Des découvertes étonnantes sur le télétravail

Le télétravail ne sied pas à tout le monde. Certains en souffrent, d’autres s’épanouissent grâce à lui.

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Le télétravail est obligatoire pour tous les employés de bureau, sauf exception, depuis le 17 décembre dernier. Les entreprises contrevenantes s’exposent à des amendes de 3 500 $ à la première infraction. C’est qu’il s’agit d’un moyen simple et efficace de nous maintenir à distance les uns des autres, et donc d’enrayer la pandémie de COVID-19.

Ce que personne n’avait anticipé, c’est que cette situation inédite ferait le bonheur des scientifiques. Ils ont là une occasion en or de regarder si le télétravail a du bon, ou non, de découvrir si l’on est ainsi plus productif, si l’on gagne en bien-être dans notre quotidien au travail, ou encore — que sais-je ? — si certains gestionnaires s’arrachent vraiment les cheveux du fait qu’ils ne peuvent plus commander et contrôler les employés comme ils le faisaient auparavant.

Résultat ? Des découvertes parfois étonnantes, voire renversantes, dont voici un petit florilège susceptible de changer votre regard sur la nouvelle réalité du travail en 2021…

Le télétravail nuit à la santé

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) recommande de faire du sport « au moins deux heures et demie par semaine » avec une « intensité modérée » pour rester en forme. Moins que ça, on s’expose dans la durée à différents risques selon la physiologie de chacun : surpoids, hypertension, diabète… D’où l’idée de l’équipe de chercheurs pilotée par Theresa Märtl, assistante d’enseignement en médecine à l’Université Louis-et-Maximilien de Munich (Allemagne), d’évaluer si les Allemands font, ou non, davantage de sport en période de télétravail forcé. 

À leur grande surprise, ils ont alors constaté un relâchement : seulement 43 % des gens répondaient aux critères sportifs préconisés par l’OMS, alors que près des trois quarts s’adonnaient suffisamment à une activité physique pour respecter la norme, selon les données de Statista.

L’explication ? Les personnes les moins susceptibles de faire deux heures et demie de sport chaque semaine sont les adultes ayant au moins un enfant âgé de moins de six ans. C’est qu’il faut absolument s’occuper du ou des petits (surtout si l’école est fermée à cause de la pandémie), et les activités sportives en pâtissent directement. En Allemagne, dans certains länder, les écoles sont fermées depuis le 13 décembre. Aucune annonce quant à leur réouverture n’est prévue, a prévenu la chancelière Angela Merkel, jeudi dernier. Les établissements scolaires avaient été fermés pendant de longues semaines également au printemps 2020. 

Autre sujet de préoccupation : le sommeil. Une étude menée en mai auprès de 958 personnes et dévoilée en décembre dernier par l’équipe de chercheurs de Ravi Gupta, professeur de psychiatrie à l’Institut des sciences de la médecine All India à Rishikesh (Inde), a de quoi alarmer :

– 16 % des nouveaux télétravailleurs dorment moins de temps qu’auparavant et disent que cela ne leur fait pas de bien.

– 18 % des nouveaux télétravailleurs dorment plus de temps qu’auparavant et disent, eux aussi, que cela ne leur fait pas de bien.

– Près de 25 % des nouveaux télétravailleurs disent mal dormir, c’est-à-dire qu’ils ont souvent un sommeil agité, insuffisant à leur donner l’énergie dont ils ont besoin pour bien démarrer la journée.

Par ailleurs, une autre étude sur le même sujet pilotée par Sarita Kumari, étudiante en psychologie à l’École des sciences sociales d’Indore (Inde), confirme les liens directs entre les troubles du sommeil et certains symptômes dépressifs (par exemple : tristesse, sentiment d’inutilité, etc.) et parfois même l’anxiété (par exemple : difficulté à se concentrer, sentiment d’étouffement, etc.) déjà observés dans d’autres études.

Bref, le télétravail nuit au sommeil de nombre d’entre nous, et par suite, à notre qualité de vie, sans que quiconque en ait vraiment conscience.

Si jamais les problèmes viennent bel et bien de là, il existe une solution assez simple : la méditation. Les travaux menés par Mariana Toniolo-Barrios, doctorante en management à l’Université Simon Fraser à Vancouver (Colombie-Britannique), et son professeur Leyland Pitt montrent qu’elle est bénéfique pour les télétravailleurs sur plusieurs plans :

– Elle aide à se déconnecter mentalement du travail lorsqu’on en ressent le besoin, ce qui permet de s’aérer l’esprit ;

– Elle favorise la concentration lorsqu’on s’attelle à une tâche, et par suite, la performance au travail ;

– Elle permet de mieux gérer la « fatigue Zoom », à savoir celle que l’on peut ressentir après avoir participé à une ou plusieurs réunions virtuelles.

Mine de rien, tous ces bienfaits contribuent à atténuer les troubles du sommeil, en particulier les risques d’insomnie.

Le télétravail stimule la créativité

Akanksha Jaiswal est assistante d’enseignement en management à l’Institut de gestion des affaires Loyola à Chengalpattu (Inde). Avec l’aide du directeur de l’établissement, Joe Arun, elle a regardé ce que le télétravail avait changé dans les habitudes de travail des gestionnaires. 

C’est comme ça qu’elle a découvert une chose inattendue : leur créativité a été « boostée ». Plus précisément, les gestionnaires ont consacré plus de temps qu’auparavant à s’attaquer à des problèmes récurrents qui pourrissaient leur quotidien sans être pour autant une priorité à régler sans tarder : un bogue informatique qu’ils avaient pris l’habitude de contourner, ou encore un formulaire qui méritait d’être simplifié depuis une éternité. Et ils ont trouvé les solutions par eux-mêmes, sans chercher à confier la résolution à autrui, pour leur plus grande satisfaction.

« Le plus intéressant, c’est qu’il s’agit là d’initiatives personnelles, note la chercheuse dans son étude. Les gestionnaires n’ont pas demandé le go de qui que ce soit, ils se sont dit qu’ils allaient régler tel ou tel problème une bonne fois pour toutes, et pour ce faire, ils ont souvent brillé d’ingéniosité. »

Qui est franchement malheureux en télétravail ?

L’équipe de chercheurs dirigée par Agota Giedrė Raišienė, professeure de management à l’Université Mykolas Romeris à Vilnius (Lituanie), a observé 436 télétravailleurs, aussi bien novices qu’expérimentés, des semaines durant. Cela lui a permis de dresser le portrait-robot de ceux qui souffrent le plus du travail à distance : il s’agit d’« un baby-boomer titulaire d’un diplôme universitaire qui s’est mis au télétravail au début de la pandémie ».

Faut-il s’en étonner ? Pas vraiment, car ces personnes-là subissent un changement majeur dans leur quotidien au travail et se retrouvent coupées de tout contact humain avec leurs collègues alors qu’elles sont en fin de carrière, c’est-à-dire à un moment où l’on est rarement partant pour des virages professionnels brutaux. Autrement dit, ce changement contraint et forcé est une véritable souffrance.

Dans un même élan, l’équipe de chercheurs a défini ceux qui étaient les plus heureux en télétravail. Cette fois-ci, il s’agit d’« une femme âgée de 18 à 34 ans titulaire d’un diplôme postsecondaire qui occupe un poste administratif ou de gestion de façon mixte (deux jours en télétravail et les trois autres jours sur le lieu de travail) ».

Cela s’explique aisément : le télétravail rend plus souples les horaires de travail, ce qui permet de mieux concilier vie privée et vie professionnelle, une priorité pour la plupart des femmes en début de carrière, mais que ne favorisait pas tant que ça nombre d’employeurs, à tout le moins avant la pandémie.

On peut le constater, le télétravail ne sied pas à tout le monde. Certains en souffrent, d’autres s’épanouissent grâce à lui. Ce point est, me semble-t-il, crucial pour les employeurs et les gestionnaires : le leadership d’aujourd’hui et de demain doit impérativement faire preuve de bienveillance. Oui, il convient, maintenant plus que jamais, d’être à l’écoute des besoins des uns et des autres et d’y répondre le mieux possible, au cas par cas. Il y va de la santé des employés, de leur capacité à innover, simplement de leur bonheur ; et — ces études le montrent en filigrane — de la performance individuelle et collective en entreprise. Ni plus ni moins.

Les commentaires sont fermés.

C’est vrai que le télétravail ne sied pas à tout le monde. Ça fait douze ans que je suis en télétravail et si plusieurs enviaient ma situation, d’autres à l’inverse, savaient qu’ils seraient incapables de vivre sans les collègues et les contacts.

Le télétravail nuit à la santé.
Personnellement, je suis renversée par un terme aussi fort. Pour une fois que les employés comme les employeurs ont la chance d’expérimenter cette situation que l’on fasse donc des commentaires sérieux.

Il semble que l’on fasse fi de toutes les circonstances entourant ce qui a amené les gens à faire du télétravail. Les gens ont été envoyés à la maison du jour au lendemain, essayant d’organiser un bureau à la va-vite, souvent dans le sous-sol, dans la chambre ou autre pièce qui n’est pas appropriée pour le travail effectué. Si je pense à des amis ou des collègues, ils doivent travailler avec un portable au lieu de leurs grands écrans et autres outils usuels n’étant plus disponibles. Une situation qui devait être temporaire, mais qui persiste depuis douze mois. Nous devons travailler, faire des appels à des clients, tout en ayant les enfants à la maison, confinés eux aussi, anxieux par le bruit, la logistique du travail qui est totalement changée; il y a raison à ne pas bien dormir.

-Le télétravail ou le bureau à la maison ça s’organise et ça s’apprend. Il faut avoir un endroit approprié et surtout être capable de fermer une porte ou de l’isoler du reste de l’habitation et de ne plus y penser.

L’Équilibre famille\travail que tout le monde veut et demande.
Le télétravail peut ouvrir la porte à une société axée davantage sur son bien-être, la famille, les loisirs.
Il y a un besoin pour des Services publics après 16h. Gouvernement, Syndicat, et autres, il faut sortir de ce carcan du 8h-4h ou 9h -17h.
Avec le télétravail, ça ouvre la porte à du temps partiel, partagé, des heures coupées mais avec des conditions et avantages bonifiées.

C’est tellement logique de dépenser des milliards en infrastructure pour agrandir et/ou améliorer les routes, construire des ponts, ajouter des transports en commun seulement pour que des millions de personnes puissent aller faire du 8-4 ou du 9-5.
et d’autres millions supplémentaires pour la location de bureaux où ces personnes vous pouvoir déposer leur siège.

Que de plaisir de voir Olivier Schmouker signer un texte dans l’Actualité! Pour le télétravail, oui il sied à certains, il en perturbe d’autres. Personnellement, je privilégie un 75/25 : trois jours au bureau, un à la maison (à la préretraite, je suis heureuse d’un horaire sur quatre jours). La journée à la maison serait pour les travaux qui me demandent davantage de concentration. Il est vrai que je suis tout près de mon travail. Les déplacements deviennent lourds et coûteux à la fin. La qualité de vie s’en ressent. Quant à la perspective de retourner travailler au centre-ville de Montréal, l’ayant fait pendant quelques années, je comprends ceux qui veulent s’en extraire à tout prix. C’est ingérable et très dispendieux. À chacun de voir selon ses besoins et, aussi, selon les besoins de l’entreprise bien entendu.

Je ne vois pas que des avantages au télétravail.Ainsi,cela ne permet pas de sortir de son environnement quotidien(son chez soi) qui doit être un oasis de repos et non de labeur. En voulant économiser sur le transport et tous les aléas de l’heure de pointe,de nouveaux coûts sociaux se créent tels des problèmes de santé.Ajoutez à cela que les gyms étant fermés, l’occasion n’est pas donnée de faire de l’exercice physique. Les relations de travail,c’est très important afin de maintenir la motivation car c’est ensemble que le travail devient moins lourd. Travailler de la maison,c’est être exposé à bien des distractions tels les enfants qui dérangent,les téléphones qui sonnent. Soulignons enfin qu’il s’agit d’une mesure temporaire le temps que la pandémie soit passée et que la vie retrouve son cours normal mais qu’il ne faut pas toujours en rester là.