Des vacances sacrées

Une semaine à la plage avec un budget de 500 dollars pour une famille de quatre personnes, c’est possible ! Découvrez comment.

Les nouvelles vous donnent le cafard ? Votre portefeuille est au régime ? Ce n’est pas une raison pour confiner votre petite famille dans une barboteuse sur le balcon cet été. « Les vacances, c’est sacré ! » dit Anne-Marie Lecomte, chroniqueuse famille au magazine Châtelaine et mère de deux ados très énergiques. « Bien sûr, la situation économique nous inquiète. On va moins au resto, on limite nos dépenses. Mais pas question de se priver de vacances. Parce que c’est le moment de l’année où la famille se retrouve. On mange et on participe aux activités tous ensemble. C’est important. »

Sentiment largement partagé. Pour la majorité des gens, les vacances sont devenues essentielles, dit Paul Arseneault, directeur du Réseau de veille en tourisme de la Chaire de tourisme Transat, de l’École des sciences de la gestion de l’UQAM. Et les conditions économiques ont moins d’influence sur les projets de vacances qu’on ne pourrait le croire. L’an dernier, alors que le prix de l’essence atteignait des sommets insoupçonnés, CAA-Québec, entre autres observateurs, avait prédit une saison touristique difficile. « On s’est trompés, dit Philippe St-Pierre, porte-parole de l’organisme. Les Québécois ont même voyagé plus que prévu. »

Il faut donc relativiser la portée des mauvaises nouvelles. « Les attentats du 11 septembre 2001 avaient fait chuter le tourisme mondial de… 0,01 %=, rappelle Paul Arseneault. Les Américains avaient boudé les voyages pendant quelques mois, mais le reste de la planète avait continué à voyager. »

Qui dit vacances dit souvent voyages. Souvent, mais pas toujours… Car aujourd’hui comme il y a 15 ou 20 ans, près de la moitié des Québécois ne vont nulle part pendant leurs vacances. Ce bloc de sédentaires se divise en trois segments assez égaux, dit Paul Arseneault. Il y a ceux qui restent chez eux par goût — parce qu’ils préfèrent bichonner leur jardin ou barboter dans leur piscine, courir les festivals ou les musées. Un autre tiers reste à la maison pour des raisons familiales, un conjoint ou un parent malade, par exemple. Et le dernier tiers renonce pour des raisons financières. Une femme au chômage ou qui travaille au salaire minimum (neuf dollars l’heure à compter du 1er mai) et qui assume seule la charge d’une famille croit ne pas avoir les moyens de prendre des vacances.

Et si ce n’était pas hors de prix ? S’il était possible de s’évader, et même d’aller à la mer ? L’actualité a fait l’expérience et a cherché des idées de vacances d’une semaine à la plage pour une famille composée de deux adultes et deux enfants. Budget : 1 000, 2 000, 3 000 et 4 000 dollars.

« Mille dollars ? Pour une semaine ? C’est le pactole ! » rigole France Paradis. Auteure, scénariste, mère et animatrice de Parents Avis, sur la chaîne de télé Vox, elle jure avoir passé des étés complets en vacances avec ses trois enfants pour moins que ça. « Les vacances familiales ne sont pas négociables, dit-elle. C’est le ciment de la tribu. Ce qui ne signifie pas qu’il faille dépenser une fortune. Pour être en vacances, il faut surtout créer un climat, inventer un sentiment d’aventure. »

Elle se rappelle certaines années où, complètement fauchée, elle collectionnait les dépliants publicitaires des centres communautaires et culturels de sa région, des parcs-nature, des musées, des festivals, des fêtes, des foires… Bref, de tous ceux qui offraient des activités gratuites. « Je les étalais sur la table de la cuisine et on passait des soirées à faire notre programme, à choisir ce qu’on ferait et à quel moment. Et je vous jure qu’on se sentait déjà en vacances… »

Exaltantes expéditions d’un jour à vélo avec de jeunes enfants, journées caribéennes à la plage d’Oka, France Paradis a essayé toutes les formules. Y compris la tournée de la parenté en voiture. « Deux jours chez chacun, dit-elle. Ça te sort de chez toi, les enfants sont ravis et ça ne coûte que l’essence. Tout le monde est content quand tu arrives, et tu repars avant que ça tourne mal ! »

On s’en souviendra si se pointent des années de vaches faméliques… Cela dit, elle a raison : 1 000 dollars pour une semaine, c’est amplement suffisant. Recherche faite, une famille peut même s’offrir une semaine de vacances à la mer pour 500 dollars !

La famille d’Anne-Marie Lecomte a été, pendant des années, fidèle au parc national Kouchibouguac, au Nouveau-Brunswick. Camping magnifique, belle plage, eau chaude, la paix et la nature — son fils s’est déjà trouvé nez à nez avec un ours… Prix total : environ 1 000 dollars pour la famille.

Les Québécois n’ont pas attendu que l’indice Dow Jones plonge pour établir une relation privilégiée avec le camping. La Fédération québécoise de camping et de caravaning a vu le nombre de ses membres doubler depuis 10 ans. Partout au Québec, la quantité d’emplacements augmente sans cesse, le taux d’occupation aussi. Sur les deux rives du Saint-Laurent, en Gaspésie, aux Îles-de-la-Madeleine, dans les Maritimes, bref, dans l’est du Canada, on compte des dizaines de terrains de camping au bord du fleuve ou de la mer.

Cet été, Louise Gagnon, rédactrice en chef du magazine Camping Caravaning et grande amatrice de nature, s’apprête à tenter l’expérience en Provence avec ses deux enfants. À la fin juin, soit en moyenne saison, la location d’une voiture et d’une maisonnette tout équipée (que les Français appellent un mobile home…) près de la mer lui coûtera environ 1 000 dollars par semaine. Bien sûr, il lui faut amortir le coût des billets d’avion (environ 3 000 dollars). Mais elle s’en tire avec 6 000 dollars pour trois semaines en Europe pour trois personnes.

La seule pensée d’un sac de couchage vous donne des boutons ? Il y a d’autres options. Les auberges de jeunesse, par exemple, qui ont pris un virage famille il y a quelques années et dont plus d’une dizaine au Québec seulement sont situées à proximité d’une plage. On y offre, à 70 dollars la nuit pour quatre personnes, l’hébergement en chambre familiale ou en yourte, petit-déjeuner compris. Il y a aussi une cuisine communautaire où mitonner ses gueuletons.

Les conditions économiques pourraient peut-être accentuer la tendance au slow travel, qui se fait sentir depuis quelques années, selon Claude Péloquin, du Réseau de veille en tourisme de la Chaire de tourisme Transat, de l’UQAM. Il note un engouement grandissant pour la location de chalets, au point que des secteurs traditionnels, comme les gîtes, les auberges ou les hôtels, voient leur fréquentation diminuer.

D’autant que le marché a bien changé. Jean-François Demers a eu l’idée de créer un site (chaletsalouer.ca) après avoir passé quelques semaines à magasiner un chalet, en 2001. « L’agence m’avait posté des photocopies en noir et blanc de photos de chalets ! se rappelle-t-il. Je me suis dit qu’il y avait certainement moyen de faire mieux. » Aujourd’hui, de nombreux sites permettent de magasiner (et de visiter) des chalets.

Les affaires vont bien, confirme Jean-François Demers. Son site attire plus de 65 000 visiteurs par mois. Il a constaté une hausse des visites et des locations l’hiver dernier. Et pour l’été ? « Encore trop tôt pour l’affirmer, dit-il. Les gens magasinent de plus en plus à la dernière minute. » Un peu pour essayer de deviner le temps qu’il fera — au Québec, c’est peut-être plus prudent — et aussi parce que l’offre a tellement augmenté que les gens savent qu’il est possible de dénicher un chalet qui leur convient quelques semaines avant leur départ.

Quand le dollar canadien atteint la parité avec le dollar américain, comme l’an dernier, les Québécois sont plus attirés par les États-Unis, tandis que les Américains restent chez eux. Plus d’un demi-million de Québécois ont visité le nord de la côte est américaine au cours des trois dernières années. Mais une devise canadienne plus faible, comme c’est le cas cette année, risque de refroidir un peu leurs ardeurs.

À tort, peut-être. Car, Québécois, sachez que l’industrie touristique de la côte est américaine vous fait de l’œil. « Les Québécois sont notre marché le plus important », dit Roselyn Hunter, de l’Office de tourisme du Massachusetts. Et comme, cette année, les Américains ont peu de chances de voyager, même chez eux, les Québécois seront vraiment les bienvenus. On accepte le dollar canadien au pair dans certaines régions touristiques, et le New Jersey a créé un site Internet en français à l’intention des touristes québécois…

Claude Péloquin, du Réseau de veille en tourisme, parle avec bonheur de ses vacances de l’été dernier. Quatre familles d’amis s’étaient regroupées pour réserver un étage presque complet d’un motel à Old Orchard. « Nous étions comme chez nous, dit-il. La mer était belle, les enfants se sont amusés comme des fous, les parents cuisinaient entre amis. Le bonheur, à 60 dollars la nuit par famille. »

Craignant le mauvais temps ou simplement accros, de plus en plus de Québécois optent pour les Antilles, même l’été. Afin de les inciter au farniente, les grossistes du Québec offrent presque tous des forfaits économiques destinés aux familles — les enfants voyagent gratuitement ou à moindres frais. À notre demande, l’équipe de CAA-Québec a dégoté quelques formules à moins de 4 000 dollars pour une petite famille qui veut aller jouer dans la mer des Antilles ou le golfe du Mexique (voir lactualite.com/vacances). Il est aussi possible de trouver une petite auberge ou un « bungalow » dans des régions peu touristiques des Antilles.

Et si on accepte de troquer l’eau salée contre l’eau douce, les possibilités de vacances économiques se multiplient. Le Mouvement québécois des vacances familiales compte 27 centres de vacances où une famille de quatre personnes peut passer une belle semaine, en chambre familiale avec cuisine communautaire, pour moins de 600 dollars (et parfois pour moins de 300 dollars), activités comprises.

Cela représente trop de boulot ? Pour France Gagnon, mère de trois garçons, les vacances impliquent obligatoirement congé de popote et de vaisselle. Elle va, comme l’an passé, déménager sa smala au Havre familial de Sainte-Béatrix, dans Lanaudière. « Baignade, escalade, tir à l’arc, kayak, hébertisme, alouette, les garçons s’amusent toute la journée, dit-elle. Ils se sont fait des amis l’été dernier et n’ont qu’une envie, y retourner. Des vacances pour tout le monde, même pour moi ! » Coût approximatif d’une semaine, activités et repas compris : moins de 1 500 dollars.

« La plupart de nos clients reviennent près de 15 années de suite, dit Philippe Morand, directeur général du Havre familial. Parce que les enfants se font des amis, parce qu’il y a plein d’activités pour tous les âges et tous les goûts… »
La plage à petit prix ? C’est possible. Il suffit d’un peu de planification, d’un zeste de prévoyance, d’une goutte de débrouillardise.

Dans la même catégorie
Boutique Voir & L'actualité

Obtenez jusqu’à 40% de plus pour votre prochaine sortie