Des cancres, les joueurs de football ?

À l’école Curé-Antoine-Labelle, à Laval, ils ont une meilleure moyenne que les élèves de l’enseignement ordinaire !

Photo: Martin Laprise
Photo: Martin Laprise

À l’école secondaire Curé-Antoine-Labelle, à Laval, les entraîneurs de football sont toujours sur la ligne d’attaque. Ce sont eux que les éducateurs spécialisés contactent lorsque des joueurs éprouvent des problèmes scolaires ou de comportement. Les coachs ont du pouvoir. Celui de les motiver. Et s’il le faut, de les envoyer sur le banc…

Martin Sénéchal, entraîneur en chef des Loups, l’équipe de football de l’école, impose le respect. Calme mais ferme, cet enseignant d’éducation physique de 37 ans est un solide porteur de ballon — au figuré. Il a lancé, en 1994, l’option football (maintenant un programme), puis, deux ans plus tard, les Loups. Des verges de bénévolat, avec un unique but en tête : « Encourager les garçons à poursuivre leurs études au niveau collégial, dit Martin Sénéchal. C’est la seule façon de percer dans le football au Québec. »

L’école Curé-Antoine-Labelle accueille 2 600 élèves du deuxième cycle du secondaire. Environ 120 jeunes sont inscrits au programme de football, qui consiste en huit périodes d’entraînement durant un cycle de neuf jours. La majorité d’entre eux font partie de l’une des deux équipes des Loups (de niveau cadet AA et juvénile AAA) .

« Près de 95 % des gars obtiennent leur diplôme d’études secondaires », dit Martin Sénéchal. D’après la direction, leur moyenne générale est même meilleure que celle des élèves — garçons et filles — de l’enseignement ordinaire : près de 71 %, contre 68 % ! (L’école observe la même tendance dans les cinq autres programmes qu’elle offre : art dramatique, danse, musique, arts plastiques et sports.)

Il n’y a pas de sélection pour être admis au programme de football. Mais il ne faut pas avoir plus d’un cours de l’année précédente à reprendre. L’horaire du jeune est alors trop chargé. Cette contrainte a l’effet d’un botté… au derrière. « Des élèves font des cours d’été pour pouvoir jouer au football », dit Christine Lamarche, directrice adjointe, responsable des élèves de 3e secondaire. Avec leurs quatre trophées du Bol d’or (championnat provincial), les Loups font la fierté de l’école.

Le football mobilise aussi les parents, selon Martin Sénéchal. Les entraîneurs les croisent aux matchs et dans le stationnement, après les séances d’entraînement. « De nombreux parents nous appellent lorsque quelque chose ne va pas avec leur enfant, dit l’entraîneur en chef. Cela n’a pas toujours un lien avec le football et les études. »

Le football n’a pas que des avantages. Il coûte cher. Pour financer leur budget annuel d’environ 40 000 dollars, les Loups doivent notamment organiser des activités de collecte de fonds, comme un souper spaghetti le jour du Super Bowl, et faire appel à des commanditaires. L’école fournit ce qu’elle peut : un bureau aux entraîneurs, un vestiaire et un terrain d’entraînement… qui a les allures d’un champ de mines ! La Ville de Laval prête un terrain de soccer-football, au parc Roi-du-Nord, en face de l’école, pour les matchs.

Martin Sénéchal rêve d’une surface synthétique, pour le terrain d’entraînement, comme celle dont bénéficient certaines écoles privées, telles que le séminaire Saint-François de Cap-Rouge, à Saint-Augustin-de-Desmaures, et le collège Notre-Dame, à Montréal. Mais l’installation coûte un million de dollars…

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