Distanciation : le Québec dans une classe à part au Canada

Les Québécois sont les champions de la distanciation physique au pays. Ils vont moins au travail, dans les épiceries ou dans les parcs que les autres Canadiens… C’est Google qui le dit !

Photo : iStockPhoto

Le Québec est la province canadienne où la distanciation physique et sociale est la plus importante depuis le début de la crise du coronavirus. Et de loin. Les mesures imposées par le gouvernement Legault ont fortement ralenti les déplacements des Québécois, selon une analyse du géant américain Google.

La multinationale technologique a utilisé les données cellulaires de ses millions d’utilisateurs — anonymisés, précise l’entreprise — pour les géolocaliser et ainsi savoir à quels endroits ils se trouvaient entre le 16 février et le 29 mars dernier. Google a rendu publics ses chiffres pour tous les pays, incluant le Canada, ainsi que chacune des provinces.

Le Québec est l’endroit au pays où la fréquentation des lieux publics, des commerces, des épiceries, des pharmacies, des transports en commun, des parcs et des lieux de travail a le plus chuté depuis le début de la crise sanitaire. Les Québécois sont également légèrement plus nombreux à être à la maison.

Loisirs et commerces

La baisse de fréquentation des commerces et des lieux de loisirs a chuté de 70 % au Québec, alors que la moyenne canadienne enregistre une diminution de 59 %. La Nouvelle-Écosse (- 33 %) est la province où la baisse est la moins marquée. Nos voisins ontariens se retrouvent près de la moyenne, à 55 %.

Sur la planète, la décrue la plus significative est enregistrée en Italie et en Espagne, deux pays parmi les plus touchés, avec une chute vertigineuse de 94 %.

Modification des déplacements au Québec et au Canada

Épiceries et pharmacies

Même si elles sont encore ouvertes, les épiceries et les pharmacies sont moins fréquentées par les Québécois dans une proportion de 44 %. La moyenne canadienne affiche une baisse de 35 %.

C’est en Nouvelle-Écosse (- 7 %), au Nouveau-Brunswick (- 20 %) et au Manitoba (- 21 %) que la baisse d’achalandage est la moins significative au Canada. Après le Québec, c’est à Terre-Neuve que la chute est la plus importante, à 38 %.

Modification des déplacements au Québec et au Canada

Parcs

Le premier ministre François Legault souhaite que les Québécois — surtout les Montréalais — ne fréquentent pas les parcs en groupe, sous peine de sanctions.

Selon les chiffres de géolocalisation de Google, le nombre de Québécois qui fréquentent les parcs est en chute libre depuis quelques semaines, affichant une baisse de 68 %. La moyenne au pays fait état d’une diminution de seulement 16 %.

C’est loin d’être le cas partout au Canada, alors que les habitants du Nouveau-Brunswick se sont au contraire rués vers les espaces verts de leur province, avec une hausse de 101 % ! En Nouvelle-Écosse (+ 95 %), en Saskatchewan (+ 45 %) et en Colombie-Britannique (+ 27 %) les résidents sont également plus nombreux dans les parcs depuis le début de la crise.

Après le Québec, c’est en Alberta où les parcs sont les moins fréquentés, avec une baisse de 23 % depuis le 16 février.

Modification des déplacements au Québec et au Canada

Transport en commun

Encore une fois, les Québécois figurent en tête de la distanciation physique dans les transports en commun, qui sont pratiquement vides, avec une chute de 75 % de la fréquentation. Au Canada, la baisse moyenne est de 66 %.

Partout, la baisse est supérieure à 45 %.

Modification des déplacements au Québec et au Canada

Travail

Les Canadiens sont beaucoup moins nombreux à se rendre au boulot chaque matin, soit parce que le télétravail gagne en popularité — a-t-on le choix ? — soit parce que les gouvernements imposent de fortes restrictions aux entreprises dans leurs opérations.

Ainsi, les lieux de travail étaient 45 % moins fréquentés entre le 16 février et le 29 mars au Québec. Un chiffre certainement plus important aujourd’hui, puisque le gouvernement Legault a exigé le 25 mars dernier la fermeture des services non essentiels.

Modification des déplacements au Québec et au Canada

Résidence

Inévitablement, les Canadiens sont plus nombreux à la maison, avec une hausse de 14 %. D’une province à l’autre, les chiffres se ressemblent, oscillant entre + 15 % (Québec) et + 5 % (Nouvelle-Écosse).

Modification des déplacements au Québec et au Canada

Ailleurs dans le monde

Au Japon et en Suède, où les restrictions dans les déplacements sont beaucoup moins sévères, la chute de fréquentation des lieux de loisirs et des commerces est d’environ 25 % seulement.

Aux États-Unis, où le virage prévention n’a pas été pris à temps, on constate des chutes de fréquentation des lieux publics moins importantes qu’au Canada pendant la même période.

Ainsi, les Américains ont été moins nombreux dans les lieux de loisirs et les commerces (- 47 %), dans les épiceries et pharmacies (- 22 %), les parcs (- 19 %), dans les transports en commun (- 51 %) et au travail (- 38 %). C’est toutefois très variable d’un État à l’autre.

Toutes les données de Google, pour tous les pays, sont disponibles ici.

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16 commentaires
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Alors Google pourrait nous dire pourquoi nous sommes les champions au niveau du nombre de gens avec le virus et de décès!!

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Le Québec est la 2e province la plus peuplée et dépiste plus que l’Ontario, ce qui fait qu’il y a plus de cas répertoriés.

Nous sommes actuellement dans le brouillard concernant la propagation et le taux de mortalité du virus au Québec et les données véhiculées dans les médias sont seulement un faisceau d’indices imprécis et incomplet.

Le Québec a coupé dans les soins de santé durant quelques décennies et on en vit les conséquences. Nous n’étions pas prêts alors que, par exemple, la Colombie-Britannique l’était beaucoup plus et, dans ce cas, malgré des règles moins strictes qu’au Québec, la pandémie a frappé beaucoup moins. À la fin de la semaine, il y avait environ 1 100 cas en CB dont la majorité des gens guéris alors que le Québec en comptait 6 fois plus (plus de 6 000 cas avec moins de 100 guéris) alors que sa population n’est que 2 fois plus importante que celle de CB. La CB n’a pas connu les coupures brutales dans la santé que ce que le Québec a fait sous « l’austérité ».

Malgré que nous savions dès la mi-janvier que la pandémie s’en venait, le Québec n’a pris aucune disposition pour limiter les déplacements occasionnés par la relâche du début de mars et nous étions la première province à avoir la relâche au pays. Les autres n’ont effectivement pas eu de « Spring Break » et on sait que c’est l’afflux de voyageurs qui sont revenus avec seulement une quarantaine « volontaire » qui a causé un pic important de la propagation de la pandémie. Il aurait fallu une vraie quarantaine, dans des endroits surveillés mais l’ampleur du nombre de voyageurs rentrant au pays après la relâche rendait ce processus très onéreux et difficile à appliquer. L’autre mesure qui a été négligée est le fait que les travailleurs de la santé n’ont pas suffisamment d’équipement de protection pour les protéger de l’infection, ce qui est aussi inexcusable.

On a beau encenser le triumvirat Arruda-Legault-McCann, il reste le fait que l’ampleur de la pandémie s’explique surtout par le manque de préparation et de prévoyance du Québec et si on dit qu’on teste plus que les autres, alors allez donc expliquer le fait que plusieurs personnes qui signalaient aux autorités qu’elles croyaient être infectées n’avaient pas accès aux tests parce qu’elles n’avaient pas voyagé. De toute évidence on n’avait pas assez de tests et on était pas prêts. Les politiciens prennent maintenant des mesures draconiennes pour cacher le fait qu’ils sont responsables de la négligence et de l’imprévoyance du Québec pour faire face à la pandémie.

@ Ronald Leduc,

C’est actuellement au Québec que vous pourrez trouver une des méthodologies parmi les plus précises du monde, puisque la province a adapté ses calculs aux meilleures pratiques. Les calculs ne sont pas basés sur des « indices » comme vous le dites mais bien sur des faits.

En pratique le site de Radio-Canada offre des données fiables mises-à-jour régulièrement, le lien est ci-dessous :
https://ici.radio-canada.ca/info/2020/coronavirus-covid-19-pandemie-cas-carte-maladie-symptomes-propagation/

@ NPierre,

Autant que je sache, le Québec était au 26 mars dernier la quatrième province pour le nombre de tests/ 100 000 habitants, je n’ai pas les chiffres du jour mais au cours de la dernière semaine, ce sont au moins 4000 tests/ jours qui sont pratiqués, ce qui placerait probablement notre province parmi celles qui testent le plus dans le monde.

Après vérification des procédures en Colombie-Britannique (à moins qu’elles n’aient changées depuis), les personnes ayant des symptômes légers ne sont pas testées, elles sont tout simplement renvoyées à la maison. Et n’entrent pas dans la statistique. Tout porte à considérer que la comptabilité des cas de Covid-19 en C-B — moins rigoureuse qu’au Québec -, permette de minimiser non seulement le nombre de cas réels, mais encore le nombre de décès.

Nous savons par exemple que dans des résidences qui accueillent les personnes âgées, plusieurs cas de décès n’ont pas été comptés comme Covid-19. Ceci aurait été évoqué dans la Vallée de l’Okanagan notamment. Je me garderais bien d’extrapoler sur les autres régions… Mais si cela devait être vrai pour minou, ce pourrait-il que cela soit aussi vrai pour pitou ?

À cet effet, il me semble que plusieurs provinces ne comptabilisent principalement que les décès dans les hôpitaux, ce qui exclut d’autres lieux de facto.

En revanche, le Québec a révisé sa méthodologie comptable, choisissant la voie de la transparence, en sorte que tous les cas soient désormais rapportés partout ; que toutes personnes référées même avec des symptômes plus légers soient dûment testées. C’est ce qui explique en grande partie les chiffres révisés de ces derniers jours qui englobent des cas non déclarés antérieurs à la révision.

Selon moi, quoique tout ne soit pas parfait, le Québec a pour le moment la gestion la plus exemplaire du Canada. Une démarche que devraient suivre toutes les provinces dans un souci d’union, de concorde et d’harmonisation.

Comme des transferts en santé du fédéral devraient être alloués en proportion du nombre de cas par provinces (et non en proportion de la densité de population) cette approche de transparence serait tout à l’avantage des provinces quelles qu’elles soient.

Je vous laisse le soin de revoir par vous-même de la pertinence de tous vos arguments. Merci d’avoir pris le temps de me lire.

Comme le dit l’article, la situation des états aux États-Unis est variable. Certains états sont fermés et d’autres, pas du tout. Un journaliste américain a fait un commentaire pertinent : « Ça ne fonctionne pas. C’est comme avoir une section pipi dans une piscine. »

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Je crois que les Québécois ont compris, c’est plus facile pour nous on a un grand territoire, ce sont les grosses villes qui n’ont pas cette possibilités.

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C’est une bonne nouvelle. Par contre, on ne doit pas se servir de ses chiffres pour s’auto congratulé et baisser notre garde. Il y a encore beaucoup trop de gens qui ne respect pas les consignes. Si vous n’êtes pas convaincu poser la question aux maires des petites municipalités a vocation touristique. Ou encore, posé la question aux médecins épuisés qui supplie les gens de rester à la maison. Et si vous n’êtes pas conscient du dommage que peu faire une seul personnes infecté, aller voir ce qui s’est passé avec l’équipe de hockey à Racine.

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Monsieur Julien Lafleur dans ses commentaires pose une très bonne question, il est très possible en effet que ces chiffres relevés de géolocalisation donnent une « fausse impression » que nous sommes en sécurité. La façon dont se déplace le virus est plus aléatoire et je remarque qu’il y a encore des gens qui se font des interprétations très personnelles de ce qu’est l’isolement et le confinement.

— « Pour nous autres c’est différent ! », c’est ce que je peux observer autour de moi dans ma vie quotidienne….

Plusieurs études tendraient à démontrer qu’il y a un décalage (deux semaines ou plus) entre le moment où des personnes sont infectées et le moment où elles développent des symptômes. C’est ce qui fait qu’il y a des vagues successives d’éclosions. Puisque les personnes infectées peuvent allègrement refiler le virus à une multitude de tiers.

N’oublions pas que ce fameux « pic » pourrait ne pas être atteint avant encore un mois (ou plus) et honnêtement j’ai plus peur aujourd’hui que je ne l’étais voici deux semaines seulement.

Ce que ne montre pas Google, c’est la variété des comportements humains. Eh bien non ! Je ne crois pas que le Québec se place dans une classe si à part que ça et j’appréhende que monsieur Castonguay — en tout respect -, ne véhicule pas le message adéquat précisément dans ce cas.

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Distance sociale, pas distanciation qui signifie : Fait de créer une distance entre soi et la réalité.

@ Helene Gervais,

Bonjour madame,

Je ne vois pas très bien en quoi vos commentaires (répétés deux fois) me touchent personnellement puisque je n’ai pas fait usage ne serait-ce qu’une seule fois du mot « distanciation » dans mes exposés.

Peut-être un peu de « mauvaise humeur » bien compréhensible de votre part, due au confinement ? Soyez assurée que je compatis….

Nonobstant, s’il est correct de faire usage du terme de « distance sociale », le terme de « distanciation sociale », n’est pas incorrect pour autant quoique le terme utilisé rarement — jusqu’à ce moment -, dans la langue française était souvent accompagné de guillemets.

Ainsi Émile Zola écrit-il : « Vivons-nous la fin de la « distanciation » sociale du siècle dernier ? »

D’autre part, la définition que vous utilisez du mot « distanciation » est seulement celle qui est employée pour le théâtre et les arts dramatiques. Dans tous les autres domaines, il s’agit plutôt de : « Recul pris vis-à-vis de ce qu’on dit, de ce qu’on fait, de ce qu’on montre » — (Source : CNRTL, Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales).

Ainsi la distanciation physique ou sociale consiste bien à prendre de la distance par rapport à ce que nous faisions auparavant.

Dans cet article, c’est Alec Castonguay qui écrit ceci : « Le Québec est la province canadienne où la distanciation physique et sociale est la plus importante depuis le début de la crise du coronavirus. »

Si cet usage choque votre bon entendement, vous devriez vous adresser directement à la rédaction de L’actualité pour qu’elle procède à des corrections.

— Bien à vous en toute distanciation physique et sociale, comme cela se doit….

ADDENDA :

Au moment où je rédigeais mes premiers commentaires, je ne disposais pas des données les plus à jour. Ces données mises-à-jour le 4 avril confirment que c’est bien le Québec qui après l’Alberta teste le plus au Canada : près de 88 000 tests pratiqués pour un peu moins de 8000 cas. En moyenne 982 tests/ 100 000 habs. La Colombie-Britannique n’est pas en reste : en moyenne 899 tests/ 100 000 habs.
Sources : INSPQ
https://www.inspq.qc.ca/covid-19/donnees

Comme le précise l’Institut pour le nombre de cas : « Les comparaisons provinciales doivent être interprétées avec prudence puisque la stratégie de dépistage des cas peut différer entre les provinces. »

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