un laissez-passer pour les Jeux olympiques. La Québécoise Hélen Laliberté a mis 38 ans avant d’avoir le sien.

Photo: Grace Chiu/Graceclick

Quand elle pénétrera dans l’enceinte du « O2 », comme on surnomme le stade en bordure de la Tamise où auront lieu les compétitions de gymnasti­que artistique, Hélen Laliberté tâchera de se tenir droite, la tête haute, et de maîtriser le flot d’émotions qui l’envahira. « Je vais représenter mon pays, dit-elle. C’est excitant et stressant ! »

À 54 ans, elle participera à ses premiers Jeux olympiques à titre d’officielle, un honneur réservé à une seule autre Québécoise depuis l’admission des femmes à cette fonction, en 1928. « C’est l’aboutis­sement de toute une vie », dit-elle, assise sur un matelas d’entraî­ne­ment du club Gymnix, au com­plexe sportif Claude-Robillard, à Montréal. « J’ai aidé beaucoup de jeunes athlètes à atteindre leur rêve d’être sélectionnées aux Jeux olympiques. Je vis exac­te­ment la même émotion. »

Tout comme les gymnastes à qui elle attribuera ses notes aux barres asymétriques, à la poutre, à la table de saut et au sol, cette femme svelte aux traits fins a trimé dur pour obtenir son laissez-passer pour Londres. Voilà plus de 38 ans que cette ancienne gymnaste officie dans des tournois, dont 20 ans sur la scène internationale.

Après avoir enseigné quelques années à l’école primaire, elle se consacre désormais à temps plein à sa profession de juge et de responsable des officiels à la Fédération de gymnastique du Québec. Et elle ne chôme pas.

Elle doit s’assurer de connaî­tre sur le bout des doigts le volumineux code de pointage de la Fédération internationale de gymnastique, une « bible » régulièrement mise à jour pour refléter l’amélioration des athlètes et l’augmentation du niveau de difficulté de leurs programmes.

Hélen Laliberté est bien consciente de la méfiance que les sports jugés inspirent à une partie du public. Elle a elle-même été témoin de pratiques dou­teuses. Des juges étrangers ont déjà tenté, en vain, de l’influencer en lui offrant des cadeaux (stylos de prix, bijoux, etc.) avant une compétition. D’autres, soutient-elle, ont déjà conclu des ententes pour « s’entraider » – et améliorer le classement des athlètes de leurs pays respectifs. Mais cette époque est révolue, jure Hélen Laliberté.

Lors des compétitions internationales, un programme informatique analyse chacune des notes pour détecter d’éven­tuelles anomalies. Si un juge se montre systématiquement plus généreux envers les athlètes de son pays (ou plus sévère envers leurs concurrents directs), il sera retiré illico.

« Les gens qui disent que tout est faussé ont tort, dit Hélen Laliberté. Tout est codifié, il ne reste qu’une part infime de subjectivité. »

À Londres, les gymnastes ne seront pas seuls à attendre nerveusement les notes attribuées à leurs performances. Les juges aussi… « On n’a qu’une vingtaine de secondes pour compiler nos notes. On veut savoir si on a vu la même chose que les autres, explique Hélen Laliberté. Ça aussi, c’est stressant. »

***

« Si Nadia Comaneci a eu des notes de 10 aux Jeux de Montréal, en 1976, ce n’est pas parce qu’elle était parfaite, mais parce qu’elle avait atteint les limites du code à l’époque, dit Hélen Laliberté. Le niveau de difficulté et les exigences de précision dans l’éxécution ont tellement augmenté qu’avec le même programme, aujourd’hui, elle ne pourrait même pas se qualifier pour Londres. »

(Photo : Alfo Foto Agency)

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