Des tout-petits privés de carte soleil

Des enfants habitant au Québec, dont bon nombre sont nés ici, n’ont pas accès à des soins couverts par l’assurance maladie en raison de leur statut d’immigration ou de celui de leurs parents.

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En 2017-2018, 56 nouveaux enfants, dont 25 étaient nés au Québec, se sont présentés sans carte soleil à la clinique destinée aux immigrants à statut précaire de Médecins du Monde, à Montréal. Pour leurs parents, c’était la seule façon de faire soigner leur enfant sans devoir débourser des centaines, voire des milliers de dollars… qu’ils n’ont pas.

« Les enfants qui ne bénéficient pas de soins de santé ou dont la mère n’a pas reçu un suivi médical pendant la grossesse sont plus à risque de connaître différents problèmes qui les suivront toute leur vie», signale Fannie Dagenais, directrice de l’Observatoire des tout-petits, une initiative de la Fondation Lucie et André Chagnon, qui a pour mission de contribuer à placer le développement et le bien-être des tout-petits au cœur des priorités de la société québécoise.

Au printemps 2019, l’Observatoire a publié un dossier détaillé sur le fait que la Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ) refuse d’assurer un enfant immigrant ou né au Québec tant que le statut de ses parents n’est pas régularisé, ce qui peut prendre de quelques mois à quelques années.

«Bien que nous ne disposions pas de statistiques globales sur le nombre de familles immigrantes non couvertes par la RAMQ, nous voulons sensibiliser la population à cette situation qui met en danger la santé d’enfants vivant ici, explique la directrice de l’Observatoire. Sans compter que les tarifs pour obtenir des soins sont majorés de 200 % pour les non-Canadiens. Pour eux, une visite à l’urgence coûte plus de 700 dollars et une hospitalisation, près de 5 000 dollars par jour. »

Un enjeu de justice sociale

« Puisqu’ils n’auraient pas les moyens de faire soigner leurs enfants, des parents immigrants craignent de les laisser jouer dans les parcs de peur qu’ils se cassent un bras », illustre Fannie Dagenais, qui se désole de cette situation vécue par des enfants nés dans des familles aux parcours diversifiés.

Par exemple, l’un d’eux est né au Québec de parents ayant fui leur pays d’origine pour échapper à la persécution, mais dont la demande d’asile n’a pas été acceptée. La RAMQ refuse toutefois de donner accès à l’assurance maladie à cet enfant, qui est pourtant citoyen canadien. Ou encore, il peut s’agir d’un enfant dont le père est étudiant international et la mère est active sur le marché de l’emploi grâce à un permis de travail. Alors qu’ils souhaitent s’installer pour de bon au Québec, des délais repoussent le traitement de leur demande de résidence permanente. Pendant ce temps, la famille n’est pas couverte par la RAMQ.

« Un seul enfant vivant sans assurance médicale au Québec est un enfant de trop. C’est un enjeu de justice sociale », affirme Samir Shaheen-Hussain, pédiatre urgentiste et professeur adjoint à la Faculté de médecine de l’Université McGill. Ce dernier agit aussi bénévolement comme consultant pédiatrique à la clinique de Médecins du Monde, à Montréal, où il soigne de jeunes enfants souvent mal en point.

Il constate que les familles immigrantes, craignant de payer une somme faramineuse à l’hôpital ou d’être dénoncées en ce qui a trait à leur statut d’immigration précaire, gardent l’enfant malade à la maison, espérant que les symptômes s’estomperont sans soins ou médication. Or, pendant ce temps, l’état de l’enfant se détériore.

« Même pour un problème relativement banal, ce délai peut avoir des conséquences très nuisibles, explique le médecin. J’ai déjà vu un jeune avec des ongles incarnés aux pieds tellement avancés qu’il ne pouvait quasiment plus mettre ses souliers et marcher pour se rendre à l’école. Et pour les enfants souffrant de problèmes plus graves et qui viennent nous voir de façon tardive, nous constatons des conséquences dramatiques : appendice perforé, leucémie diagnostiquée tardivement, défaillance cardiaque avancée et critique, poursuit le Dr Samir Shaheen-Hussain. La vie de ces enfants est carrément en danger. »

Comment améliorer l’accès aux soins de santé ?

Le rapport de l’Observatoire présente plusieurs pistes de solutions pour faciliter l’accès aux soins de santé de tout-petits de familles immigrantes. Par exemple, il serait possible de s’inspirer de la Loi sur l’instruction publique, qui, depuis 2017, donne droit à la gratuité scolaire aux enfants dont les parents demeurent au Québec de façon habituelle.

« Des études révèlent que les pays tels que la France et l’Espagne qui ont choisi de couvrir les soins de santé pour tous les enfants, peu importe leur statut d’immigration, n’ont pas connu une élévation majeure de leur budget de santé », poursuit Fannie Dagenais.

Par ailleurs, faciliter l’intégration socioprofessionnelle et sociale de tous les immigrants, favoriser l’intégration des enfants dans les services de garde éducatifs et réduire l’insécurité alimentaire constituent d’autres pistes de solutions.

Qui sont les immigrants sans assurance médicale ?

Des études effectuées dans différents pays ont mis en évidence quelques caractéristiques communes à ces personnes.

Par exemple :

  • Elles vivent généralement dans de moins bonnes conditions que la population du pays d’accueil.
  • Elles occupent plus souvent des emplois risqués et moins bien payés.
  • La pauvreté est plus importante pour ces familles.

C’est aussi le cas au Québec. Par exemple, l’enquête Migrants sans assurance médicale à Montréal, réalisée en 2017-2018 par des chercheurs de l’Université de Montréal auprès de 871 personnes, révèle que 48 % des familles non couvertes par la RAMQ ont déclaré « pouvoir subvenir seulement un peu ou pas du tout aux besoins de base de leur famille ».

Et parmi les femmes enceintes, 75 % avaient ressenti le besoin d’obtenir des soins de santé sans pouvoir en recevoir, indique une autre enquête menée à Montréal de 2014 à 2017 auprès de 72 femmes enceintes immigrantes recrutées à la clinique destinée aux immigrants à statut précaire de Médecins du Monde Canada.

« Ces familles doivent apprendre une langue étrangère, tisser un nouveau réseau social, et leurs diplômes ne sont pas toujours reconnus, rappelle Fannie Dagenais. Les barrières d’accès aux soins de santé, dès la grossesse, rendent donc ces familles vulnérables encore plus vulnérables, ce qui peut devenir un enjeu pour la société québécoise. » En effet, ces tout-petits, qui grandiront au Québec, contribueront à bâtir la société de demain !

Selon un sondage Léger réalisé en octobre 2018 pour l’Observatoire, 73 % des Québécois estiment que les enfants de cinq ans et moins vivant ici, et issus de parents ayant un statut d’immigration précaire ou sans statut régularisé, devraient être couverts par la RAMQ. Cette proportion monte à 82 % lorsqu’on parle d’enfants nés au Québec, et donc citoyens canadiens.

Ce contenu a été produit par Mishmash Studio de marques en collaboration avec l’annonceur. Les journalistes de L’actualité n’ont joué aucun rôle dans la production de ce contenu.

 

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