Des ateliers pour faire cheminer ensemble Autochtones et allochtones

L’organisme montréalais Mikana veut plus que sensibiliser les allochtones aux enjeux autochtones, afin de rendre plus harmonieux les rapports entre les uns et les autres.

Illustration : Mélanie Lambrick

L’histoire qui suit est celle d’un lauréat de la troisième édition des Prix de l’impact social, qui récompensent des entreprises et des organismes québécois qui travaillent de façon méthodique à changer le monde. L’organisme Mikana a reçu une Mention spéciale du jury. Pour lire tous les récits inspirants, c’est ici.

Mikana. « Chemin », en anichinabé. L’organisme montréalais fondé par Widia Larivière et Mélanie Lumsden porte bien son nom : les deux trentenaires veulent non seulement bâtir des ponts entre les mondes autochtones et allochtones, mais aussi les inviter à « marcher ensemble sur un même chemin », dit Widia Larivière, directrice générale.

Les deux jeunes femmes se sont rencontrées à l’Université du Québec à Montréal en 2007. Elles étaient conscientes du fossé, pour l’avoir franchi au sein de leur famille : Widia est née d’une mère anichinabée et d’un père québécois et Mélanie, d’une mère inuvialuite et d’un père belge. Elles se sont impliquées dans les activités du Cercle des Premières Nations de l’UQAM (une association étudiante), puis dans différents organismes. En 2015, elles ont voulu aller plus loin. De là est né Mikana.

L’organisme sans but lucratif de cinq employés offre des ateliers d’une durée de deux ou trois heures, qui sensibilisent les allochtones aux épreuves que peuvent traverser les Autochtones. « À l’aide de discussions en groupe et d’exercices d’autoréflexion, nous leur faisons découvrir le sentiment d’ignorance ou d’incompétence, ou encore la honte liée à l’identité », explique Widia Larivière, en soulignant que « l’expérience de l’inconfort est hautement pédagogique ».

À ce jour, plus de 4 000 personnes ont suivi les ateliers de Mikana, des participants issus de toutes sortes d’organisations : le cabinet de vérification comptable EY, l’Alliance des professeures et professeurs de Montréal, le Musée des beaux-arts de Montréal, etc. Les objectifs sont variables : une entreprise peut vouloir améliorer son service à la clientèle autochtone, une organisation peut être à la recherche des meilleures pratiques pour nouer une relation d’affaires avec une PME autochtone… « Nos ateliers sont si populaires que notre agenda est complet jusqu’au début de 2022 », se réjouit la DG.

Mikana conçoit aussi des documents d’information, comme le livret Tu n’as pas l’air autochtone ! (et autres préjugés), réalisé en 2019 avec Amnistie internationale Canada. Distribué dans les écoles primaires et secondaires ainsi que dans les cégeps à plus de 3 500 exemplaires, celui-ci démystifie 10 idées reçues, telles que « les Autochtones ne paient pas de taxes ni d’impôts ».

Mikana travaille également depuis 2018 avec le collège Ahuntsic, engagé depuis 1974 dans l’éducation autochtone. L’établissement a notamment embauché en novembre 2019 Gilbert Niquay, un Attikamek originaire de Manawan, pour accueillir les étudiants, écouter leurs besoins et leur faciliter l’accès aux ressources du collège.

« L’objectif de chacun de nos projets est d’avoir un impact sur les mentalités et les comportements à long terme », souligne Widia Larivière. Car, selon elle, « c’est à cette condition qu’on verra un rapprochement fructueux entre Autochtones et allochtones ».

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Je fais le pont depuis presque 30 ans je suis hors réserve et j ai été bénévole 18 ans a Maniwaki chez Chomis willam Comanda ect..

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Ce genre d’initiative est louable mais c’est souvent un diachylon sur une plaie béante. Selon mon expérience de travail de plus de 30 ans en milieu autochtone, la manière la plus efficace c’est le séjour (au moins 5 à 7 jours) dans une collectivité autochtone et de vivre la vie et les expériences des gens. Ça se fait et pour tous les stages que j’ai aidé à organiser cela a fonctionné beaucoup plus que les ateliers dans une salle de conférence, aussi brillant et intéressant soit le ou les formateurs. Pour ça, la balle est dans le camp des communautés autochtones qui peuvent le permettre.

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