Dites : Racisme systémique

Si un nombre important de victimes d’un phénomène s’entend pour dire que « oui, c’est ça qui nous arrive », ça me suffit pour me dire que ce concept existe et qu’il est légitime.

Photo : L'actualité

J’ai regardé un extrait de l’émission La joute l’autre fois. Amir Khadir et Mathieu Bock-Côté s’obstinaient au sujet du racisme systémique. À première vue, juste à partir de la gestuelle essoufflée de Bock-Côté, je m’étais dit non, je ne vais pas cliquer sur cette vidéo. J’ai plus ou moins envie de me faire attaquer par un essaim d’abeilles. Et les mots du sociologue sont généralement conçus pour mitrailler.

Finalement, c’était moins pire avec le son, grâce à la réponse exemplaire de M. Khadir. Calme, empathique, presque amusé par le verbiage de Bock-Côté, il ne se laissait en rien déstabiliser. J’aurais eu envie de le voir débattre contre Trump. Autant j’étais impressionnée, autant j’étais triste. Je voyais en Khadir ce que je sais reconnaître parce que je suis une femme : l’expérience de la victime.

M. Khadir a dû être exposé à la condescendance « du Blanc qui sait » aussi souvent que j’ai été amoindrie par un ego masculin. J’ai connu des hommes qui n’aiment pas les femmes intelligentes, qui n’aiment pas nous voir fortes, libres… Non pas des tortionnaires, tout simplement des hommes mal dans leur peau qui préfèrent les femmes dociles. Qui aiment que l’âme féminine serve à les flatter. Autant le poil du chest, pendant qu’ils nous apprennent la vie, que leur grandeur d’âme. Je lève les yeux au ciel.

J’ai connu des hommes narcissiques qui n’aiment pas qu’on laisse tomber les perches qu’ils nous tendent et qui nous testent pour voir si nous marchons dans leurs plans. J’ai connu des hommes qui se servent des femmes, puis les jettent lorsqu’elles ne correspondent plus à ce que veut leur ego. J’ai connu des hommes qui ont l’habitude d’être entourés de femmes qui boivent leurs paroles… Et ceux-là n’aiment pas que l’on ne soit pas impressionnées, ceux-là n’aiment pas qu’on les remette en question, et par-dessus tout, ceux-là n’aiment pas avoir tort.

Avoir tort, c’est perdre la face. Mathieu Bock-Côté avait tort face à Khadir. Son explication et sa vision du racisme systémique, au-delà d’être cachées dans un sac de mots inutiles qui étourdissent l’adversaire, manquaient cruellement d’une chose qu’Amir Khadir possédait : l’expérience personnelle. L’expérience d’un homme qui, dans son parcours, a vu de ses yeux ce système l’amoindrir. Tout le monde a le droit de débattre, mais c’est sûr que si je participe à un débat sur le racisme systémique avec une femme noire, j’aurai beau m’exprimer parfaitement et articuler ma pensée de manière claire, elle aura une longueur d’avance parce qu’elle est forte d’une expérience que je n’ai tout simplement pas.

C’est en ça que le premier ministre François Legault fait une erreur à mon sens grave dans ses prises de parole contre le racisme. Certains diront : mais qu’est-ce que ça change qu’il dise ou non qu’il y a du racisme systémique puisqu’il reconnaît clairement qu’il y a du racisme au Québec ? Ça change que cette expression ne lui appartient pas. Si un nombre important de victimes d’un phénomène s’entend pour dire que « oui, c’est ça qui nous arrive », ça me suffit pour me dire que ce concept existe et qu’il est légitime.

« Culture du viol » est une expression que beaucoup rejettent parce qu’il est insupportable d’imaginer qu’il y aurait un phénomène si puissant d’agressions envers les femmes qu’en additionnant ces comportements ils formeraient une culture. Et pourtant…  #MeToo a soulevé une roche sous laquelle se cachaient un nombre incalculable de bibittes.

Que les gens qui sont victimes de racisme dans nos institutions, nos hôpitaux, nos écoles, face à nos policiers, quand ils se cherchent un logement ou un emploi s’entendent pour dire que l’ensemble de ces agressions forme un système qui les désavantage et les blesse, je ne vois pas en quoi un homme blanc et aussi puissant que le premier ministre aurait le droit de remettre cela en question. Surtout s’il est bien intentionné, comme semble l’être François Legault.

Qu’est-ce que ça changerait qu’il dise que oui, un racisme systémique est en place ? Ça changerait que beaucoup de citoyens du Québec et d’autochtones sentiraient qu’on reconnaît qu’ils existent. Que leur expérience dans notre société est différente de celle d’un Blanc. Et reconnaître la souffrance d’autrui, ça la soulage.

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En tout respect, il aurait été approprié de votre part de parler de discrimination systémique, plutôt que de racisme systémique.
Voyez y une nuance qui ne diminue en rien les injustices que peuvent subir tout les autres sauf « les hommes blancs.« 
Vous trouvez un défaut, une tare qui incombe à tout les hommes blancs.
En y regardant d’une autre façon le racisme systémique, on pourrait y voir une façon de ne pas viser les racistes qui nous entourent (moins confrontant…notre vieux fond catho.)
Trop facile de culpabiliser tout le monde et ainsi ne pas dénoncer les coupables de cette façon de procéder. Le système dans lequel nous vivons se doit d’être equitable pour tous sans discrimination, les lois doivent en être le fondement
Une question pour terminer mon petit avis
Lorsque vous regardez toutes les autres sociétés dont vous avez une certaine connaissance…Diriez-vous qu’elles entretiennent un racisme systémique ou une discrimination systémique ?
Bonne journée

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Le concept de racisme systémique est facile à comprendre, surtout pour ceux qui le vivent et ceux qui en sont témoins. Ça existe au Québec puisqu’on est une société colonialiste qui traite toujours les peuples autochtones comme des citoyens de seconde classe qui ne peuvent même pas se gouverner selon leurs lois, leurs langues, leurs cultures et même pas sur leurs territoires ancestraux qu’on exploite sans honte, sans traité, sans leur consentement. On peut trouver un village anichinabé à quelques mètres d’un barrage hydroélectrique au Québec, sans avoir l’électricité. Ça c’est sans parler des villages très nombreux qui n’ont pas d’eau potable.

Les Anichinabés sont inquiets pour les orignaux sur LEUR territoire? Foin, la cour de la société dominante émet une injonction pour les empêcher de sauver les animaux desquels ils dépendent en grande partie. Les forestières ne se sont pas gênées pour détruire leurs terrains de piégeage pour enrichir les multinationales et leurs actionnaires.

C’est le temps d’appeler un chat un chat et les Autochtones savent ce qu’ils vivent et Mme Stréliski l’a compris. On parle de réconciliation mais ont veut pas avouer nos torts. C’est pas comme ça qu’on va avancer car en matière de réconciliation il y a un élément essentiel: la confiance. Elle est absente depuis très longtemps chez les peuples autochtons qu’on a voulu faire disparaître en tant que peuples, qu’on a trahi et dont on a abusé. Après ça on a le front de dire que ce n’est pas du racisme systémique?

Sauf que maintenant on ne peut plus entendre le mot « racisme » sans que n’y soit ajouté l’adjectif « systémique » et ça ce n’est pas normal car ça endoctrine les esprits moins rationnels.

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Bock-Côté a été ridiculisé par cet hautain de Khadir. Sa qualité d’homme blanc le discréditait d’emblée aux yeux de Léa Stréliski et de M. Khadir.

Un débat sur le racisme « systémique »…
Ma belle-maman, dont la langue première était l’anglais, disait toujours  « Ah! Les petits mots… » Oui, ces petits mots qui sont les seuls à pouvoir décrire une réalité… ceux sur lesquels nous pouvons bâtir, sur lesquels nous pouvons asseoir nos actions futures.
En ce moment, il me semble que ceux et celles qui se prononcent sur le sujet se présentent comme faisant du magasinage. Chacun et chacune a son idée sur la façon dont le racisme doit être habillé… mais là n’est pas la question.
Au Québec la Charte des droits et libertés de la personne a été adoptée à l’unanimité par l’Assemblée nationale du Québec le 27 juin 1975. Elle est entrée en vigueur le 28 juin 1976.
Au Canada, la Charte fait partie du texte fondamental de la Constitution canadienne du 17 avril 1982.
Dans les deux Chartes, le législateur fait état de l’interdiction de discrimination. Et pourtant!
Au Canada, la loi qui régit les indiens (???) crée de facto un groupe distinct protégé et infantilisé par des règles dont s’est inspiré l’Afrique du Sud en créant l’apartheid… Et vous savez comment on définit cette réalité? Il s’agit d’un régime de « discrimination systématique »…
Aujourd’hui, une femme est morte. On met sur la table la réalité du racisme. D’autres lois, telles celles portant sur l’immigration amènent également leur lot de racisme. Ces lois font partie de nos vies. À elles seules, elles engendrent un lot de préjugés. Les Chartes parlent d’égalité mais elles doivent vivre avec toutes ces lois qui elles engendrent des inégalités. Le débat est tellement plus large qu’un seul mot qui, si on le reconnaît, vient tout régler. Cela dit, il est grand temps qu’on se mette au travail et qu’on arrête de s’excuser.

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Madame Stéliski, il vous faudrait pour un instant échapper à l’instant présent et aux médias sociaux et aux algorithmes dans lesquels vous semblez enfermée, et vous plonger dans l’Histoire et la Géographie. Le racisme, le mépris et l’injustice existent et on existé partout sur la Planète depuis que l’Homme existe. Les Chinois ne sont pas des Blancs, et pourtant ils « génocident » les Ouighours et les Tibétains. Les Noirs d’Afrique fournissaient eux-mêmes des Noirs comme esclaves aux esclavagistes. Les Anglais vainqueurs des Canadiens les méprisaient jusqu’à 1960, j’en suis un vieux témoin. Les Arabes d’Arabie saoudite exploitent la main-d’oeuvre philippine. Le racisme, pour qu’on l’appelle systémique, doit être inscrit dans les lois que nous avons votées. Trouvez-moi une loi québécoise qui n’est pas universelle mais raciste. Les adeptes du mot systémique, jamais défini, se retrouvent parmi les gens qui cherchent à morceler la population en sous-groupes, les LGBT, les immigrants, les Noirs, les Jaunes, les Autochtones, les Amérindiens, les multiples cultures. Ce qui nous conduit au multiculturalisme à la Trudeau. Son papa n’a-t-il pas fait preuve de racisme envers les Québécois? Nous étions très pauvres à l’époque. J’avais un oncle qui vivait à Ville Jacques-Cartier. C’était la misère, l’exclusion. Je vous préfère en musique.

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Quelle démonstration de mauvaise foi et d’ignorance de la part de cette journaliste « Je voyais en Khadir ce que je sais reconnaître parce que je suis une femme : l’expérience de la victime. M. Khadir a dû être exposé à la condescendance « du Blanc qui sait » aussi souvent que j’ai été amoindrie par un ego masculin. » Se ranger d »emblée sur de telles basesdu côté de Kahdir pour des telles raisons absurdes tien d’un subjectivisme primaire qui n’a pas sa place sur la tribune publique. Et ce Khalir avec son air de supériorité tente de ridiculiser Bock-Côté en disant qu’il est sur la défensive.e et qu’il devrait cesser de l’être, et qui se croît malin avec son exemple tiré du hockey : NON! Monsireur Khadir, si la violence est tolérée au hockey, ce n’est pas le cas dans notre société civile en ce qui concernce le racisme. Et puis Khadit invalide en amont toute argumentation de Bock-Côté parce qu’il est Blanc, parce que seuls les « groupes potentiellement victimes » du racisme devraient avoir droit de parole sur ce sujet. Le manque de rigueur — d’intelligence — intellectuelle de Léa Stréliski est effarant.

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Si je comprends bien la journaliste Lea S., dans un débat sur le racisme systémique avec une femme noire, j’aurais beau m’exprimer parfaitement et articuler ma pensée de manière claire, elle aura une longueur d’avance parce qu’elle est forte d’une expérience que je n’ai tout simplement pas. Et je devrais me plier à ses dires même si cette femme Noire affirme que seuls les Blancs peuvent être racistes, comme cela a déjà été dit haut et fort. Évidemment, en tant que Blanc je suis raciste à la manière d’un Blanc et un Hutu est ou a été raciste (et comment!) envers un autre gourpe Noir à sa manière. Quelle pauvreté ( ou malhonnêteté?) intellectuelle manifestée par cette journaliste.

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M. Khadir et la journaliste Léa S. rejettent d’emblée du revers dela main tout ce que Bock-aurait pu dire car il est un homme Blanc. Quelle condescendance!

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Les lois esclavagistes existaient aux États-Unis jusqu’aux années 1960. Les Noirs ne pouvaient pas entrer dans les bus des Blancs ni dans leurs restos, etc. Voilà du racisme « systémique ». Les lois chinoises (donc de race jaune) en pays ouighour et tibétain sont des lois écrites et racistes, ségrégationnistes. Les lois turques arabes et musulmanes, avant, pendant et après la Grande Guerre de 1914-18, excluaient les Arméniens. Les Turcs sont même allés jusqu’au génocide arménien. Lisez le célèbre et passionnant roman « Un millionnaire à Lisbonne » de José Rodrigues Dos Santos, et vous comprendrez enfin le mot « systémique ». Le racisme ordinaire et les injustices que vous déplorez avec raison et qui sont universels,n’ont rien de
systémique. Pas plus que votre racisme envers les Blancs, qui me semble systématique et inacceptable.

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La généralisation est un dangereux angle d’attaque au débats franc et sincère. Il classe malheureusement ceux et celles qui ne pensent pas comme les bien-pensants dans la catégorie des pestiférés et des non recevables.
Vous parlez de différents types d’hommes qui considèrent les femmes comme leurs soumises, leurs inférieures, comme si l’équivalent féminin n’existait pas. Que dites-vous de ces féministes enragées qui ne souhaitent qu’une chose… la disparition des hommes, purement, simplement, et elles ne s’en cachent même plus. Si un homme tenait le même discours que ces femmes là, il serait crucifié sur la place publique.
Pour en revenir à Khadir et Côté, je n’ai pas écouté leur échange, mais je peux dire que d’une certaine façon, j’apprécie les deux pour des raisons différentes. À leur façon, ces deux personnages sont réfléchis, équilibrés et aussi des passionnés. Ils sont capable de débattre sans s’arracher les cheveux ou insulter l’autre inutilement. Ce qu’on ne voit plus à Radio-Canada… de vrais débats !
Il faut donc savoir peser le pour et le contre dans ces situations sans verser dans l’exagération sémantique.
Oui, il y a des racistes et c’est déplorable, mais de là à dire que c’est tout le système qui l’est reviendrait à dire que c’est TOUT le monde qui l’est; et ça, je n’y crois pas, mais pas du tout. Et encore moins que le racisme ne soit que BLANC, et que tous les autres sont sans péchés. Faire croire à une telle sornette ne peut que pousser bien des gens à basculer vers l’agressivité, se sentant continuellement accusés et culpabilisés alors que dans leur for-intérieur il ne sont pas ce qu’on veut leur faire croire qu’ils sont, selon la mode du moment.

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D’accord avec M.Brunet. Il faut nommer les choses par leur nom. Voici en référence un article de La presse qui mérite éclaire sous un autre jour ce sujet brulant:
LE RACISME « SYSTÉMIQUE » QUÉBÉCOIS, UNE FABRICATION
https://plus.lapresse.ca/screens/d577d04a-5dd1-4b36-83b1-057aba577393__7C___0.html

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Clair et net. Très bon article de La Presse.
Voila qui donne de l’eau au moulin de M. Legault de ne pas céder à cette autre vague de confusion gauchiste.
Désolé Mme Stréliski, vous baissez dans mon estime quand vous sortez de votre poésie.

Je ne sais plus quoi penser; je nage en plein désarroi. Mathieu Bock-Côté, un suprémaciste blanc? Avec du poil sur le chest? Et qui adore les nunuches? J’aurais aimé le savoir avant, ça m’aurait évité de lire son « verbiage », et d’écouter ses « mots inutiles ». J’espère que la police (de la pensée) le tient à l’oeil; il pourrait bien s’aviser de poser des bombes – logiques – un peu partout, histoire d’essayer de renverser le (nouveau) régime. Quelle horreur!

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