Des députés dans la cheminée

Que diriez-vous d’un député dans votre bas de Noël ? Il y a fort à parier que, d’ici quelques jours, le ministre responsable du Secrétariat à la réforme des institutions démocratiques, Claude Béchard, déposera un projet de loi qui fera passer le nombre de circonscriptions électorales de 125 à 128. Dispendieux cadeau.

Photo : Jacques Boissinot / PC

Trois nouveaux députés, avec salaires, bureaux et dépenses aux frais du gentil contribuable. Tant pis pour la volonté du gouvernement de ne pas trop dépenser en cette période de crise économique.

Comme un jouet électrique dont les parents devront régulièrement changer les piles, le cadeau du ministre comportera quelques ennuis en prime. Car il ne résoudra en rien le problème de fond : l’iniquité croissante entre électeurs des villes et électeurs des champs et des bois. Mais que ne ferait-on pour éviter une chicane de famille pendant le temps des Fêtes !

Vous habitez Terrebonne ou Repentigny ? Votre vote ne vaut que la moitié de celui de votre belle-sœur de Chan­dler ou de Percé. Car lorsque son député, de la circons­cription de Gaspé, se lève à l’Assemblée nationale, il parle au nom de moitié moins d’électeurs (27 602 en juillet 2009) que le député de Masson (65 043).

Seize circonscriptions du Québec sont aujourd’hui tellement dépeuplées (voir le tableau « Écart électeurs ») que le poids de chaque électeur y vaut parfois le double de celui d’un électeur habitant la couronne nord ou sud de Montréal.

Combien de nouvelles cir­cons­criptions créerons-nous au cours des prochaines années ? À quel moment devient-il acceptable d’en « fermer » une, au risque de fâcher le cousin de la Beauce ?

L’équité parfaite est impossi­ble. Bien sûr. Depuis plusieurs années déjà, la loi prévoit que le nombre d’électeurs ne peut se démarquer de plus de 25 %, en plus ou en moins, de la moyenne du nombre d’électeurs de toutes les circonscriptions. Appliquons donc cette règle, comme le propose la Com­mission de la représentation électorale (CRE), organisme indépendant qui a soumis une nouvelle carte élec­torale en mars 2008 et qui se heurte depuis au silence du ministre.

On comprend un peu ce der­nier. Accepter la carte proposée voudrait dire fermer trois cir­conscriptions… dont la sienne, Kamouraska-Témiscouata ! (Les deux autres sont Gaspé et Beauce-Nord.) Au Québec, 27 circonscriptions dépas­sent aujour­d’hui la norme des 25 % de variation. Quelle solution le ministre offrira-t-il ?

La représentativité n’est pas qu’affaire de chiffres, évidemment. Une collectivité, c’est aussi une géographie, des frontières naturelles, une économie, une identité territoriale. (Aux États-Unis, tous les États n’ont que deux sénateurs, qu’il s’agisse du minuscule Rhode Island ou de la puissante Californie, avec ses 33 millions d’habitants. La Chambre des représentants, elle, continue depuis 1963 de n’avoir que 435 membres, même si la population du pays a beaucoup changé.)

Au Québec, les hommes et les femmes qui cultivent des champs pour nourrir les villes, qui font pousser des arbres, qui extraient du sol de l’or ou du fer ont tout autant le droit que les urbains à une représentation adéquate de leur territoire. Mais quelle est la meilleure façon d’y arriver ?

D’autres pays aussi ont des espaces tellement grands qu’un député, pour rencontrer ses électeurs, doit parcourir des centaines de kilomètres chaque semaine, alors qu’en ville un autre député peut traverser à pied sa circonscription s’il marche d’un bon pas. Des solutions existent. En cette époque d’Internet et de réseautage personnel, ne peut-on être député autrement sur un vaste territoire?

À moins d’une surprise digne de la fée des étoiles, le gouvernement annoncera peu de solutions originales. Et cette annonce se perdra peut-être même dans le brouhaha des Fêtes. Les cartes électorales ne soulèvent guère les passions. À moins, comme le rappelle Chantal Hébert, que le poids du Québec dans la fédération ne soit menacé.

On aurait toutefois pu souhaiter que le gouvernement s’attaque au problème de fond. Si la représentation de l’identité territoriale nous tient tellement à cœur, il faudra bien trouver un jour une façon sérieuse de lui donner forme avant que trop d’urbains se lassent de voir que leur vote ne vaut plus que la moitié ou les deux tiers de celui des autres électeurs.

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Et encore

Voir le rapport 2008-2009 de la Commission de la représentation électorale du Québec – surtout les pages 35 à 39 (en PDF)

 

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