Diplômé ès catastrophes

Unique au Québec, ce DESS forme des spécialistes adaptés aux situations d’urgence et de sécurité. Un secteur où les besoins explosent.

Rachid Agoujime a bon espoir de travailler dans la sécurité des transports. (Photo: D.R.)
Rachid Agoujime a bon espoir de travailler dans la sécurité des transports. (Photo: D.R.)

Inondations, attentats, épidémies, séismes… on ne s’endort pas dans la classe de Michel C. Doré! Même en soirée et dans une salle dépourvue de fenêtres, son cours file en trombe, sans temps morts. Professeur au diplôme d’études supérieures spécialisées en gestion des risques majeurs à l’UQAM, ce sympathique chauve en costume-cravate est incollable sur les catastrophes qui ont secoué le Canada et le monde ces dernières décennies. C’est lui qui a recommandé la mise en place du programme, lorsqu’il était sous-ministre de la Sécurité publique du Québec (2005-2010). «Les postes consacrés à la sécurité civile ont explosé dans les transports, les villes, en environnement, en santé, dit-il. Or, il n’existait aucune formation universitaire au Québec et très peu au Canada, alors que les États-Unis en comptent plus d’une centaine.»

Ce programme multidisciplinaire de 2e cycle et de 30 crédits couvre les quatre étapes de la gestion des risques majeurs et des situations d’urgence: prévention, préparation, intervention et rétablissement. En plus des cours théoriques donnés par divers départements (dont ceux de droit, géographie et psychologie), des formations sont organisées sur le terrain — Centre d’urgence d’Hydro-Québec, Service de sécurité incendie de la Ville de Montréal, par exemple — et il y a un stage pratique.


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Ce jeudi soir de septembre, une quinzaine d’étudiants sont présents. Un groupe aussi hétéroclite en parcours (un pompier, une paramédicale, un cadre municipal, une statisticienne, notamment) qu’en âge (de 25 à 60 ans). «Certains ont un bagage théorique, mais peu de pratique, d’autres l’inverse», observe Michel C. Doré, lui-même infirmier, technicien ambulancier paramédical, pilote et parachutiste, en plus d’avoir été sous-ministre à Québec et à Ottawa. «Ça enrichit les échanges.»

Favorisant la polyvalence et l’esprit critique, les travaux d’équipe réalisés durant le DESS sont un avant-goût de ce qui attend les étudiants sur le marché du travail. Placés devant des situations complexes, ces futurs pros devront analyser les catastrophes, élaborer des stratégies de protection et les communiquer de façon efficace. Des perspectives qui enchantent Louis-Dominic Tardif, 26 ans. «J’ai besoin d’un emploi qui bouge et qui a une dimension humaine», dit cet ex-conseiller financier, qui compte exercer son métier dans le secteur de la santé. Tout aussi motivé, Thierry Dietrich, 60 ans, cadre aux Travaux publics à la Ville de Longueuil, envisage une deuxième carrière post-retraite. «J’ai vécu des moments intenses à la Ville, durant des tempêtes de vent et des chutes de neige extrêmes, dit-il. Chaque fois, nous avons été aux prises avec nos limites organisationnelles et matérielles: d’où mon intérêt pour la prévention des risques majeurs.»

Ce DESS attire aussi des immigrants qui souhaitent acquérir des compétences reconnues dans la province. Comme Rachid Agoujime, 39 ans. Arrivé au Québec en 2010, cet ex-pompier à l’aéroport de Casablanca, au Maroc, n’a jamais pu exercer sa profession au Québec. Agent d’intervention au Centre jeunesse de la Montérégie, il a préféré le DESS au diplôme d’études collégiales en sécurité incendie. «C’est un programme récent et encore peu de gens sont formés dans ce domaine, dit-il. J’ai bon espoir de travailler dans la sécurité des aéroports.»

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