Défendre la place du français aux Jeux de Londres, le boulot de Michaëlle Jean

L’ex-gouverneure générale Michaëlle Jean avait tout un mandat en vue des Jeux de Londres : convaincre les Britanniques qu’ils devaient accorder une place suffisante au français, comme le stipule la Charte olympique.

Défendre la place du français aux Jeux de Londres, le boulot de Michaëlle Jean
Photo: Jake Wright / PC

En tant que grand témoin de la francophonie des Jeux de Londres, Michaëlle Jean a négocié durant deux ans avec le comité organisateur pour s’assurer que le français aurait la place qui lui revient durant les compétitions, et sur le site.

Une exigence parfois difficile à comprendre dans l’une des villes les plus multiethniques du monde, où sont parlées plus de 300 langues.

L’actualité a rencontré Michaëlle Jean lors de son passage à Londres, jeudi dernier.

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Comment avez-vous été accueillie ? Vous disait-on clairement que le français, on n’en a rien à cirer ?

Oui, ça commence toujours comme ça. Au départ, le comité organisateur des Jeux de Londres nous disait : « Mais pourquoi le français et pas l’hindi ? », une langue bien plus parlée que le français à Londres. Vancouver avait dit la même chose, en arguant que la deuxième langue parlée après l’anglais était le mandarin.

Mais mon approche n’a pas été celle d’un gendarme, plutôt celle d’un partenaire. J’ai dit : « Voici les objectifs que nous devrons atteindre. On va vous aider à y arriver, en vous fournissant les ressources humaines nécessaires : traducteurs, bénévoles, etc. »

Il y a eu un important travail de négociation à faire ?

Oui. Ça a parfois été ardu… Les membres du comité organisateur avaient peur des tabloïds, qui sont très virulents ici. Ils craignaient d’être accusés de dépenses somptuaires pour quelque chose qui est indéfendable à leurs yeux.

La Charte l’impose, mais il faut aller au-delà de cet argument, sinon, ça peut faire poussiéreux. Il fallait arriver avec des propositions concrètes, comme offrir de traduire – et bien ! – le guide du spectateur, ou les aider pour la signalétique et les sous-titres.

Il fallait montrer qu’on n’agit pas dans un rapport de force anglais contre français, ou face à d’autres langues. Les comités sont tenus de respecter les deux langues officielles, mais rien ne les empêche de faire de la place aux autres.

Les tabloïds ont-ils réagi ?

Quand on a lancé la campagne de sensibilisation sur la place du français aux Jeux, « Le français j’adore », on a fait scandale en présentant une grande fête avec des artistes francophones sur Trafalgar Square [en plein cœur de Londres]. Des tabloïds ont parlé de « French activists ».

Les Britanniques ont associé Francophonie et France…

Oui. En plus, Paris avait perdu les Jeux aux mains de Londres. Les Britanniques pensaient que c’était une offensive de leurs voisins. On a dû expliquer ce qu’est la Francophonie.

Sur quoi avez-vous buté ?

Parfois, ce que Pékin avait pris, Londres n’a pas pris. Par exemple, la Chine avait accueilli à bras ouverts nos équipes paramédicales. Le Québec était prêt à envoyer à Londres l’équipe qui avait fait un travail formidable à Pékin. Mais ici, on a dit non. Les Britanniques sont en crise économique et ils ont voulu envoyer le signal qu’ils créeraient des perspectives d’emploi pour les ressources locales. Par contre, on se rend compte qu’ils commencent à manquer d’effectifs qui parlent français.

De ce que vous avez observé, est-ce que Londres s’en tire bien finalement ?

Oui. Londres fait un bon travail. Partout où on va, tout est dans les deux langues. On aurait aimé que les caractères soient égaux sur l’affichage, mais les caractères français sont nettement visibles.

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