Des semaines de quatre jours pour relancer l’économie ?

C’est la proposition de la première ministre de Nouvelle-Zélande pour relancer notamment le tourisme, en cette ère pandémique. Données à l’appui.

Photo : Simon Abrams / Unsplash

La première ministre de Nouvelle-Zélande, Jacinda Ardern, a annoncé en mai dernier que les entreprises du pays devraient prendre exemple sur la société Perpetual Guardian, qui a adopté définitivement en 2018 la semaine de quatre jours de travail, en apportant, chiffres à l’appui, des conclusions inattendues et un bilan très positif. Ce modèle, a soutenu la première ministre, devrait être reproduit à l’échelle du pays comme une solution pour sortir de la crise économique post-COVID.

D’autres, comme le Mouvement des entreprises de France (MEDEF), prônent une solution radicalement opposée en demandant au gouvernement, aux mêmes fins de relance économique, l’allongement du temps de travail.

Par ailleurs, de nombreux économistes estiment que la réduction du temps de travail constitue une progression logique d’une société de plus en plus productive et où les loisirs tiennent une place primordiale.

Que penser de tout cela ?

Moins de stress

Andrew Barnes, le PDG de Perpetual Guardian, est parti d’une constatation simple : ses employés subissaient un stress permanent lié à la recherche d’un équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle. L’entrepreneur a donc décidé, avec l’appui de l’Université d’Auckland, de réduire le nombre de jours de travail à quatre par semaine en maintenant le même salaire.

Les résultats de cette expérience se sont révélés édifiants : sur un échantillon de 240 salariés, la productivité hebdomadaire est restée la même, impliquant une meilleure productivité horaire. Le niveau de stress est passé de 45 % à 38 % et l’équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle de 54 % à 78 %.

D’autres éléments ont également progressé considérablement, comme la stimulation et l’engagement dans l’entreprise. Andrew Barnes explique ces chiffres par une meilleure concentration de ses employés et un stress et une fatigue moindres.

D’autres expériences ont également été concluantes, comme celle de Microsoft au Japon. Les chiffres de la productivité et le « bonheur » des salariés ont augmenté considérablement. L’entreprise a par ailleurs réalisé des économies non négligeables en papier, locaux, électricité, etc.

En macroéconomie, l’un des facteurs de production qui contribuent à la croissance d’un pays est le capital humain. On le mesure à l’échelle d’un pays par la performance au travail et les compétences des travailleurs. Si les compétences sont acquises par l’instruction et l’accumulation de l’expérience, la performance ou la productivité sont liées à plusieurs facteurs, notamment l’état de santé des travailleurs, mais aussi le repos (un des facteurs qui expliquent pourquoi la surcharge de travail au Japon réduit la productivité).

Autrement dit, un salarié en bonne santé, reposé, est plus performant qu’un salarié anxieux, malade ou fatigué. De nombreuses entreprises ont vu les performances de leurs salariés augmenter pendant le confinement, ce qui s’explique par des salariés moins stressés par les déplacements ou par les horaires de sorties d’école, moins fatigués (assez d’heures de sommeil, temps de déplacement accordé au repos, etc.) et en meilleure santé, car ayant une alimentation saine et équilibrée.

Aujourd’hui, un employé qui souhaite se rendre chez un médecin pour obtenir un certificat d’aptitude physique à l’exercice d’une activité sportive pour son enfant, ou tout bonnement réceptionner une livraison, refaire sa carte d’identité ou autre, sera amené à prendre un jour de congé, donc invariablement perturber le fonctionnement de son entreprise, modifier son planning, et générer du stress.

Un coup de pouce au tourisme

L’expérience néo-zélandaise a démontré qu’un jour de congé par semaine (choisi à la suite d’une concertation employé-employeur), souvent en milieu de semaine, permettait aux salariés de gérer leurs problèmes quotidiens, et d’ajouter des activités sportives en journée, ce qui contribue à long terme à des employés moins malades et donc moins enclins à prendre des congés de maladie et d’encombrer le système de soins.

On en vient à nouveau au capital humain. Les salariés se sentaient plus motivés et moins enclins à des distractions auxquelles les entreprises font la chasse, comme les sites Internet et les réseaux sociaux. Mieux ! L’expérience a montré que les cadres de Perpetual Guardian se sont lancés dans des formations et dans la recherche pour augmenter leurs compétences et leur performance sur leurs postes de travail pendant leur jour libre, contribuant ainsi à l’amélioration de la performance des entreprises.

La première ministre Jacinda Ardern n’a pourtant pas évoqué cette expérience lorsqu’elle s’est adressée aux entreprises, même si le gouvernement néo-zélandais a reçu les conclusions des études et s’en est manifestement inspiré. Ce pays, qui a relativement bien géré la crise de la COVID-19 avec peu de décès, en adoptant rapidement une stratégie de fermeture des frontières, a connu une baisse de son PIB liée à l’effondrement du secteur du tourisme.

En relançant le tourisme intérieur, la réduction du temps de travail constituerait un coup du pouce au secteur en Nouvelle-Zélande. Photo : Yunsun Kim/Shutterstock

C’est cet argument que la jeune première ministre a avancé, en soulignant que le tourisme intérieur pourrait être développé si les salariés travaillaient un jour de moins par semaine.

À l’échelle macroéconomique, l’augmentation de la demande dans le secteur du tourisme mènera invariablement à la création d’emplois (des emplois non « délocalisables » d’ailleurs). Une entreprise qui a un meilleur rendement est également une entreprise qui embauche (à moyen terme, Perpetual Guardian a décidé d’augmenter sa masse salariale) et qui produit plus.

À crise exceptionnelle, mesures exceptionnelles

Certes, la réduction du temps de travail pourrait être contre-productive dans certains secteurs industriels, dont la performance se mesure par le temps et non pas par la productivité (agents de sécurité ou d’accueil, techniciens, coiffeurs, etc.). Ce sont donc les professions intellectuelles qui devraient être visées en premier lieu par la réduction du temps de travail, car la performance intellectuelle n’est pas extensible et la fatigue fait diminuer la productivité.

Si on veut relancer une économie après une crise exceptionnelle, il s’agit  d’envisager des mesures tout aussi exceptionnelles, ainsi qu’un consensus social où l’effort des salariés sera à la hauteur des efforts des entreprises. La réduction du temps de travail représenterait un progrès économique et social, ainsi qu’un coup de pouce inespéré pour le secteur des loisirs qui paie aujourd’hui le plus lourd tribut de la crise économique.La Conversation

La version originale de cet article a été publiée sur La Conversation.

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