Dans les coulisses du financement politique

En Colombie-Britannique, un tête-à-tête avec la première ministre libérale, Christy Clark, coûte la modique somme de 20 000 dollars. Ça s’achète, en toute légalité.

La libérale Nathalie Normandeau devait récolter 100 000 dollars, un objectif fixé par son parti. En Ontario, la cible pouvait atteindre 500 000 dollars! (Photo: Jacques Boissinot/La Presse Canadienne)
La libérale Nathalie Normandeau devait récolter 100 000 dollars, un objectif fixé par son parti. En Ontario, la cible pouvait atteindre 500 000 dollars! (Photo: Jacques Boissinot/La Presse Canadienne)

En Ontario, les ministres libéraux de Kathleen Wynne ont chacun un objectif « confidentiel » de financement du parti pouvant atteindre… 500 000 dollars ! Merci au Toronto Star pour cette révélation. De même, un récent cocktail réunissant des puissants du monde de l’énergie se monnayait 6 000 dollars par participant et promettait un accès inégalé au ministre de l’Énergie ontarien.

Comme une allumette enflamme un tas de brous­sailles, l’arrestation de Nathalie Normandeau a réveillé l’intérêt des journalistes canadiens-anglais pour les pratiques en matière de financement des partis politiques en vigueur dans leur province. La récolte est si abondante qu’on se demande comment autant de commentateurs canadiens-anglais peuvent continuer à se gausser du Québec, prétendument la « province la plus corrompue du pays ».

Le fait est que si des accusations ont été portées contre l’ex-ministre Nathalie Normandeau, le 17 mars 2016, c’est justement parce que les lois sur le financement des partis politiques sont plus sévères au Québec que dans la plupart des autres provinces canadiennes.

Même les lobbyistes ontariens appellent de leurs vœux des règles plus strictes. Ils en ont marre de se faire harceler pour des dons. La première ministre, Kathleen Wynne, a promis un plan pour l’automne.

Lorsque des soirées privées de collecte de fonds rassemblent des dirigeants d’entreprise qui ont payé de 5 000 à 10 000 dollars pour avoir l’honneur de casser la croûte avec un ministre, on peut présumer qu’ils ne deviseront pas de météo ou du prochain gagnant de la Coupe Stanley.

En Ontario, en décembre 2015, des banquiers ont fait la promotion d’un souper libéral à 7 500 dollars le couvert avec les ministres des Finances et de l’Énergie. On comprend mieux leur intérêt quand on se souvient que les six banques impliquées dans l’entrée en Bourse de Hydro One — le distributeur public a vendu 15 % d’actions — ont empoché 29,3 millions de dollars dans l’opération. Les défenseurs des moins riches auront-ils autant l’oreille de ces ministres lorsque viendra le temps de choisir des politiques publiques ?

En démocratie, personne ne devrait pouvoir « acheter » l’écoute d’un ministre, encore moins d’un premier ministre. Au lieu de jouer les vierges offensées pendant la commission Charbonneau, le reste du Canada aurait dû applaudir la détermination et les efforts du Québec pour assainir les pratiques.

En Colombie-Britannique, les libéraux estiment que publier les noms des importants donateurs, comme ils le font, efface le risque d’influence indue. La couleuvre est un peu grosse à avaler.

En 2006, le gouvernement conservateur de Stephen Harper a interdit les dons faits aux partis fédéraux par des syndicats et de grandes sociétés, comme cela est proscrit au Québec pour les partis provinciaux et, depuis quelques années, en Alberta, au Manitoba et en Nouvelle-Écosse.

Certes, financer un parti à coups de dons individuels d’au plus 100 dollars n’est pas chose aisée. La commission Charbonneau a montré qu’aucun système n’est infaillible. Il faut ouvrir la discussion afin de trouver d’autres méthodes pour que les partis aient les moyens de nourrir le débat démocratique. Mais on peut certainement espérer qu’au lieu de persifler, les autres provinces commenceront par faire le ménage dans leur cour.

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Même si la PM Clark trouve ça correct de se vendre aux riches et puissants à coups de milliers de dollars, ce n’est pas l’opinion de l’opposition officielle de la province, le BC-NDP. D’abord, il faut dire que les BC Liberals sont en fait une coalition conservatrice et plusieurs éléments conservateurs qui ont perdu leurs emplois suite à la dernière élection fédérale ont été récupérés par le gouvernement Clark. Ensuite, il faut mentionner que le BC-NDP est un peu hypocrite car ils ont été au pouvoir pendant plusieurs années jusque dans les années 2000 mais ils n’ont rien fait pour changer le financement politique. Enfin on peut aussi mentionner que comme le gouvernement Harper, le gouvernement des BC Liberals ne se gêne pas pour faire de la propagande politique à même les fonds publics et ce à la veille d’élections générales qui doivent avoir lieu l’an prochain… La culture politique au Canada anglais est loin d’être un exemple de probité et d’intégrité et ils n’ont certainement pas de leçons à donner au Québec à cet égard!

Par contre, il ne faut pas oublier que la corruption et le détournement de fonds sont des crimes en vertu du Code criminel fédéral et que les politiciens de tout acabit et de toutes les provinces et territoires y sont soumis – s’il n’y a pas de poursuites ailleurs au pays c’est probablement à cause d’une culture politique dépassée, à la « tolérance » plus élevée et qui ferme les yeux sur ce genre de conduite…