Des familles en or

Ils s’appellent Thérèse, Normand, Frédéric, Danny, Charlie. Leurs prénoms ne vous disent peut-être rien. Ils ne sont pas sur la liste des héros des Jeux olympiques. Mais leurs noms de famille y sont : Rochette, Bilodeau, Moir… Mère, père, frère de champion olympique.

Ils s’appellent Thérèse, Normand, Frédéric, Danny, Charlie. Leurs prénoms ne vou
Photos : Paul Chiasson/PC

S’il est une chose que ces Jeux de Vancouver nous ont rappelée, c’est que sans leurs familles, les athlètes olympiques ne connaîtraient pas de succès. Le prix de l’excellence est devenu trop élevé pour qu’une personne seule puisse le payer, en dépit de tous les beaux discours sur « la performance individuelle » que peut incarner une médaille olympique.

Au-delà des subventions et des programmes – qui aident largement, bien sûr -, il ne peut y avoir de médailles sans le soutien d’une famille. Et sans quelques valeurs vieilles comme le monde : le renoncement, le sacrifice librement et joyeusement consenti pour le bonheur de l’autre.

Thérèse Guèvremont-Rochette, la mère de Joannie Rochette, était de la trempe de ceux qui croient en ces valeurs-là. Tout comme les parents des patineurs ontariens Tessa Virtue et Scott Moir. Et des milliers d’autres dont l’histoire ne retiendra pas les noms.

Qu’ils aient gagné une médaille ou terminé au quatrièmerang, parfois par deux centièmes de seconde, les athlètes qui ont participé aux Jeux étaient forts de tout ce que leur avaient donné pendant plus de 15 ans des gens qui croyaient en eux et avaient su les inspirer par leur exemple.

Parce qu’on leur avait enseigné le courage et la détermination, ces athlètes étaient courageux à leur tour.

Comme l’a bien dit Scott Moir, ce jeune danseur sur glace qui a remporté la médaille d’or avec sa partenaire Tessa Virtue, toutes les vacances de cette famille ontarienne depuis 10 ans – j’ai bien dit toutes les vacances – ont été prises dans des endroits où se déroulait une compétition de patinage. Tant pis pour la plage au soleil en janvier.

Le journaliste canadien Roy MacGregor a déjà raconté dans un livre bouleversant (The Home Team, 1995) le rôle crucial des familles dans la « création » d’un joueur de hockey professionnel. Aussi talentueux et déterminé soit-il, aucun petit garçon ne percera dans la Ligue nationale si ses parents ne sont pas prêts à se consacrer, des années durant, à soutenir son rêve. Des milliers d’aubes bla­fardes, des arénas humides, des milliers de jours de congé passés sur les routes pour aller aux tournois… Combien de parents auraient préféré la chaleur de leur lit un samedi matin ?

Dans le cas des athlètes ama­teurs, le prix est tout aussi élevé.

Maison hypothéquée pour payer voyages ou équipement, déménagement dans d’autres villes pour suivre un bon entraîneur, ressentiment parfois de la part des autres membres de la famille, qui s’estiment lésés.

Le prix payé par les familles varie d’un sport à l’autre. Il est rarement léger.

Les médias ont fait grand cas au cours des derniers Jeux de ces sacrifices familiaux. Ils sont émouvants. Inspirants. Ils nous rappellent à tous que nous ne sommes jamais plus forts qu’en groupe, en famille, liés aux autres.

Cet enthousiasme des Qué­bécois pour ces familles héroïques m’interpelle, mais me laisse aussi songeuse. Cet esprit de sacrifice existe-t-il encore, chez nous, hors des milieux sportifs ?

Quel père québécois, qui se prive de ses plaisirs pour offrir à son fils un nouvel équipement de hockey ou pour payer l’essence afin de se rendre aux tournois, ferait la même chose pour un voyage à une expo-sciences ?

Quel parent, qui ne comprend rien à la chimie ou à la biologie, hypothéquera sa maison pour payer les études de doctorat du plus jeune ? Après tout, qui sait, il pourrait devenir le champion mondial dans son domaine d’expertise !

Bon, je vous entends déjà, vous êtes fâchés. Ce n’est pas pareil, les études, me direz-vous. C’est l’État qui doit payer.

D’accord, d’accord, j’ai compris. Je vous gâche la fête avec mes questions. Désolée. Reste qu’il faudra bien que nous parlions un jour de notre désamour pour le savoir et l’effort qu’il faut y mettre – en temps comme en argent -, tout autant que pour une médaille. Y en aura pas de facile. Parlez-en à Joannie Rochette. Le courage a mille visages. Mais toujours la même couleur. Celle de la responsabilité.

Du coeur à l’ouvrage

Clara Hughes a donné 10 000 dollars à Take a Hike, qui s’occupe des enfants dans un quartier défavorisé de Vancouver.

Alexandre Bilodeau a donné 25 000 dollars à l’Association canadienne des centres de santé pédiatrique pour la recherche sur la paralysie cérébrale.

Jennifer Heil a donné 25 000 dollars au programme Because I am a Girl, qui soutient l’éducation des filles dans les pays pauvres.

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