De la guerre au Liban au confinement en CHSLD

Wady Salem, 41 ans, vit dans un CHSLD. Il était jusqu’au début de la crise un être sociable, relativement autonome, qui sortait de son centre pour voir ses amis. Aujourd’hui…

Images sources : Pixabay

Wady Salem est atteint d’une maladie rare. Un mélange de paralysie cérébrale et de dystrophie musculaire. « On me donnait la vie jusqu’à 20 ans et j’en ai maintenant 41. » Non seulement est-il encore en vie, mais cette force de la nature a fait des études en informatique et a travaillé dans le domaine, jusqu’à ce que son corps le lâche. Il vit aujourd’hui en CHSLD. Confiné.

« J’ai vécu la guerre du Liban, mais dans ma situation actuelle, je dois dire que c’est pire. »

Pour Wady Salem et ses voisins, le confinement est d’une souffrance insupportable : « On est cloîtrés, on ne peut entrer ni sortir. Heureusement, je me suis fait deux amis, de 57 et 67 ans, c’est-à-dire les plus jeunes du CHSLD. »

Les règles de confinement qui prévalent dans les résidences pour aînés et les CHSLD sont certainement issues du bon sens, mais pas sans impacts sur les usagers. 

Wady Salem et son amie, Émilie Guérin (Photo : D.R.)

Wady Salem était jusqu’au début de la crise un être sociable, relativement autonome, qui sortait de son centre pour voir ses amis. Aujourd’hui, il n’a plus ce plaisir. Il n’a d’autre choix que de vivre dans un corps et un environnement où l’isolement est quotidien.

Sur le plan financier, son compte en banque n’a rien de reluisant. Il bénéficie des prestations du Programme de solidarité sociale pour personnes avec contraintes sévères à l’emploi, qui subit une ponction automatique pour financer les services qu’il reçoit en CHSLD. Au bout du mois, il n’a qu’entre 200 et 250 dollars pour ses dépenses personnelles, ce qui comprend téléphone, internet et carte d’autobus. Aussi bien dire qu’il est prisonnier, là aussi, du système dont il dépend.

En temps de COVID-19, « je peux juste regarder les quatre murs de ma chambre, dit-il. Je suis très à risque, étant donné ma condition pulmonaire. » Toute exposition au virus pourrait être mortelle. 

Né au Liban, Wady Salem a vécu la guerre civile. Ses mots sont forts et forcent à constater son désespoir : « Au moins tu voyais ce qui t’attaquait, tu voyais les bombes, mais là, l’ennemi est invisible. On ne peut même pas se rassembler pour se donner de l’espoir. »

En ce moment, « même les préposés et les infirmières sont comme des grenades prêtes à sauter. Ils ne savent pas s’ils sont contaminés ou pas ! » poursuit Wady Salem. Il sent une tension chez le personnel soignant, car tous sont sur la ligne de front. Déjà que le manque de ressources est connu, ceux qui s’occupent de lui semblent à bout de souffle et craignent la contamination.

Me Patrick Martin Ménard travaille à la défense des droits des usagers comme Wady Salem. Ces jours-ci, son bureau est surchargé de demandes : « On parle beaucoup de la protection des usagers, dans un contexte où le confinement est de plus en plus strict. À travers ça, on ne parle pas vraiment du bien-être psychologique de ces personnes-là. »

Les nouvelles révèlent l’exposition grandissante au virus dans ces milieux de vie. Me Jean-Pierre Ménard, lui, a envoyé le 3 avril une lettre à la ministre de la Santé et des Services sociaux Danielle McCann, dans laquelle il se préoccupe de la directive du 25 mars dernier, selon laquelle « les transferts de cette clientèle vers les centres hospitaliers doivent être évités et constituent un cas d’exception ». Selon cette directive, on pourrait voir des patients se faire refuser le transfert à l’hôpital même si leur condition l’exige. La ministre McCann s’est pour sa part voulue rassurante.

Les points de vue divergent. Sur Facebook, la chef de service des soins à domicile au CLSC de Verdun, la Dre Eveline Gaillardetz, écrit : « Un patient âgé et frêle provenant d’un CHSLD a zéro chance de survivre à une intubation et séjour aux soins intensifs. C’est de l’acharnement thérapeutique, c’est souffrant et futile. Si on traite agressivement les grands malades des CHSLD et qu’on les transfère à l’hôpital, le système de santé s’effondre et on ne peut plus soigner personne. »

Ce fichu virus ne pardonne pas.

Des renforts ont été promis par le gouvernement Legault dans les CHSLD. Ce qui inspire ces trois réflexions :

1. On prouve une fois de plus qu’il y a un manque criant de ressources dans ces institutions publiques. L’élan de solidarité et d’investissement se poursuivra-t-il après la crise ?

2. Les Maisons des aînés promises par le gouvernement pourraient-elles donner à des gens dans la situation de Wady Salem des conditions de vie plus adaptées à leurs besoins ?

3. Les prestations du Programme de solidarité sociale pour personnes avec contraintes sévères à l’emploi sont insuffisantes pour une personne qui vit en CHSLD, malgré les soins qui lui sont fournis. Peut-on se questionner quant à l’amélioration d’un tel programme pour leur donner une meilleure marge de manœuvre financière ? Ou la mise en place d’un revenu minimum garanti ?

Époque tragique pour les gens comme Wady Salem. Pour l’avenir, on pourrait s’améliorer.

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Pouvait-il advenir pire qu’ajouter encore à l’esseulement de personnes âgées en résidences ?
Pouvait-il advenir pire que devoir laisser s’ajouter encore du mal, inédit, et fort malin pour elles, à des personnes en CHSLD, là même, donc, pour la plupart d’entre elles, où elles se retrouvent pour y terminer leur vie, en atténuant, si possible, plutôt qu’en accroissant, leurs maux ?

Ce sans compter les maux d’ordre psychique, telles angoisse, anxiété, peur; tant face à croissance du mal physique même en soi qu’à la fin.
Faut, maintenant, se tenir à distance – physique, incidemment. Autant d’autre perdu en possibilité de consolation amie par rapprochement.
Jusqu’ici, en effet, pour maints d’entre nous, pouvaient se présenter des circonstances où la distance optimale entre l’autre et soi, était…
d’une verge;
or, maintenant ou dorénavant, pour un bon bout de temps, la distance optimale sera plutôt de deux mètres, pour tou.te.s.

Je viens de faire une réflexion, plus large, comme en marge ou ‘en parallèle’, à propos de ce qui nous tombe dessus. La voici.

N’est-il pas remarquable qu’alors que censément l’humanité terrestre n’aurait jamais été si avancée scientifiquement et technologiquement, elle ne s’en trouve pas moins impuissante et dépourvue face à des on-ne-sait-trop-quoi, émanant d’on-ne-sait-trop-où et surtout sous l’impulsion d’on-ne-sait-trop-‘qu[o]i’ ?

En sociologie existe un courant de pensée suggérant qu’existeraient des dynamiques de phénomènes si inexplicables que c’en serait à se demander s’ils ne ressortiraient à des « forces occultes ».

Ce disant, on n’est pas loin de l’affirmation paulinienne, suivant laquelle ce ne serait « pas contre des adversaires de sang et de chair que nous avons à lutter, mais contre les Régisseurs de ce monde, esprits malins d’espaces célestes ».

On peut ne pas « aimer » ce genre d’« hypothèses » ou d’énoncés d’apparence ‘farfelue’. Reste qu’elles s’avèrent, sinon a priori, en tout cas a posteriori, i.e. ‘empiriquement’ (factuellement), ultimement, de résonance ou à consonance pas plus ‘folles’, fantaisistes, « illogiques » ou insensées, que ne se pose et s’impose, réelle et récurrente, notre impuissance ou insuffisance (‘dénuement’) chronique face à des forces-événements — (objectivement inconnu.e.s ou méconnu.e.s) — non ‘prévenables’ ou non ‘réparables’ (rapidement), non contrôlables ou non maitrisables à moyen ou long terme, même par le(s) meilleur(s), les plus forts, plus fins, plus malins, plus sages ou plus savants de notre humanité terrestre.

Rendus là… Si « misérables », eût dit Pascal. Qu’est-ce qui empêche de (faire) remarquer des occurrences qu’évidemment les considérés plus rationnels d’entre nous, en appelant à la Raison pure, qualifieront certes d’éminemment frivoles ou saugrenues.

Telles…

COVID-19, donc.
Coronavirus, c’est proche de CORANovirus…
Coraniquement, « les gardiens du Feu de l’enfer » — (et ne vivons-nous pas en ce moment l’enfer?!) — sont au nombre de 19 (LXXIV, 30)
L’Ange coranique par excellence est Gabriel (probablement le même que celui de l’Annonciation évangélique chrétienne).
Or, il y a 101 ans, soit, donc, en 1919, un Gabriel a composé « Masques et bergamasques » *
(Or [bis], de quoi est-il le plus question sur Terre ces jours-ci, sinon, justement, de masque?)
* La seconde présentation en avait été effectuée il y aura 101 ans demain.

Bien sûr, ne sont-ce là que banales ‘fortuités’ sans importance et sans valeur ou batifolage incongru…

Désolé, mais, moi, je ne trouve pas moins de ‘sens’ en ce genre d’apparentes incongruités ou ‘pas rapport’, qu’en l’actuel imbroglio sanitaire humain mondial j’aperçois excès d’impuissance ou non-sens.

Bref, je ne vois pas comment « on » peut tant s’en faire accroire, humains terrestres, et tant se féliciter d’envoyer paître le « passé » ou des « théories ou croyances ‘fumeuses’ ou ‘dépassées’ »…; quand en réalité on se retrouve si crûment-assidûment-constamment-complètement ‘à plat’, de « parfaits ‘incapables’ »; tant face à ce qui advient (e.g. de forces de la Nature), (ou)/qu’eu égard au Mal que nous-mêmes** engendrons, puis qu’ensuite ne parvenons guère à pallier ou y remédier.

Bref, en conclusion, on a ouï un grand président, jadis, n’est-ce pas, en appeler aussi véhémentement qu’instamment à une parfaite et totale concertation internationale en l’éventualité où l’on serait ‘assaillis’ par… E. T. *** Or, on ne l’est pas ‘assaillis’ ainsi. De l’extérieur. On l’est de l’intérieur. Par soi-même, donc, en quelque sorte. Et l’on en vient fort difficilement ‘à bout’. On en est, déjà, ou en serons plutôt, tout bientôt, rendus, nous, à boutt’… Que prendrait-ce donc de plus ou de différent pour qu’on entreprenne, enfin, ce qu’on eût dû faire il y a longtemps, savoir oser daigner se poser les bonnes questions concernant ce qui nous arrive et, plus encore, relativement à trop de nos agissements en forme d’errements ? **

** « Better Never to Have Been: The Harm Of Coming Into Existence » ?

*** À remarquer que les différents « scénarios », thèses, hypothèses ou « croyances » ou encore « révélations » évoqué.e.s ci-dessus, advenant leur véréalité propre individuelle, ne seraient pas pour autant nécessairement mutuellement exclusifs. Puisqu’ils pourraient en effet se rencontrer, se conjuguer, tous, synchroniquement ou successivement. C’est-à-dire qu’en principe rien n’exclut la possibilité qu’aussi bien l’antique énoncé paulinien que la plus récente allégation reaganienne participent de la guerre (à) Corona actuelle. En ce qu’au lieu de s’en prendre à l’humanité terrestre au moyen d’engins de guerre ‘conventionnels’ de type guerre des étoiles par exemple; des ‘esprits malins’, al. E. T., choisiraient de lui « m’ner l’diable » de manière virale.
Bien sûr, suivant la contemporaine rationalité humaine orthodoxe de l’heure, cela peut apparaître aussi fou qu’invraisemblable ou carrément loufoque; mais qui sait si l’Histoire-avenir ne ‘révélera’ pas que ç’aurait été notre rationalité ou nos rationalisations humaines d’aujourd’hui qui en auraient fait preuve – d’inadéquation de perception, d’approche ou d’appréhension… intelligentes du « réel » ou de la véréalité.

En fait les gouvernements successifs se sont bien fichés des aînés et on se complaisait à les faire disparaître de la circulation dans des espèces de mouroirs à long terme. Si on s’était vraiment préoccupé des aînés en résidence, on aurait testé les pensionnaires ET les employés dès les débuts pour savoir s’ils étaient porteurs du virus car on savait que, dans beaucoup de cas, les gens infectés sont asymptomatiques. On savait aussi que la période d’incubation était relativement longue, autour de 14 jours, et que des porteurs du virus n’exhibaient pas nécessairement les signes de la maladie.

Non, on a attendu la prolifération de la maladie dans ces centres et ce malgré les avertissements qui venaient de partout au Canada (la première résidence pour aînés où l’infection s’est répandue, à North Vancouver remonte à plus d’un mois). On a attendu que 500 résidences soient infectées avant de réagir concrètement; avant on se contentait de fustiger les aînés de 70 ans et plus qui osaient sortir de leur résidence.

C’est un signe qu’au Québec les aînés, ces Boomers si détestables, sont une entité qu’il faut oublier et que l’avenir est aux autres.

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