Des Montréalais s’insurgent contre le bruit des avions

Les Pollués de Montréal-Trudeau affirment que le bruit du trafic aérien augmente. Pas seulement à Dorval, mais aussi à Ahuntsic, à Villeray et à Saint-Laurent.

Photo : John Kenney/La Presse Canadienne/Montreal Gazette
Photo : John Kenney/La Presse Canadienne/Montreal Gazette

Excédés par le bruit des avions qui survolent leur maison à toute heure du jour et, souvent, de la nuit, des Montréalais ont eux-mêmes installé des stations de mesure du bruit. Les résultats qu’ils ont recueillis démontrent que le bruit est «excessif», affirme Raymond Prince, directeur du groupe Les Pollués de Montréal-Trudeau.

Les sonomètres enregistrent régulièrement des pointes de bruit dépassant 75 décibels, ce qui correspond au niveau sonore d’un restaurant achalandé ou d’un marteau-piqueur qui serait en fonction à 150 mètres de distance.

Le groupe comprend non seulement des gens vivant aux abords de l’aéroport, mais également des résidants de Mont-Royal et des arrondissements d’Ahuntsic-Cartierville, de Villeray et de Saint-Laurent, des quartiers qui se trouvent sous les corridors aériens empruntés par les avions.

Ils lancent leur cri du cœur à peine une semaine après l’annonce faite par les élus municipaux de Saint-Lambert, qui ont décidé de continuer les démarches judiciaires entreprises contre la Ville de Montréal dans une autre histoire de bruit, celui engendré par les festivals de musique Osheaga, Heavy Montréal et île Soniq, au parc Jean-Drapeau. Les élus de Saint-Lambert n’ont pas obtenu d’injonction pour limiter le volume des concerts dès cet été, mais ils entendent bien défendre leur point de vue lors du procès qui se tiendra en 2016.

Les membres des Pollués de Montréal-Trudeau sont tellement à bout qu’ils affirment qu’ils changeraient volontiers de place avec les résidants de Saint-Lambert. Bien qu’ils soient bruyants, les concerts se terminent à 23 h et ils ne durent pas 12 mois par année, font valoir les Pollués. Les avions, eux, volent jour et nuit, à longueur d’année.

Daniel Lalonde, un courtier en financement de 52 ans, vit à Saint-Laurent depuis son enfance. «J’ai grandi sous les ailes des avions, dit-il. Mais la situation a empiré au cours des dernières années.» Les vols nocturnes seraient plus nombreux qu’avant, affirme-t-il. Le bruit est audible même lorsque les fenêtres sont fermées.

Contrairement à certains autres membres du groupe, souvent réveillés en pleine nuit, Daniel Lalonde arrive à dormir, «mais ce n’est pas un sommeil aussi réparateur». L’Organisation mondiale de la santé (OMS) estime en effet que le système nerveux demeure alors en état d’alerte (sécrétion d’hormone de stress et augmentation de la tension artérielle) ; cet organisme recommande que les populations ne soient pas exposées à des niveaux de bruit moyen dépassant 55 décibels.

Aéroports de Montréal (ADM) prétend pour sa part que les nuisances sonores engendrées par les avions ont diminué, notamment en raison du retrait progressif des appareils dotés de moteurs d’ancienne génération et grâce aux mesures d’atténuation du bruit mises en place, telles que des restrictions sur les vols de nuit pour les gros porteurs.

Chose certaine, le nombre de passagers augmente d’année en année. En 15 ans, il est passé de 8 millions de passagers par an à près de 15 millions, et ADM prévoit encore doubler l’achalandage au cours de la prochaine décennie. Le nombre de vols, lui, est resté stable — environ 230 000 par an —, notamment en raison de l’utilisation accrue des gros porteurs.

ADM recueille des mesures sonores grâce à ses sept capteurs situés dans les villes et les arrondissements bordant l’aéroport. Mais l’entreprise n’a pas répondu aux demandes répétées des résidants vivant plus loin à l’est, qui voudraient que des capteurs soient également installés dans leur quartier.

C’est pourquoi les Pollués ont décidé de procéder à de telles installations eux-mêmes. Ils ont fait appel à la société européenne Worldwide Aircraft Noise Services, qui offre conseils, matériel et analyse de données à des résidants fatigués du bruit, partout dans le monde. Au cours de la dernière année, les Pollués ont installé des micros à l’extérieur d’une dizaine de maisons réparties dans les différents quartiers touchés. Coût total de l’opération : environ 8 500 $, principalement obtenus par une campagne de financement populaire.

Les données enregistrées sont envoyées en continu sur le serveur de la société Worldwide Aircraft Noise Services, qui analyse la signature sonore pour s’assurer qu’il s’agit bien de celle d’un avion. L’ensemble des données recueillies est accessible en ligne (cliquer sur le Canada puis sur Montréal et sélectionner une station de mesure).

Ainsi, en juillet 2015, la station située dans l’est de Saint-Laurent a enregistré 7 207 vols de jour et 794 vols de nuit dont le niveau sonore dépassait 55 décibels — la norme suggérée par l’OMS. À Ahuntsic-Ouest, 583 vols de nuit ont aussi surpassé 55 décibels.

De jour, ce sont les écoliers qui écopent en raison du bruit. Daniel Lalonde, qui a coordonné l’installation des capteurs, a analysé les données et constaté qu’un avion passe en moyenne toutes les deux minutes au-dessus de quatre écoles primaires de son arrondissement. Des enseignants lui ont confirmé que le son des avions est parfois assez fort pour les interrompre. Les enfants peinent à se concentrer. Les pires moments de l’année : le début et la fin de l’année scolaire, quand il fait chaud et que les fenêtres doivent demeurer ouvertes, faute d’air climatisé.

Les Pollués de Montréal-Trudeau demandent notamment à Aéroports de Montréal d’appliquer un couvre-feu entre 23 h et 7 h du matin, de hausser les niveaux d’altitude des avions — à l’instar de ce que font d’autres aéroports dans le monde — et d’ajouter deux résidants touchés par le problème au sein de son conseil d’administration ; ils voudraient aussi que Transports Canada crée un organisme indépendant pour gérer les plaintes.

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16 commentaires
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Le bruit est un problème de plus en plus important dans les villes (et ailleurs). Trafic aérien, motos avec straight pipes, autos bruyantes, trafic automobile, outils de rénovation, outils d’entretiens du terrain, usines, voisins bruyants, bars, air climatisé bruyant, bateaux rapides, motoneiges, etc.

C’est surtout l’augmentation de toutes ces sources de bruit qui font qu’au total, c’est devenu un problème important.

Je ne comprend pas pourquoi la réglementation n’est pas un peu plus sévère. Sans être intolérant, il me semble que de régler le problème à la source aiderait grandement.

Vous dites que les bruit on diminué ? ??
J’habite à ville saint-laurent depuis 28 ans je n’avais jamais sentis tellement d’avions comme maintenant..
En plus du bruit vers 2 ou 3 heure du matin qui est extrêmement fort, avons nous pensé au fumées des avions sur les habitant? Avez vous imaginé si avion rate son décollage ou son atterrissage ??? Sa tombe en plein ville…. une catastrophe totale……

Je suis d’accord avec « Habitant Saint-Laurent », j’y habite depuis 43 ans et ce n’est pas de tout repos même la nuit il y a de gros porteurs…. Air Canada est appar. à défaut de payer les amendes pour les vols de nuit…. Ici, on agit que lorsqu’il y a une catastrophe et encore.

Mirabel a été, est et sera toujours la seule option viable. Ces mêmes Montréalais ont toujours voulu garder Dorval ouvert. En voici les conséquences, vivez avec maintenant

Mirabel, ça vous rappelle quelque chose? Quelle décision absurde que d’avoir tout concentré à Dorval. C’est à désespérer de la nature humaine. Où étaient-ils nos politiciens lorsque la décision a été prise? L’absence d’homme ou de femme d’État coûte très cher à notre société.

J’aimerais inviter Messieurs Cherry et Raymond d’Aéroports Montréal à venir souper sur ma jolie terrasse dans Villeray un de ces samedis soirs. Entre 18 h et 21 h, on ne s’entend pas. Un avion toutes les trois à cinq minutes environ. On n’avait pas mentionné le couloir aérien lorsque j’ai acheté la maison il y a maintenant dix ans… Maintenant, cela doit être déclaré je crois. Je suis libre de déménager direz-vous, mais j’adore ma maison, sa ruelle, les voisins. Et où iraient tous ces résidents ?

Quelle a été votre réaction lors de la fermeture de Mirabelle et maintenant de sa démolition ?

C’est bizarre le comportement des humains, le problème avait été résolu il y a 30 ans environ avec Mirabel. Ça refait surface maintenant, pas très brillant les personnes.

De 1962 à 1969 j’ai étudié au Collège St-Laurent (devenu CEGEP) et dès cette époque le bruit des avions allant à ou décollant de Dorval était tel qu’on devait interrompre les cours pour les laisser passer. C’était infernal et un peu plus tard on a fait ce qu’il fallait, soit déplacer le tout à Mirabel. Or les gros bonnets de Montréal se sont insurgés contre ce transfert et Mirabel n’a jamais atteint sa capacité. Il faut mentionner que l’absence de lien rapide sur rail entre Montréal et Mirabel a nui considérablement au développement de cet aéroport international.

Les voyageurs savent très bien que plusieurs grandes villes ont des aéroports assez loin des centres urbains (comme Charles-de-Gaulle près de Paris) et on compte sur un lien rapide, généralement par rail, pour atténuer les inconvénients de la distance. D’ailleurs les aéroports internationaux de Vancouver et de Toronto (Pearson) ont maintenant ces liens rapides.

Malheureusement pour les Montréalais, après l’éléphant blanc de Mirabel qui était en fait un projet visionnaire, les autorités ont tourné le dos à Montréal et vous vous retrouvez avec un des pires aéroports d’Amérique du Nord dont l’accès est difficile surtout aux heures de pointe et où le lien « rapide », l’autobus 737, est pathétique. Fermer puis démolir Mirabel a été une décision ridicule et bornée qui confirme l’adage qui veut qu’au royaume des aveugles, les borgnes sont rois!

En attendant, les gens affectés par le bruit vont devoir prendre leur mal en patience car il est évident que déménager PET ailleurs, ce qui serait l’option la plus efficace, est devenu une opportunité perdue.

J’ai un oncle qui a habité au bout des pistes de Dorval dans les années ’50 et s’est battu pour réduire le problème du bruit; cela a donné Mirabel en dehors de la grande ville. On l’a fermé et grossit l’aéroport de Dorval. Belle planification non complétée comme toujours le font nos gouvernements et forte décision de tout ramener. Nous n’apprendrons jamais. Devons-sous en rire ou en pleurer? Les deux sans doute, mais tout dépasse notre pouvoir d’individus.

J’habite à Saint-Laurent depuis six ans, tout près de Thimmens donc en plein sur la trajectoire des avions. Le passage des avions ne me dérange pas vraiment et j’aime les voir passer.

Par contre les tests de moteurs à haut régime 3-4 heures du matin (souvent des Dash selon le bruit) sont intolérables: c’est un bruit tres fort et continu qui dure pendant des dizaines de minutes de suite. C’est innaceptable a ces heures la!