Des lumières dans la nuit

Le gouvernement du Québec doit en faire beaucoup plus pour éviter une catastrophe sur le plan de la santé mentale. 

Photo : Daphné Caron

Pour combattre la déprime automnale aggravée par la COVID-19, le maire de Québec, Régis Labeaume, a recommandé de ne pas attendre que l’Halloween soit passée pour décorer sa demeure de guirlandes lumineuses de Noël. 

Que ce crime de lèse-calendrier n’ait pas provoqué de tempête d’indignation est bien la preuve que l’heure est grave. Les indicateurs de l’état de santé mentale des Québécois virent au rouge, en particulier chez ceux qui étaient déjà vulnérables avant la pandémie. Les lignes d’aide sont débordées, tout comme les psychologues, psychiatres et autres soignants des tourments intérieurs. 

Avant même l’arrivée de la COVID-19, la courbe des problèmes à régler excédait la capacité des ressources. Et face à cette courbe propulsée vers le haut par la pandémie, le ministère de la Santé et des Services sociaux, dépassé par l’urgence de maintenir la capacité des hôpitaux à nous soigner, peinait depuis le printemps à offrir plus que quelques bouées aux services d’aide psychologique de première ligne. 

Dans ce contexte, il ne faut pas lésiner sur les moyens pour se remonter le moral. Chaque lumière de Noël compte ! À L’actualité, nous avons réuni les conseils d’une vingtaine d’experts dans notre grand dossier « Comment aller mieux ». Mais il y a une limite à ce que chacun peut faire pour prendre soin de sa santé mentale.

Il est urgent que le premier ministre François Legault agisse de façon plus appuyée pour éviter de graves conséquences dans les mois, voire les années à venir. Les séquelles des blessures psychologiques mal soignées peuvent durer toute une vie, et parfois conduire au désespoir le plus noir. Les conséquences sont lourdes pour la personne en détresse, mais aussi pour ses proches, son employeur et, au bout du compte, l’ensemble de la société. 

Par où commencer ? Premièrement, les gestionnaires de l’État doivent cesser de prétendre que tout va bien. Le réseau de la santé est un mastodonte, et les premiers mois de la pandémie ont montré que les problèmes sur le terrain avaient la fâcheuse tendance à s’évanouir dans les recoins sombres de la machine bureaucratique. 

Dans les jours qui ont suivi la tuerie commise par un désaxé dans le Vieux-Québec, le gouvernement a devancé une série d’annonces totalisant 100 millions de dollars pour alléger les listes d’attente en santé mentale. Le hic, c’est qu’il n’a aucune donnée fiable pour mesurer si cet argent se traduira par une amélioration concrète et rapide de l’accès aux services, comme l’a souligné la vérificatrice générale du Québec !

Le gouvernement provincial gagnerait à se doter d’un ministre délégué à la Santé mentale, comme l’Ontario et la Colombie-Britannique, entre autres. L’idée a rebondi au printemps, mais est restée lettre morte. La création d’un tel ministère permettrait de relancer le projet d’accès à la psychothérapie dans le cadre du régime public d’assurance maladie. L’ancien ministre libéral de la Santé Gaétan Barrette avait engagé le Québec dans cette voie en 2017, mais les projets-pilotes sont demeurés sans lendemain. Un consensus existe pourtant sur les façons d’appliquer cette approche sans surtaxer le réseau ni les contribuables. Au Royaume-Uni, on estime que le programme s’autofinance, notamment grâce aux économies en frais de médicaments et à l’amélioration de la productivité en milieu de travail. 

Pour parer au plus urgent, le Québec pourrait suivre l’exemple de l’Ontario et du Manitoba, qui se sont tournés vers Morneau Shepell, un fournisseur privé de services en ressources humaines, pour offrir à tous un accès à sa plateforme de psychothérapie en ligne. On y remplit un court questionnaire d’évaluation, puis on entreprend une série de 10 ateliers interactifs avec vidéos et exercices, le tout supervisé par un psychothérapeute avec qui l’on peut échanger en ligne ou par téléphone. 

Les arguments en faveur de l’instauration rapide de ce programme au Québec sont convaincants : il ne coûterait à l’État que 500 dollars par utilisateur, il serait accessible en tout temps, et permettrait de joindre efficacement les jeunes, dont la santé mentale est particulièrement éprouvée.

Le gouvernement Legault en a déjà plein les bras, mais il doit prendre conscience qu’il faudra en faire beaucoup plus pour venir en aide aux millions de Québécois qui aimeraient pouvoir donner le meilleur d’eux-mêmes.

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Fort bien tout ça, mais ici en Outaouais, j’attends toujours un IRM pour une bosse dans le sein (j’ai eu un cancer dans le même sein y a 4 ans), les résultats pour le dépistage de la Covid mettent jusqu’à une semaine à être communiqués et les gens qui se portent bénévoles pour les suivis téléphoniques pour la Covid 19 sur le site Je contribue se font dire qu’il ne peuvent pas le faire à raison de moins de 3 jours par semaine. Avec ça, les infirmières sont sur le bord du burn out et le techniciens manquent. Oui, la santé mentale est importante mais il faut être en vie pour en avoir une.

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