Dernières nouvelles des extraterrestres

Si vous vous trouvez à Sedona, en Arizona, le 26 septembre prochain, ou à Brisbane, en Australie, entre le 13 et le 16 octobre, vous pourrez vous départir de 35 à 65 de vos dollars en échange d’un tête-à-tête avec un crâne.

Pas n’importe lequel, bien sûr. Un crâne de cristal, comme ceux qu’on voit dans Indiana Jones et le Royaume du crâne de cristal. À cette exception près que le crâne du Dr Jones est de forme extraterrestre, alors que celui en tournée aux États-Unis et en Australie est de forme humaine.

Les curieux qui passeront une demi-heure avec l’objet espèrent profiter de ses pouvoirs : celui-ci dégagerait une énergie qui améliorerait leur vie. Le consensus scientifique veut que ces crânes — on en connaît quatre — aient été sculptés au 19e siècle, en Allemagne. Alors pourquoi l’aventurier et romancier britannique F.A. Mitchell-Hedges en aurait-il fait la découverte dans une ruine maya, en 1924 ? Hypothèse : parce que c’était un romancier.

Vous devriez vous dépêcher de profiter des bienfaits des crânes, car il ne reste que quatre ans avant la fin du monde. Bon, j’exagère. Disons plutôt avant qu’un événement majeur survienne. Selon une thèse à la mode — mais réfutée par les experts, ces rabat-joie —, le calendrier maya ne va pas plus loin que le 21 décembre 2012, date à laquelle une transformation arrivera — un renversement des pôles magnétiques de la Terre, par exemple, ce qui causerait notamment un grave déclin de la culture de la banane au Costa Rica.

Mayas, crânes, cristal, fin du monde, ne manquent que les Templiers. Je garde envers ces phénomènes une fascination adolescente. Je tente de rester informé des dernières théories et suis accro de science-fiction, qui s’abreuve sans honte aux travaux prolifiques et lucratifs de l’industrie ésotérique.

L’intérêt pour nos amis de l’espace (ou d’une autre dimension, ou encore du futur, selon les versions) va et vient comme les vagues. L’engouement le plus récent a eu lieu le 9 mai 2001, au National Press Club de Washington, lorsqu’une vingtaine de personnes, dont plusieurs anciens gradés de la Défense américaine, sont venues témoigner de leurs contacts personnels avec de la technologie extraterrestre et, même, avec des extraterrestres en chair et en os.

Le lecteur sceptique se trouve donc face, non à un crâne de cristal, mais à de nombreuses personnes apparemment saines d’esprit, que l’on croirait sur parole si elles parlaient de leurs actions clandestines pour la CIA en Iran ou pour le FBI chez les narcotrafiquants. D’autant que le portrait d’ensemble qui s’en dégage est plutôt, disons, banal. En bref : plusieurs États sont en contact avec plusieurs types d’extraterrestres (notamment les blancs ou « nordiques », gentils, et les gris, indignes de confiance) depuis plusieurs décennies. En échange de matières premières ou simplement pour voir où nous en sommes, ils consentent à des transferts de technologies de petite importance pour eux, mais suffisamment avancées pour être intégrées dans nos arsenaux militaires. Puis ? Puis rien. C’est la routine. Une autre journée au bureau avec les parents d’E.T. Je me demande s’ils se tiennent au courant de notre science-fiction, et ce qu’ils en pensent.

Une des multiples théories veut que ces témoignages, comme toute la littérature, les films et les téléséries — et cette chronique —, soient autant de façons de nous préparer psychologiquement à l’arrivée de nos voisins du cosmos. Une manière d’amortir le choc. À force de les voir et revoir à la fois dans notre culture et dans notre contre-culture, nous serons moins paniqués, plus intrigués que choqués lorsqu’ils débarqueront pour de vrai sur le gazon de la Maison-Blanche (oui, je fais le pari qu’ils ne voudront pas rencontrer d’abord Stephen Harper). Cette préparation a-t-elle du succès ? Puisque les quelque 100 millions de Terriens qui ont vu le dernier Indiana Jones ont pu conclure ipso facto qu’un crâne venait de l’espace, je pense que nous sommes sur une très bonne voie. Quand serons-nous fin prêts ? Euh, au hasard, je dirais le 21 décembre 2012.

ENCORE…

Au moins un de nos politiciens se préoccupe du sort des extraterrestres : Justin Trudeau. Si l’un d’entre eux émigrait ici, a-t-il écrit, « la Charte canadienne des droits et libertés s’appliquerait à [lui], comme elle le fait pour tous les Canadiens, sans aucune considération à l’égard de leur pays ou de leur planète d’origine ».