Dehors, le ministre baratineur !

Le ministre de la Défense, Gordon O’Connor, prend les Canadiens pour des valises. Qu’attend Stephen Harper pour lui montrer la porte ?

Le ministre canadien de la Défense ignore-t-il que les citoyens savent lire ? Dans les deux langues officielles du pays, parfois plus ? Et qu’Internet a décuplé leur capacité de s’informer ?

On croirait, à l’entendre, qu’il les prend pour des valises.

Le ministre O’Connor avait déjà assuré, en avril, que la Commission afghane des droits surveillait le traitement des prisonniers de guerre. Étant donné qu’elle n’a que sept employés et aucun accès aux prisons afghanes, c’était un peu ridicule. (Il était mal informé ?)

Voilà qu’il affirme, en juillet, que les troupes afghanes seront prêtes « cet hiver » à prendre la relève des Canadiens dans la région de Kandahar. Tiens donc. Et il va aussi neiger en juillet à Montréal pendant qu’on y est. Quelques jours plus tard, il a « précisé sa pensée » et prolongé le délai de quelques mois. C’est encore trop peu ! La plupart des experts militaires estiment qu’il faudra quelques années pour que l’armée afghane et ses kandaks (bataillons) puissent faire face seuls à la guérilla talibane, surtout celle, bien armée, qui vient du Pakistan.

Quelque 37 pays du monde forment la coalition de l’OTAN qui aide l’Afghanistan, et notamment son armée, à se reconstruire. Il suffit de lire des reportages provenant de Grande-Bretagne ou des Pays-Bas (les soldats de ces pays sont actifs dans deux provinces dangereuses, Helmand et Uruzgan, voisines de celle où combattent les Canadiens) pour savoir que l’armée afghane progresse… modestement. La tendance est prometteuse, mais le pays a besoin de temps.

Les soldats de l’armée afghane — encore trop peu nombreux — se battent souvent en sandales, armés de vieilles kalachnikovs. Ce qui explique en partie qu’ils soient plus nombreux dans les lits des hôpitaux militaires que les soldats étrangers ! Dans ce pays pauvre, qui a besoin de tout, l’argent pour les joujoux militaires se fait rare. On compte donc sur les dons.

La Hongrie a donné 20 500 fusils d’assaut. La Slovénie, 10 000 mitraillettes. La Turquie, une vingtaine d’obusiers. Les États-Unis, 800 véhicules blindés, arrivés tout récemment. L’armée de l’air afghane ? On n’en parle pas. Elle n’existe pas encore. Pourtant, dans ce pays montagneux et difficile d’accès, les bombardements de la coalition ont été jusqu’ici un élément clé pour faire fuir les talibans, ne serait-ce que temporairement.

Les Nations unies estiment que l’armée afghane a besoin de 72 000 hommes en armes d’ici la fin de 2008. Pour défendre un pays de 29 millions d’habitants, ce n’est pas énorme ! Environ 50 000 soldats seraient à l’entraînement (sur le nombre exact, on ne sait trop qui croire). Ils sont courageux et déterminés. Ils se heurtent à des talibans, mais aussi à des trafiquants de drogue.

En Grande-Bretagne, le secrétaire à la Défense, Des Browne, a eu le courage, à la mi-juillet, de dire que les forces de l’OTAN éprouvent « des problèmes » en Afghanistan (résurgence talibane, corruption endémique). Il a toutefois soutenu du même souffle que ce serait une catastrophe pour l’Occident si ce pays redevenait un vaste camp d’entraînement pour terroristes islamistes. Il a enjoint aux pays de l’OTAN d’envoyer plus de troupes.

Environ 37 000 soldats de l’OTAN — dont 7 000 Britanniques, mais aussi des Néerlandais, des Turcs, des Espagnols, des Allemands — y combattent aujourd’hui. Mais les budgets accordés à la reconstruction sont 10 fois moins élevés, par habitant, que ce qui a été versé au Kosovo après la guerre des années 1990 !

D’ici la fin août, environ 2 500 militaires de Valcartier seront installés dans la province de Kandahar pour former des soldats et des officiers et pour protéger les équipes de reconstruction. Les sondages montrent que 70 % des Québécois s’opposent à cette mission. Le franc-parler d’un Rick Hillier, chef d’état-major des Forces canadiennes (voir « La guerre de Rick Hillier »), a beaucoup plus de chances de les atteindre — à défaut de les convaincre — que les camouflages du ministre O’Connor.

L’engagement du Canada envers l’Afghanistan prend théoriquement fin en février 2009. Le premier ministre Stephen Harper a déjà indiqué qu’il ne prolongerait la mission à Kandahar qu’avec l’approbation du Parlement, ce que son gouvernement minoritaire semble avoir peu de chances d’obtenir. Les libéraux préconisent la fin du rôle de combat du Canada. (Ils accepteraient une autre mission, moins exposée.) Le Bloc québécois et le Nouveau Parti démocratique s’opposent à toute prolongation.

Si Stephen Harper croit que le Canada doit assumer ses responsabilités au sein de l’OTAN, il faut qu’il donne d’urgence un meilleur ministre de la Défense aux Canadiens. Car il y a de bonnes raisons pour que le Canada reste en Afghanistan après 2009. Encore faudrait-il que le ministre ait le courage de les défendre et cesse de prendre les Canadiens pour des poules mouillées.

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