Docteurs : «Last call !»

Il n’y a pas si longtemps, ils étaient des héros. Au chevet des mourants, aux côtés des affligés, les médecins de famille apportaient le savoir, le remède et le réconfort. Mais combien de Québécois croient encore au bon docteur ?

Docteurs : «Last call !»
Dre Ruth Vander Stelt – © M.Campanozzi/La Presse

Surtout pas ceux qui font la queue devant une clinique sans rendez-vous par – 20° un matin d’hiver (alors qu’ils font eux-mêmes 39° de fièvre), espérant voir un de ces dieux inaccessibles pour qu’il leur dispense ses soins.

Privés de services de première ligne rapidement accessibles – et de visites à domicile pour les enfants ! -, les Québécois, longtemps partisans du réseau public, ont commencé depuis peu à se laisser tenter par l’idée de la privatisation. Pourtant, toute l’expérience mondiale montre que c’est un réseau public qui crée le plus de santé par dollar investi. Faut-il que les malades soient découragés !

Des solutions existent pour rendre le réseau plus performant. L’« accès ouvert », qui force les médecins à garder des plages horaires libres pour voir des malades, en est une. Les infirmières cliniciennes en sont une autre.

Les médecins ontariens auront beau dire que ces « superinfirmières » sont un piège – pour le patient, qui y perdrait la complémentarité médecin-infirmière -, ils ont eux-mêmes fait le lit dans lequel leurs malades veulent se coucher.

Personne ne l’a mieux dit que la Dre Ruth Vander Stelt, présidente de l’Association médicale du Québec, lors d’un récent colloque étudiant : on vous a formés pour répondre aux besoins, a-t-elle rappelé aux futurs médecins, « et voici que vos droits individuels priment sur les besoins de tous ».

Les jeunes médecins ne veulent pas prendre la responsabilité de milliers de patients en cabinet – surtout si ces derniers sont vieux, lents et affligés de multiples maux ? Ils préfèrent la liberté de faire d’autres tâches qu’ils jugent moins lourdes et mieux rémunérées ? Fort bien.

Mais il y a des conséquences : les médecins sont aujourd’hui dénigrés par d’autres professionnels de la santé, et la population a une mauvaise image d’eux. S’ils ne veulent pas que l’État grignote cette autonomie qui leur est si chère, ils doivent changer d’attitude.

« La population n’acceptera plus de verser 5,5 milliards à quelques milliers de médecins pour des services qu’ils rendent de moins en moins », a déclaré l’ex-président du Collège des médecins, le Dr Yves Lamontagne, à L’actualité médicale dans une entrevue d’une grande lucidité.

La médecine est désormais un sport d’équipe. Les maladies et les traitements sont de plus en plus complexes. Malheureusement, trop de généralistes « la jouent perso ». Et leur syndicat les soutient.

Tous ne sont évidemment pas faits du même bois. Il faut avoir vu sangloter un médecin forcé à la retraite par des problèmes de santé pour savoir ce qu’il en coûte à certains de laisser en plan au moins 1 500 patients.

Le mode de rémunération à l’acte bloque aujourd’hui toute réorganisation des soins. L’État doit faire le ménage dans ce mode ou permettre à d’autres professionnels de venir à la rescousse des malades.

Les superinfirmières ne sont pas le remède universel, mais les cliniciennes – déjà présentes dans le réseau – et les praticiennes – plus récemment formées – n’en ont pas moins beaucoup à offrir ! Le Québec a tort de s’en priver. Surtout pour faire face aux maladies chroniques.

En évitant de se mettre à l’écoute du ras-le-bol du public, les généralistes risquent gros. Le last call a déjà sonné.

* * *

À LIRE :

Un entretien avec la Dre Ruth Vander Stelt,
présidente de l’Association médicale du Québec >>


Un entretien avec le Dr Yves Lamontagne,
qui jette un regard critique sur l’évolution de la médecin >>

L’expérience du Dr Jean Boucher, en Outaouais,
avec une infirmière praticienne spécialisée (IPS) >>

 
dr-casontguay

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Le livre Santé : L’heure des choix,
de Claude Castonguay, au Boréal.
Pour trouver des solutions et retrouver l’espoir et le goût de l’indignation !

 

 

 

 

 

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