Des autochtones fabriquent leur bonne étoile

Inspiré des FabLabs du célèbre MIT, le FabLab Onaki, à Gatineau, a une double mission : développer la fierté identitaire et enseigner la fabrication d’objets connectés à des jeunes décrocheurs autochtones. Et il fait des petits. 

Illustration : Sébastien Thibault

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L’histoire qui suit est celle d’un lauréat de la deuxième édition des Prix de l’impact social, qui récompensent des entreprises et des organismes québécois qui travaillent de façon méthodique à changer le monde. L’organisme FabLab Onaki a reçu une mention d’honneur dans la catégorie Renforcement des communautés. Pour lire tous les récits inspirants, c’est ici.

Alexander Cooper, un Cri de la communauté de Waswanipi, est sous le choc lorsqu’il apprend que son ami d’enfance a perdu trois membres de sa famille, décédés après s’être perdus dans les forêts du Grand Nord en 2017. Un an plus tard, pendant sa formation de quatre mois au FabLab Onaki, à Gatineau, le jeune homme de 24 ans crée une étoile Polaire numérique. L’objet en forme d’étoile, qui tient dans une main, émet des sons que les chiens pisteurs perçoivent, ainsi qu’une lumière très vive pour envoyer des signaux aux hélicoptères et aux avions de recherche. Sa camarade de cohorte Sandra Long, une jeune Anichinabée originaire de Lac-Rapide, en Outaouais, conçoit une main articulée pour l’adapter à l’avant-bras d’un oncle qui a perdu l’usage d’une des siennes. Les deux participants souhaitent développer leurs inventions dans l’optique de les commercialiser. 

Ils font partie de la cinquantaine de jeunes de 15 à 30 ans à qui le FabLab Onaki offre un programme de formation intensive. C’est le premier FabLab autochtone au Canada, mais le concept, lui, est né au Massachusetts Institute of Technology (MIT) au début des années 2000. L’idée est de mettre à la disposition d’organisations et d’établissements d’enseignement des outils normalement utilisés par des usines et des laboratoires, notamment des imprimantes 3D et des machines de découpe laser. 

Le FabLab Onaki (« racines », en anichinabé), créé en 2018 sous l’impulsion du Centre d’innovation des Premiers Peuples, a une double mission : développer la fierté identitaire et enseigner la fabrication d’objets connectés à des jeunes décrocheurs autochtones. Le FabLab Onaki est installé à Gatineau, mais une caravane se déplace pour aller former les jeunes. Il y a quelques mois, elle était stationnée dans la communauté attikamek de Wemotaci, près de La Tuque, où le FabLab Onaki ouvrira prochainement un nouveau programme. « On travaille avec des jeunes qui ont vécu des échecs, qui vivent souvent dans les sous-sols de leurs parents et qui pensent qu’ils n’ont pas d’avenir », explique Céline Auclair, la directrice générale du FabLab Onaki et du Centre d’innovation des Premiers Peuples.

Les jeunes choisissent leur concept librement et sont accompagnés tout au long du processus par la dizaine de formateurs. Pour leur redonner confiance en eux, le FabLab les invite à célébrer leur identité culturelle. « Une des premières choses qu’on leur dit quand ils arrivent est qu’ils ne sont pas autochtones, mais attikameks, innus, wendats… On les encourage à nous faire vivre cette particularité-là », explique Céline Auclair. 

La journée se déroule ainsi en deux temps : les matinées sont consacrées à la fierté identitaire et à la valorisation de la culture, avec des activités de fabrication d’instruments et de vêtements, des chants ou des cercles de parole ; l’après-midi, les jeunes se concentrent sur leurs créations numériques. 

Le jury des Prix de l’impact social a décerné une mention d’honneur au FabLab Onaki pour saluer le travail exceptionnel de renforcement des communautés autochtones grâce à l’épanouissement des jeunes qui y participent.

Pendant le confinement, les jeunes du FabLab n’ont pas fait de pause. Ils se sont mobilisés et ont travaillé sans compter leurs heures afin de produire près de 1 500 visières et 2 500 masques pour les communautés autochtones du Québec. 

Pour Céline Auclair, l’aventure FabLab Onaki ne fait que commencer. « On veut montrer qu’autochtones et XXIe siècle peuvent très bien se conjuguer ! »

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